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Tillinac n'est pas Cyrano

Philippe Bilger | Dimanche 12 Avril 2009 à 14:03 | Lu 7514 fois

Par Philippe Bilger. Qui s'en prend à Denis Tillinac, l'intellectuel de droite politiquement correct pour la gauche bien pensante et auteur d'attaques très faciles contre les magistrats.



danperry.com - Flickr - cc
danperry.com - Flickr - cc


Denis Tillinac a publié un livre, « Rue Corneille Â», qui fait l'objet de critiques enthousiastes. Même Eric Zemmour et Eric Naulleau en ont dit du bien à son auteur qui n'en espérait pas tant et rayonnait d'aise.
Dans Paris Match, Gilles Martin-Chauffier évoquait « Cyrano de Tillinac Â» en titre de sa chronique plutôt louangeuse, avec quelques épines.
Je n'ai pas lu l'ouvrage mais Cyrano de Tillinac, c'est un peu trop, trop lourd à porter dans tous les cas, non ?

Denis Tillinac a eu la chance d'apparaître, pour beaucoup de médias, comme le « bon Â» intellectuel de droite. Quasiment le seul, durant longtemps. Peut-être encore aujourd'hui. Zemmour pense aussi mais il déplaît. Tillinac, Jacques Chirac président de la République, Ã©tait convié à tout coup pour nous faire entrer dans les coulisses chiraquiennes et nous décrypter un comportement qui, même sans lui, était facile à comprendre et à analyser. Il était perçu comme le spécialiste incontestable de la psychologie et des humeurs de notre ancien président. Tillinac ne jurait que par Chirac.



Cyrano n'aurait pas été le porte parole d'un président
Comme il est malheureusement classique, maintenant il ne jure plus que par Nicolas Sarkozy et n'hésite pas à être critique à l'égard de la politique de cet homme retiré des affaires dont il était le porte-parole dans le monde intellectuel. Je ne suis pas sûr que, dans les modalités, Cyrano aurait agi de même. Toutes proportions gardées, cette évolution me rappelle l'anecdote rapportée par Jean d'Ormesson sur le prétendu antisémitisme de François Mitterrand après la mort de celui-ci. C'était un tic chez l'académicien qui avait attendu également le décès de Robert Hersant pour le blâmer. Tout le contraire de Cyrano qu'on aurait imaginé plutôt fidèle jusqu'au bout, jusqu'à l'absurde, précisément solidaire de Jacques Chirac parce qu'il n'était plus là et qu'on le moquait, silencieux sur Mitterrand parce que le combat était devenu trop inégal. L'allure de Cyrano, c'était de savoir se battre pour rien. Pour l'esthétique de l'éthique. Pour l'éthique de l'esthétique.


Les magistrats, une cible facile
Ce n'est pas tout. Je lis dans Marianne la tribune hebdomadaire du même Tillinac ayant pour titre « Culture de l'irrespect. Â» Au beau milieu d'une dénonciation pertinente des multiples formes de violence et d'irrespect résultant de la seule loi du désir et de l'ego, Tillinac ajoute : «Chaque jour des avocats contestent publiquement une décision de justice - et j'avoue ne pas être le dernier à écrire que les magistrats ne m'inspirent aucune confiance Â».

En dehors de l'aberration qui consiste à ne pas saisir que la contestation publique est directement liée à des appréciations globalisantes comme la sienne sur la magistrature, je considère comme lamentable une telle dérision, l'affichage d'un tel mépris. Où est Cyrano dans une telle facilité intellectuelle et sociale ? Où est le courage dans une approche toute d'irrespect et de démagogie ? Il sait bien qu'aujourd'hui on peut traîner la magistrature dans la boue sans que personne proteste ou la défende. Cet anticonformisme de façade qui s'en prend mécaniquement aux juges et à la justice est en réalité le pire des populismes, qui n'a rien à voir avec la vérité populaire. C'est d'une banalité affligeante, aujourd'hui, de « se payer  Â»notre métier en affirmant - à partir de quelle expérience et de quelles connaissances ? - un total défaut de confiance. Ce serait humiliant si ce n'était pas le triste réflexe de citoyens et d'intellectuels qui attisent le discrédit au lieu de favoriser le respect. Cyrano n'aurait jamais pactisé avec la majorité confortable. Il aurait préféré se taire. Ou réfléchir.

Non, Denis Tillinac n'est pas Cyrano. 


Retrouevz d'autres articles de Philippe Bilger sur son blog Justice au singulier



MOT-CLÉS : chirac, nauleau, tillinac, zemmour


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