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Téléphonie, Internet : la guerre des trois n’aura pas lieu.

Vendredi 28 Janvier 2011 à 12:01 | Lu 9269 fois I 10 commentaire(s)

Emmanuel Lévy - Marianne

Le 1er février prochain la plupart des abonnés ADSL et mobile pourront claquer la porte sans pénalité. Le marché est énorme: plusieurs dizaines de millions de contrats pourraient ainsi changer de mains. Au regard de l'absence de campagne de pub, les opérateurs, déjà accusés d'entente, ne semblent pas trop pressés de se piquer ces millions de clients.


Dessin: Louison
Dessin: Louison

Où sont les méga-campagnes de publicité invitant les abonnés de téléphonie mobile comme d’ASDL à résilier leurs contrats ? Nulle part, ou si peu. Pourtant, à compter du 1er février, les contrats de téléphonies mobiles et ADSL, pour peu qu’ils comportent un service TV, pourront être dénoncés sans frais. Une aubaine pour les consommateurs et leurs presque 40 millions d’abonnements. De quoi rebattre les cartes entre opérateurs et faire passer des milliards d’euros d’une société à l’autre. 

Cette situation inédite est née de la fin du taux réduit de TVA sur la partie fourniture de service TV des abonnements. Et pour une fois, les consommateurs peuvent dire merci à Bruxelles. La commission avait enjoint le gouvernement à mettre fin à cette niche fiscale permettant aux opérateurs de service de télévision d’appliquer une TVA réduite de 5,5%. Historiquement, cette niche profite à Canal+.

En appliquant le taux réduit aux programmes de la chaîne cryptée, le législateur faisait une fleur à la filiale de Vivendi, une fleur que les autres opérateurs ont vite voulu cultiver chez eux. A commencer par Free, inventeur du « triple play ». Sa box délivrant un joli bouquet de chaîne, l’opérateur a vite compris l’intérêt de surfacturer le service TV au sein de l’offre, l’internet comme la téléphonie supportant eux un taux de 19,6%.

Résultat depuis 2004, les abonnés à Free payent donc 14,18 euros HT de TV sur laquelle pèse une TVA de 5,5% et 12,55 euros pour le reste à 19,6% de TVA. C’est l’une des petites recettes que Free inventa pour promouvoir son offre « tout compris » à 29,99 euros. Le trublion de l’internet a fait des émules, et pas uniquement parmi les Fournisseurs d’accès à la toile.

Avec le développement des offres incluant de l’internet mobile, les opérateurs de téléphonie ont également collé du service TV. Pas tant par soucis du service aux consommateurs, pour la plupart ignorant de cette fonctionnalité, que pour pouvoir profiter, eux aussi, du taux réduit de TVA. Résultat. La petite niche est devenue grande : 20 millions d’euros début 2000, 800 millions prévus pour 2011. 

En supprimant cette niche, le gouvernement cherche avant tout à récupérer 800 millions d’euros mais a, sans y prendre garde, ouvert la boîte de Pandore. Car toutes les conditions d’une féroce concurrence sont réunies. Et pourtant, rien de tout ça… 


Un marché figé et qui risque de le demeurer

« Je vois mal les opérateurs crier sur tous les toits : cassez vos contrats, venez chez moi. Ouvrir une guerre de recrutement serait tout simplement dramatique pour chacun d’entre eux. », s’amuse Edouard Barreiro, de l’UFC-Que choisir. L’association, elle, n’a pas tardé à placer sur son site (*) un kit pour résilier son abonnement. 


« L’équilibre actuel sur la téléphonie est un cartel stable. Le premier qui bouge a perdu. Spontanément donc, personne ne bouge », confirme un ponte de chez Orange. La preuve par la pub. Malgré Noël, malgré l’arrivé de nouvelles offres (celle de Bouygues alliant ADSL et téléphonie mobile ou c elle de Free avec sa Freebox Révolution ), rien n’y a fait : les campagnes n’ont pas évolué d’un chouïa. 


Au dernier trimestre, selon l’institut Kantar Media, elles pesaient 464 millions d’euros, +2,2% par rapport au trimestre précédent, mais en repli par rapport à la tendance de l’année, +2,7 %. Et encore, elles consistent à marteler que les prix n’augmentent pas, à l’instar de Bouygues. Sous entendu : pas de hausse des prix donc pas de droit à résilier, « ce qui est faux », rappelle l’UFC. Chez Virgin mobil, on prévoit bien une nouvelle campagne. Modeste : de la presse et de la radio nationale. Et pas agressive : « Les mots “contrat” ou “résilier” ne sont pas présents », confirme un porte-parole du petit opérateur.  


Il faut dire que la petite place que les trois opérateurs disposant d’un réseau ont concédée aux MVNO, qui, eux, ne possèdent pas de réseaux mais le louent, ne laisse guère de doute sur le rapport de force entre les deux groupes. « Virgin mobile n’est pas en situation de négocier. Dans le contrat de 2005 qui le lie à Orange, le petit MVNO s’est clairement vu interdire certains marchés, s’amuse un spécialiste du secteur qui a pu lire le contrat. Si Virgin avait lancé une campagne trop agressive, il aurait eu du mal lors de la négociation cruciale des volumes de minutes achetées. » 

Et c’est vrai que la concurrence opérée par les MVNO est toute symbolique. Selon l’Obervatoire de l’Autorité de régulation des télécommunications électroniques  (Arcep) et des postes, en septembre 2010, seulement 6,34%, du marché leur est revenu. Des marchés de niches, de ceux qui rapportent le moins : des cartes prépayées, les jeunes, etc… 

L’autre levier de la concurrence sur ce marché, est la capacité des consommateurs à quitter leur très collant et intéressé opérateur. Et là, rien n’y fait. Depuis 2003, seulement  6,5 millions de lignes ont migré grâce à la portabilité du numéro, autrement dit la capacité de changer d’opérateur tout en conservant son précieux 06, et maintenant 07 d’ailleurs. Chaque trimestre moins de 1 % des consommateurs opèrent une portabilité de leur numéro. Résultat : le taux de résiliation annuel n’a dépassé les 4 % qu’en décembre 2009...  

Bref c’est la stabilité absolue. Et pour Xavier Niel, le patron d’Iliad, maison mére de Free, ni l’opportunité de claquer la porte offerte aux consommateurs à partir du 1er février et ce pour 4 mois, ni les campagnes de pub, même agressives, n’y changeront quelque chose: « Les consommateurs se font avoir, ils le savent, et par tous les acteurs, ça ne pousse pas à bouger.» Le patron de Free fait comme à son habitude. En dehors, de lui pas de salut.  

En attendant, il n’y a peut-être pas entente entre opérateurs, mais ça y ressemble bien… 









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