Taxe sur les profits des banques: Lamour est aveugleSylvain Lapoix - Marianne | Lundi 26 Octobre 2009 à 14:01 | Lu 9424 fois
Pour justifier le revote de la taxe supplémentaire de 10% sur le bénéfice des banques, le gouvernement prétexte une «erreur technique» de Jean-François Lamour qui se serait trompé de bouton. A d'autres: le député avait en fait soutenu l'amendement quelques minutes avant le vote et la délégation qui lui avait été confiée l'avait été sans consigne de vote !
Jean-François Lamour doit être aveugle. Comment expliquer autrement qu'il se soit trompé deux fois pendant un même vote : une fois pour son mandat et une fois pour une délégation de vote? Et surtout, comment expliquer autrement que, contre l'avis de Christine Lagarde, la proposition de Didier Migaud d'une taxe complémentaire de 10% sur les bénéfices des banques aidées par l'Etat ait été adoptée par 44 voix contre 40 ?
Lamour soutenait déjà le texte en commission... et quelques minutes avant le vote !
Dès le samedi matin, le quotidien La Tribune révélait que le gouvernement «voulait faire annuler» ce vote. L'excuse n'a pas tardé à fuser : les gros doigts gourds d'ancien champion de sabre du député Lamour ont «ripé» de son propre aveu embarrassé. Deux fois, car il s'était vu confier une procuration ! On peut craindre le pire des paluches de bûcheron de David Douillet...
Or, coïncidence gênante : le même Jean-François Lamour avait déjà voté en faveur de cette mesure en commission des Finances, mercredi 14 octobre ! A-il ripé trois fois ou bien a-t-il essayé de se rattraper auprès de Christine Lagarde, furibarde que cette taxe soit passée en commission ? Coïncidence encore plus gênante : quelques minutes avant le vote sur le fameux amendement 46 de Didier Migaud, Jean-François Lamour a pris la parole... pour le défendre ! Expliquant sa découverte d'un monde de la finance aux dérives dangereuses et rappelant son vote en faveur du texte en commission, il conclut par une déclaration sans équivoque : «L’amendement présenté par le président de la commission des finances me semblait donc être un bon amendement d’appel.» A moins que sa langue ait ripé avant son doigt, le doute n'est plus permis sur les intentions de Lamour. Le vote de Geneviève Colot «corrigé» sans qu'elle en soit prévenue !
Quant à l'autre vote UMP en faveur de la loi, celui de Geneviève Colot, il avait fait l'objet d'une délégation. «La délégation de vote se fait suivant les hasards de l'informatique, précise un permanent du Palais Bourbon. En général, aucune consigne de vote n'est donnée, ne serait-ce que par cohésion de groupe.» C'est ainsi qu'a été déposée la délégation de vote de Geneviève Colot, plus experte en trafics d'armes et conventions humanitaires qu'en régulation de la finance.
Lundi matin, cependant, une note précise sur le site de l'Assemblée nationale que la députée de l'Essonne et Jean-François Lamour voulaient voter «contre» l'amendement. «Elle n'a fait aucune démarche pour demander cette correction : elle a découvert la mise à jour ce matin ! Assure un collègue d'hémicycle. Mais ce soir, elle compte bien voter avec sa seule conscience !» Sur les deux votes «pour» la taxe, l'un faisait suite à un vote similaire en commission et l'autre a été «corrigé» sans en prévenir l'auteur. Trois abstentionnistes UMP et le vote bascule !
Grossière comme une excuse de cour d'école, la pseudo bourde de Lamour détourne efficacement les médias du vrai souci du gouvernement : au moment du vote, vendredi soir, sur les 87 députés présents, les UMP votants (le président de l'Assemblée ne comptant pas) étaient 44, plus que la majorité absolue, et auraient donc pu rejeter d'un seul bloc la taxe honnie du gouvernement. Or deux ont voté contre et trois se sont abstenus, Yves Deniaud, Béatrice Pavy et Chantal Brunel (qui avait déjà soutenu l'amendement en Commission).
Quelques jours après l'adoption en commission, Christine Lagarde avait déclaré qu'il n'était «pas question» que cette taxe passe. Ne pouvant «annuler» le vote, elle l'a «fait annuler», en ridiculisant Jean-François Lamour. Une manœuvre qui n'est pas sans rappeler l'excuse de Frédéric Lefebvre, «parti manger» pendant le vote sur la Hadopi que les socialistes, «planqués derrière un rideau», avaient rejetée par surprise ! Une piteuse excuse, surtout, qui en dit long sur l'état de délabrement de la cohésion de la majorité…
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