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Surveillance des journalistes, mais où va la France?

Jeudi 4 Novembre 2010 à 17:17 | Lu 36046 fois I 195 commentaire(s)

Laurent Neumann - Marianne

Journalistes, prenez garde : vous êtes sans doute «fliqués» et pas par n'importe qui, par l'Élysée en personne. Cambriolage au domicile de journalistes, mise en place d'écoutes ou encore d'un cabinet noir… autant de dérives qui choquent dans une démocratie. Sauf en France ?


Dans toute autre démocratie, l’affaire ferait chaque soir la Une des journaux télévisés. A Washington, à Londres ou à Berlin, les grands médias enquêteraient jour et nuit pour savoir qui se cache derrière les cambriolages dont ont été victimes certains journalistes (Le Monde, Le Point, Mediapart) qui suivent l’affaire Woerth-Bettencourt, pour comprendre comment un procureur de la République peut mandater la police (en l’occurrence l’Inspection Générale des Services) afin d’éplucher en toute impunité les relevés téléphoniques de deux journalistes fouineurs, pour vérifier si, comme le prétend la rumeur dans toutes les salles de rédaction, des journalistes, des avocats et des magistrats, concernés par l’affaire Woerth-Bettencourt, mais aussi par d’autres affaires touchant au plus haut sommet de l’État, sont ou non sur écoute.

Dans toute autre démocratie au monde, tous les services de police seraient mobilisés 24 heures sur 24 pour trouver les monte-en-l’air (et leurs commanditaires) qui ont osé pénétrer au domicile d’un journaliste et « visiter » deux rédactions.
 
Dans toute autre démocratie au monde, compte-tenu de la gravité de la situation, l’audition de Bernard Squarcini, directeur de la DCRI, et de Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, ce matin par la délégation parlementaire du Renseignement, n’aurait pas été organisée à huis clos, mais en séance publique pour répondre aux accusations de « cabinet noir » qui pèsent sur le Renseignement français.

Interrogé, voici quelques jours, le président de la République, Nicolas Sarkozy, s’est contenté de répondre : «  je ne vois pas en quoi ça me concerne ». Il aurait pu dénoncer ces méthodes de voyous, condamner ces pratiques barbouzardes. Rien. Il ne voit pas en quoi l’affaire Woerth-Bettencourt le concerne. Il ne voit pas en quoi la mise en danger des sources des journalistes le concerne, lui le garant de l’indépendance des médias – et de la justice – qui a d’ailleurs fait voter une loi sur la protection des sources, loi allègrement transgressée pour la deuxième fois en quelques semaines.

Le Canard Enchaîné assure que Nicolas Sarkozy diligente lui-même des enquêtes sur des journalistes. La direction du site Mediapart affirme, aujourd’hui, que deux de ses journalistes ont été « géolocalisés » lors de leurs investigations sur l’affaire Bettencourt et, voici quelques mois, sur l’affaire de l’attentat de Karachi et des rétrocomissions occultes. Des sources sérieuses nous disent que, nous aussi, à Marianne, nous serions « fliqués » depuis le début de l’été et nos premières révélations sur l’affaire Bettencourt.

Il serait temps que le chef de l’État et son ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, comprennent que ça les concerne. Au premier chef !








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