Super Sarko
Lundi 5 Novembre 2007 à 13:12 | Lu 9528 fois I 0 commentaire(s)
Nicolas Domenach
Par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.
Nicolas Sarkozy c’est notre super héros ! C’est notre Amérique à nous ! Une démonstration d’énergie, de vitalité pour un pays qui s’alanguit de s’en croire dépourvu. Non seulement il nous reste des pouvoirs mais des supers pouvoirs, ceux de super Sarko qui, en 24 heures chrono comme Jack Bauer, d’ailleurs ils ont le même portable, va arracher des prisons tchadiennes trois journalistes et quatre hôtesses de l’air, sept symboles de liberté, sept d’un coup ! Mieux que dans les Contes et Légendes.
Regardez comme il est content, notre sauveteur qui parvient même à maîtriser son contentement à défaut de son roulement d’épaules et de mécaniques qui est sa marque de fabrique, de héros. Il adore cela, faire tout lui-même et le reste. Il adore les coups d’éclat médiatique, ces flashs de lumière brillante qui illumine ses yeux, cette rumeur d’événement qui l’entoure, qui le grandit, qui le transcende. C’est lui et lui seul qui fait l’actualité. Le Sarko show ne fait jamais relâche, pas de temps mort, ni d’angle mort. Sarko plein cadre maître des médias, maître du monde, à l’heure où les sondages de popularité sont en baisse et les prix des pâtes comme du pétrole en hausse, au moment où la sourde rumeur des grèves s’étend, ce tam-tam tchadien à sa gloire, c’est tout bénéfice !
Nicolas Sarkozy qui nous offre Koh Lanta quasiment tous les soirs réussit là une épreuve particulièrement difficile comme il les adore. Car il adore cette mise en jeu physique, le contact humain, la prise de risque. Comme lorsqu’il avait sorti les otages de la maternelle de Neuilly. Il avait eu peur chaque fois, la trouille que ses jambes ne le portent pas, mais revenir avec un enfant dans les bras lui avait donné ce sentiment d’utilité, de plénitude que recherchent désespérément les politiques.
Alors revenir avec des journalistes c’est comme revenir avec des enfants. Mieux encore, un journaliste de Capa, une agence qui ne l’a pas ménagé. Plaisir supplémentaire que de pouvoir rendre service à qui l’a combattu en lui démontrant que sa méthode a du bon. Le fait de se mettre en avant, de traiter les affaires délicates rapidement, de président à président, entre hommes, payer de sa royale personne, ça, ça permet de faire avancer les choses. Tous les problèmes. A la hussarde, voilà la rupture sarkozyste selon lui ! La preuve ? L’Eufor, la force de paix européenne est sauvée alors que les sept prisonniers sont libérés. Cette pratique diplomatique peu conventionnelle présente des risques.
Car ce n’est pas forcément par pusillanimité que ses prédécesseurs ont refusé de se mettre ainsi en avant. Chirac par exemple avait un côté cavalerie de saumure - j’ai fait la guerre en Algérie - qui l’aurait porté volontiers à se mettre en avant, Giscard aussi qui avait libéré la France avec la 2e DB et qui aurait volontiers sauter sur Kolwezi. Mais Sarkozy n’a pas fait la guerre justement, sauf avec ses soldats de plomb puis avec ceux de Chirac. Il a conservé son tempérament batailleur qui lui a fait remporter tant de victoires imaginaires mais aussi réelles et qui lui fait ignorer les avertissements des prudents et les critiques des grincheux. Ceux-là et celles-ci ne manquent pourtant pas forcément de pertinence. En se mettant en avant ainsi, le président non seulement valorise le chef d’Etat Tchadien et fait monter ses exigences mais il sera tenu pour responsable de toute la part d’ombre que recèle immanquablement ce type d’affaire.
Nicolas Sarkozy ne pourra pas dire qu’il n’était pas au courant s’il s’avérait qu’un sordide marchandage a présidé à cette rapide et bienvenue libération que son homologue espagnol José Luis Zapatero a salué en grand professionnel du spectacle. Seule la libération d’Ingrid Betancourt aurait pu donner lieu sans doute à une plus grande célébration publique. D’ailleurs il y travaille. Nicolas Sarkozy a promis qu’il s’en occupait personnellement. Des guérilleros aussi rebelles que la nature, un défi impossible sur lequel Dominique de Villepin s’est cassé les dents… voilà qui lui plaît plus que tout. Peut-être même que cette fois il emmènera Bernard Kouchner, vous savez, ce ministre des Affaires étrangères si populaire qui a inventé le droit d’ingérence humanitaire et qui a quasi disparu alors même que l’Arche de Zoé sombrait dans cette dérive d’ingérence. Kouchner, ce ministre de l’au-delà qu’adore Nicolas Sarkozy parce qu’il connaît si bien la chanson française…
Regardez comme il est content, notre sauveteur qui parvient même à maîtriser son contentement à défaut de son roulement d’épaules et de mécaniques qui est sa marque de fabrique, de héros. Il adore cela, faire tout lui-même et le reste. Il adore les coups d’éclat médiatique, ces flashs de lumière brillante qui illumine ses yeux, cette rumeur d’événement qui l’entoure, qui le grandit, qui le transcende. C’est lui et lui seul qui fait l’actualité. Le Sarko show ne fait jamais relâche, pas de temps mort, ni d’angle mort. Sarko plein cadre maître des médias, maître du monde, à l’heure où les sondages de popularité sont en baisse et les prix des pâtes comme du pétrole en hausse, au moment où la sourde rumeur des grèves s’étend, ce tam-tam tchadien à sa gloire, c’est tout bénéfice !
Nicolas Sarkozy qui nous offre Koh Lanta quasiment tous les soirs réussit là une épreuve particulièrement difficile comme il les adore. Car il adore cette mise en jeu physique, le contact humain, la prise de risque. Comme lorsqu’il avait sorti les otages de la maternelle de Neuilly. Il avait eu peur chaque fois, la trouille que ses jambes ne le portent pas, mais revenir avec un enfant dans les bras lui avait donné ce sentiment d’utilité, de plénitude que recherchent désespérément les politiques.
Alors revenir avec des journalistes c’est comme revenir avec des enfants. Mieux encore, un journaliste de Capa, une agence qui ne l’a pas ménagé. Plaisir supplémentaire que de pouvoir rendre service à qui l’a combattu en lui démontrant que sa méthode a du bon. Le fait de se mettre en avant, de traiter les affaires délicates rapidement, de président à président, entre hommes, payer de sa royale personne, ça, ça permet de faire avancer les choses. Tous les problèmes. A la hussarde, voilà la rupture sarkozyste selon lui ! La preuve ? L’Eufor, la force de paix européenne est sauvée alors que les sept prisonniers sont libérés. Cette pratique diplomatique peu conventionnelle présente des risques.
Car ce n’est pas forcément par pusillanimité que ses prédécesseurs ont refusé de se mettre ainsi en avant. Chirac par exemple avait un côté cavalerie de saumure - j’ai fait la guerre en Algérie - qui l’aurait porté volontiers à se mettre en avant, Giscard aussi qui avait libéré la France avec la 2e DB et qui aurait volontiers sauter sur Kolwezi. Mais Sarkozy n’a pas fait la guerre justement, sauf avec ses soldats de plomb puis avec ceux de Chirac. Il a conservé son tempérament batailleur qui lui a fait remporter tant de victoires imaginaires mais aussi réelles et qui lui fait ignorer les avertissements des prudents et les critiques des grincheux. Ceux-là et celles-ci ne manquent pourtant pas forcément de pertinence. En se mettant en avant ainsi, le président non seulement valorise le chef d’Etat Tchadien et fait monter ses exigences mais il sera tenu pour responsable de toute la part d’ombre que recèle immanquablement ce type d’affaire.
Nicolas Sarkozy ne pourra pas dire qu’il n’était pas au courant s’il s’avérait qu’un sordide marchandage a présidé à cette rapide et bienvenue libération que son homologue espagnol José Luis Zapatero a salué en grand professionnel du spectacle. Seule la libération d’Ingrid Betancourt aurait pu donner lieu sans doute à une plus grande célébration publique. D’ailleurs il y travaille. Nicolas Sarkozy a promis qu’il s’en occupait personnellement. Des guérilleros aussi rebelles que la nature, un défi impossible sur lequel Dominique de Villepin s’est cassé les dents… voilà qui lui plaît plus que tout. Peut-être même que cette fois il emmènera Bernard Kouchner, vous savez, ce ministre des Affaires étrangères si populaire qui a inventé le droit d’ingérence humanitaire et qui a quasi disparu alors même que l’Arche de Zoé sombrait dans cette dérive d’ingérence. Kouchner, ce ministre de l’au-delà qu’adore Nicolas Sarkozy parce qu’il connaît si bien la chanson française…
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