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Stages en entreprise : la loi n'arrange rien. Au contraire

Lundi 4 Octobre 2010 à 05:01 | Lu 8497 fois I 5 commentaire(s)

Pauline Baron - Marianne

Elle devait voler au secours des stagiaires exploités par les entreprises, mais la loi sur la formation professionnelle a raté son examen d’entrée. Et les choses ne sont pas près de s’arranger avec un décret d’application tout aussi flou et perfide.


Décrocher un stage en entreprise était déjà une véritable galère, mais désormais… c’est pire. Mettant en œuvre la loi sur la formation professionnelle, le décret d’application en date du 1er septembre dernier devait mettre fin à une dérive, celle d’étudiants fraîchement diplômés occupant de vrais postes de travail en étant pas ou peu rémunérés. Cette réforme faisait suite aux nombreuses actions menées par Génération précaire pour alerter l'opinion sur la dégradation du statut de stagiaire.

Cette nouvelle législation comporte cependant de telles ambiguités qu'il provoque bien des confusions en cette rentrée universitaire. Par exemple, la formule recommandant que les stages soient « intégrés à un cursus » peut être interprété de différentes manières. Julien Bayou, porte-parole de Génération précaire raconte : «Un étudiant en sociologie ne peut donc plus décrocher un stage dans une entreprise de marketing. Or, ce genre d’expérience professionnelle est essentielle, car elle permet aux jeunes d’affiner leur envie professionnelle » Novlaine Ben Brik du groupe Touche pas à mon stage !, confirme les problèmes rencontrés par les étudiants : « certaines facultés refusent de délivrer des conventions de stage, parce qu’elles interprètent mal le décret » Pour  les responsables de ces établissements d’enseignement supérieur, la conformité entre le stage et la formation suivie par l’étudiant doit être rigoureuse, absolue. Une interprétation que condamne Génération Précaire.  Paris XII, Paris V, La Sorbonne en autre figurent ainsi au banc des accusés.

Mais il y a plus grave. Certaines dispositions rendraient en effet inapplicable ce décret d’application, au point que le Conseil National de l’Enseignement Supérieur l’a retoqué durant l’été.  « C’est un décret passoire, précise Julien Bayou, l’une des exceptions concerne par exemple les années césures et offre aux étudiants la possibilité de faire un stage d’un an durant leur étude ». Ce qui fait que les fameux « étudiants fantômes », inscrits à la Fac juste pour obtenir une convention de stage, continueront eux aussi de déserter les amphithéâtres. « Les établissements dispensant une formation non diplômante, c’est-à-dire les universités, peuvent toujours délivrer ces documents. Or, certaines d’entre elles acceptent d’intégrer de jeunes diplômés, pour leur permettre de faire des stages » à condition qu’ils s’acquittent -bien entendu- des frais d’inscription, critique Julien Bayou. Ce décret d’application semble bien avoir raté son objectif.

Autant de difficultés et de confusions qui poussent  certains étudiants en quête de stage, à réclamer, du coup, une libéralisation du système ! « En fin de cursus, cela nous permet d’acquérir une expérience professionnelle supplémentaire, surtout qu’il est très difficile d’obtenir un CDD ou pire un CDI », considère Novlaine Ben Brik. En revanche, pour le porte-parole de Génération Précaire, cette revendication « si elle est compréhensible sur le plan individuel, représente un véritable suicide collectif ». Comment, si le sytème est libéralisé, éviter que les entreprises continuent  de ne proposer que des stages puisque les jeunes diplômés les accepteront faute de mieux ? On reviendrait ainsi à la situation ante, celle que justement, on avait cherché à combattre.

Solidaires pour dénoncer ce décret, étudiants et défenseurs des stagiaires s’opposent pourtant sur les solutions à mettre en œuvre. Hormis sur un point, celui de la rémunération de ces nouveaux actifs : « il faut une grille de salaire qui augmente avec le niveau d’études », plaident, cette fois-ci ensemble, Novlaine Ben Brik et Julien Bayou. « Nous voulons aussi qu’elle tienne compte de la durée du stage », ajoute ce dernier. Tous les deux demandent donc au gouvernement de revoir sa copie. Contenter étudiants et défenseurs des stagiaires était déjà un vrai défi. Mais si ces derniers peinent à se mettre d'accord, ce sera la galère, cette fois-ci pour le gouvernement.








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