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Sophia Aram face aux Le Pen: un nez rouge mais pas creux

Mercredi 12 Janvier 2011 à 15:01 | Lu 41138 fois I 68 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Depuis Pierre Desproges, les comiques se sont souvent attaqué à Le Pen père puis fille. Parfois avec finesse, parfois avec outrance.


Il fut un temps où les comiques de France Inter étaient à la fois drôles et grinçants. C'était du temps de Pierre Desproges et du « Tribunal des flagrants délires ». En septembre 1982, Jean-Marie Le Pen avait été l'invité de l'émission de radio sur la suggestion de l'Elysée, avant son coup de force à Dreux aux municipales de 1983. Desproges, dans le rôle du procureur, dresse un portrait de lui absolument corrosif. Il a choisi de traiter Le Pen par l'absurde et l'ironie plutôt que par l'insulte directe. Il développa alors son concept culte : «On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui» :

« Personnellement, il m'arrive de renâcler à l'idée d'inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C'est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d'un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d'un terroriste hystérique, je pouffe à peine et, la présence, à mes côtés, d'un militant d'extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas. »

Plus récemment, c'est Nicolas Bedos (fils de Guy) qui s'est attaqué à Marine Le Pen en septembre dernier chez Franz-Olivier Gisbert. Il emploie encore le registre ironique se lançant dans des compliments sur le physique de la vice-présidente du FN. Mais il évoque surtout leur point commun : être un fils, ou une fille de. Un détail cocasse vu que Bedos père a construit son engagement politique sur le combat contre le FN.

De son côté, le fils Bedos note que Marine reprend « la même pièce dramatique et boulevardière que son père nous inflige depuis des décennies » (lui-même ayant écrit pour son père). Il invite alors Marine le Pen à « fouiller dans d'autres répertoires » et donc à prendre son indépendance. Nicolas Bedos se demande (ironiquement) si Marine, comme lui-même, n'attend pas la mort de son père pour exister. Sur le fond, la critique fait mouche, sur la forme, Marine le Pen esquisse un sourire. A-t-elle le choix ?

Mais tout le monde n'a pas la chance d'avoir du talent. Sophia Aram, remplaçante de Stéphane Guillon sur France Inter, s'est aussi attaqué à Marine Le Pen. C'était en novembre dernier.

Sophia Aram raconte d'abord que ses parents invoquaient Jean-Marie Le Pen pour lui faire peur étant enfant, que ce dernier était aussi le héros de ses cauchemars. L'humoriste relève que dans son livre A contre flots Marine Le Pen relate les difficultés rencontrées dans sa vie à cause de son nom, une sorte de discrimination liée à ses « origines familiales ». Elle conclut par cette note, à propos de la proposition de Marine Le Pen sur le rétablissement de la peine de mort pour les dealers : « J'ai compris que ce n'est pas de vous dont j'ai peur mais de vos idées ».

Là ou Nicolas Bedos avait saisi la complexité du personnage de Marine Le Pen, où Desproges avait su faire de l'ironie, Sophia Aram préfère l'attaque frontale et convenue jouant sur la peur du fascisme, sauf que Marine Le Pen en a vu d'autres. Le sketch de Sophia Aram était sans doute suffisant pour faire rire en trois minutes sur France Inter, mais pas assez pour mettre à bas un adversaire politique.

Faire peur ou faire rire ?

Ce matin, toujours France Inter, Sophia Aram affrontait Jean-Marie Le Pen. Et ce fut toujours aussi convenu. Démarrant son intervention avec la musique de Rocky, on sait que la comique a choisi de cogner. Mais pas question d'une critique de fond, désormais on attaque le physique.

Ironiquement, l'humoriste demande à faire la paix avec Le Pen avant que « les vers et les pissenlits ne terminent ce que le temps a visiblement bien commencé ». Pour elle, Le Pen serait « le thermomètre fiché dans le derrière des Français pour mesurer leur degré de xénophobie ». On passera sur l'idée que la montée du FN ne serait qu'une conséquence de la montée de la xénophobie et autres détails corporels.

Sophia Aram s'attaque aussi au bilan du futur ex-président du FN. Elle affirme qu'il n'en restera rien au mieux « quelques jeux de mots foireux et un slogan réclamant fièrement le droit à l'éjaculation précoce : "Le Pen vite" ». Jean-Marie Le Pen semble peu apprécier et lui répond : « Je pratique le dialogue pas le monologue ». Un point de gagné pour lui : il se place dans la position de victime et de défenseur de débat démocratique. Une ficelle qui ne date pourtant pas d'hier.

C'est la critique classique qu'on fait à de nombreux adversaires du FN, à force d'ostraciser leurs adversaires, ils vont finir (ou l'ont même déjà fait) par annihiler toute critique salutaire sur le fond. Ils ne seront alors plus seulement les idiots utiles du Front mais des idiots tout court.








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