Sondages de l'Elysée: Buisson s'explique... avec modération
Mercredi 2 Septembre 2009 à 13:51 | Lu 9246 fois I 47 commentaire(s)
Philippe Cohen et Daniel Bernard - Marianne
L'Express publiera demain la première interview du consultant de l'Elysée Patrick Buisson sur la fameuse affaire des sondages révélée cet été par la Cour des Comptes et qui avait donné lieu à quelques enquêtes de presse, notamment dans Marianne. Des propos qui ne font que confirmer les soupçons. Au point de relancer les enquêtes sur le sujet ?
Quel scoop ! Notre confrère l’Express a obtenu ce qu’aucun journaliste n’est parvenu à décrocher jusqu’alors : une interview de Patrick Buisson, le conseiller (pardon le consultant, c’est lui-même qui rectifie) du Président. Cet homme de l'ombre avait été trop brièvement exposé à la lumière, au début de l'été par un rapport de la Cour de Comptes puis un contrat entre la Chaîne Histoire et le Ministère de la Culture, cette dernière information étant révélée par Le Monde.
Donc, Patrick Buisson est censé répondre, dans l’Express aux soupçons et aux accusations, que Marianne2 et Marianne (numéro 640 ) ont beaucoup portées, sur le « triangle informationnel »constitué par l'institut Opinion way, le journal le Figaro et Publifact, un cabinet créé et dirigé par Patrick Buisson.
Sur quoi portaient ces soupçons et pourquoi les avons-nous qualifiées de scandale d’état ?
1) La nature de la coopération entre les trois organismes, d'abord. Qui, du Figaro ou de Buisson, était à l'initiative des thématiques et des questions posées par Opinion way ? Rappelons que les sondages suscitaient tant de critiques au sein du service politique du Figaro que la société des rédacteurs a pu dénoncer une «coproduction» de ces sondages !
2) Le financement indirect des études par l’Elysée, ensuite. Pourquoi le Figaro ne participait que dans une proportion limitée (25%) au coût du Politoscope (190 000 € en 2008) ?
3) Accessoirement, Marianne ayant révélé que le cabinet Publifact réalisait 50% de marge sur les études commandées par Opinion way, comment justifier une telle différence de prestations entre les sondages et ce que le cabinet facturait à l’Elysée ? Comment se légitiment ces sommes dès lors que Patrick Buisson perçoit déjà une rémunération forfaitaire de 10 000 euros par mois en tant que consultant ?
De tout cela, que dit Patrick Buisson dans l’Express ? Réponse : rien. Pas une explication sérieuse. Pas une information nouvelle. Le consultant répète les explications – qui n’en sont pas – déjà formulées par les responsables d’Opinion way : l’Elysée a payé en 2008 pour 6000 pages de tris croisés réalisés à partir des sondages publiés dans la presse. Sauf qu’une telle prestation ne coûte guère plus que le prix de l’encre et du papier : un simple clic suffit pour obtenir ces informations par ailleurs déjà facturée au SIG, le service d'information du gouvernement !
Pour Buisson, le Président est économe en communication!
Au delà, et c'est là tout le problème, ces sondages à répétition que la presse n'aurait pu financer toute seule ont eu, durant toute l'année 2008, un impact politique considérable sur le traitement de l'actualité. Comme il est aisé de démontrer en lisant tous les sujets de une du Figaro, ils ont été grandement utiles à la communication présidentielle.
Très à l'aise, Patrick Buisson se paye même la tête du journaliste de l'Express, en pointant la modicité des sommes consacrées par l'Elysée aux sondages :1 million d'euros, contre 4,5 à Matignon via le SIG (Service d'informations du gouvernement). Une explication culottée :
- chacun connait la proximité du patron du SIG (Thierry Saussez) avec le président de la République qui l'a nommé. Nul doute qu'une bonne partie des études commandées à Matignon sont inspirées par l'Elysée;
- selon nos informations, les conseillers élyséens ont toute latitude pour imposer des sondages ponctionnés sur les budgets de communication des ministres, comme certains s'en plaignent, off the record bien sûr.
Qu'importe. Même si les réponses ne sont pas à la hauteur, l'initiative de l'Express aura peut-être l'immense mérite de relancer les enquêtes sur ce sujet enterré. Cette interview, assurément, fera au moins réagir les trois magistrats de la Cour des Comptes auteurs du rapport - Yves Rolland, Jean-François Bernicot et Jean-François Collinet - dont le « consultant » de Nicolas Sarkozy juge sévèrement le travail.
Donc, Patrick Buisson est censé répondre, dans l’Express aux soupçons et aux accusations, que Marianne2 et Marianne (numéro 640 ) ont beaucoup portées, sur le « triangle informationnel »constitué par l'institut Opinion way, le journal le Figaro et Publifact, un cabinet créé et dirigé par Patrick Buisson.
Sur quoi portaient ces soupçons et pourquoi les avons-nous qualifiées de scandale d’état ?
1) La nature de la coopération entre les trois organismes, d'abord. Qui, du Figaro ou de Buisson, était à l'initiative des thématiques et des questions posées par Opinion way ? Rappelons que les sondages suscitaient tant de critiques au sein du service politique du Figaro que la société des rédacteurs a pu dénoncer une «coproduction» de ces sondages !
2) Le financement indirect des études par l’Elysée, ensuite. Pourquoi le Figaro ne participait que dans une proportion limitée (25%) au coût du Politoscope (190 000 € en 2008) ?
3) Accessoirement, Marianne ayant révélé que le cabinet Publifact réalisait 50% de marge sur les études commandées par Opinion way, comment justifier une telle différence de prestations entre les sondages et ce que le cabinet facturait à l’Elysée ? Comment se légitiment ces sommes dès lors que Patrick Buisson perçoit déjà une rémunération forfaitaire de 10 000 euros par mois en tant que consultant ?
De tout cela, que dit Patrick Buisson dans l’Express ? Réponse : rien. Pas une explication sérieuse. Pas une information nouvelle. Le consultant répète les explications – qui n’en sont pas – déjà formulées par les responsables d’Opinion way : l’Elysée a payé en 2008 pour 6000 pages de tris croisés réalisés à partir des sondages publiés dans la presse. Sauf qu’une telle prestation ne coûte guère plus que le prix de l’encre et du papier : un simple clic suffit pour obtenir ces informations par ailleurs déjà facturée au SIG, le service d'information du gouvernement !
Pour Buisson, le Président est économe en communication!
Au delà, et c'est là tout le problème, ces sondages à répétition que la presse n'aurait pu financer toute seule ont eu, durant toute l'année 2008, un impact politique considérable sur le traitement de l'actualité. Comme il est aisé de démontrer en lisant tous les sujets de une du Figaro, ils ont été grandement utiles à la communication présidentielle.
Très à l'aise, Patrick Buisson se paye même la tête du journaliste de l'Express, en pointant la modicité des sommes consacrées par l'Elysée aux sondages :1 million d'euros, contre 4,5 à Matignon via le SIG (Service d'informations du gouvernement). Une explication culottée :
- chacun connait la proximité du patron du SIG (Thierry Saussez) avec le président de la République qui l'a nommé. Nul doute qu'une bonne partie des études commandées à Matignon sont inspirées par l'Elysée;
- selon nos informations, les conseillers élyséens ont toute latitude pour imposer des sondages ponctionnés sur les budgets de communication des ministres, comme certains s'en plaignent, off the record bien sûr.
Qu'importe. Même si les réponses ne sont pas à la hauteur, l'initiative de l'Express aura peut-être l'immense mérite de relancer les enquêtes sur ce sujet enterré. Cette interview, assurément, fera au moins réagir les trois magistrats de la Cour des Comptes auteurs du rapport - Yves Rolland, Jean-François Bernicot et Jean-François Collinet - dont le « consultant » de Nicolas Sarkozy juge sévèrement le travail.
EXTRAITS DE L'INTERVIEW
« Mon cabinet a commandé et réglé, non pas 130 mais 134 études ou enquêtes auprès des instituts. Le coût total de cette prestation aura été, pour 2008, de 1 082 400 euros. (..) Ce qui correspond au prix du marché : 1200 € par question par téléphone, 800 pour la question dans une enquête réalisée par Internet. A titre de comparaison, le budget annuel que le Service d'information du gouvernement (SIG) consacre aux enquêtes d'opinion s'élève à 4,5 millions d'euros. Un budget d'études quatre fois moins élevé pour une "hyperprésidence" dans une première année de mandat n'est peut-être pas une dépense extravagante. »
« La méconnaissance des modes de réalisation des études d'opinion excite, depuis toujours, l'imaginaire prolifique de ceux qui, faute de les comprendre, sont en clins à y voir les ressorts cachés d'un "grand complot". De ce point de vue, l'enquête "omnibus", qui, pour des questions de coût, regroupe, dans un même questionnaire, les questions posées par différents clients, est une machine à alimenter tous les fantasmes. La cohabitation de plusieurs commanditaires entretient les soupçons de connivence, voire de collusion, surtout quand on ne prend pas la peine de savoir qui achète quoi et à quel prix. »
Sur l'affaire du sponsoring la Chaîne Histoire par le Ministère de la Culture : « Personne ne trouve rien à redire quand ce même ministère parraine, dans les mêmes conditions, les programmes de la télévision publique, les "forums culturels" de Libération au Théâtre des Amandiers ou la Fête de l'Humanité. Le scandale, pour les maîtres-censeurs, c'est que de l'argent public aille à une télévision privée, et plus précisément à une filiale du groupe TF1, en l'occurence la Chaîne Histoire qui, soit dit en passant, est la seule chaîne 100% culturelle du câble et du satellite. »
Retrouvez l'intégralité de l'interview dans le numéro de demain de L'Express
« La méconnaissance des modes de réalisation des études d'opinion excite, depuis toujours, l'imaginaire prolifique de ceux qui, faute de les comprendre, sont en clins à y voir les ressorts cachés d'un "grand complot". De ce point de vue, l'enquête "omnibus", qui, pour des questions de coût, regroupe, dans un même questionnaire, les questions posées par différents clients, est une machine à alimenter tous les fantasmes. La cohabitation de plusieurs commanditaires entretient les soupçons de connivence, voire de collusion, surtout quand on ne prend pas la peine de savoir qui achète quoi et à quel prix. »
Sur l'affaire du sponsoring la Chaîne Histoire par le Ministère de la Culture : « Personne ne trouve rien à redire quand ce même ministère parraine, dans les mêmes conditions, les programmes de la télévision publique, les "forums culturels" de Libération au Théâtre des Amandiers ou la Fête de l'Humanité. Le scandale, pour les maîtres-censeurs, c'est que de l'argent public aille à une télévision privée, et plus précisément à une filiale du groupe TF1, en l'occurence la Chaîne Histoire qui, soit dit en passant, est la seule chaîne 100% culturelle du câble et du satellite. »
Retrouvez l'intégralité de l'interview dans le numéro de demain de L'Express
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