Sondages : à quand des règles claires ?
La polémique sur la fiabilité des sondages a rebondi après la publication d'une étude de France-Soir attribuant 29% à DSK et annonçant une deuxième tour DSK-Sarkozy ou Aubry ou Hollande. Jérome Sainte Marie de CSA en a remis un couche contre Jean-Daniel Lévy de Harris Interactive. Et si les députés allaient jusqu'au bout de leur projet de loi ?
La semaine de polémique sur les sondages s'est terminée comme elle avait commencé : avec l'intervention de Jérome Sainte Marie à l'émission de Laurent Ruquier en position de chevalier blanc d'une profession qui n'inspire guère confiance. Et comme lundi sur i-télévision, Jérome Sainte Marie a dénoncé les méthodes du supposé mouton noir de la profression Jean-Daniel Lévy d'Harris Interactive, notamment pour n'avoir pas fait figurer Dominique Strauss-Kahn parmi les candidats testés.
Le fait que, lundi le même institut Harris Interactive ait testé les candidatures Hollande et DSK n'a apparemment pas calmé le ressentiment de Sainte Marie envers son confrère, dont il remet en cause, de façon implicite cette fois-ci, la compétence :
C'est donc la première fois que des sondeurs s'écharpent publiquement. En réalité, ce débat, qui peut paraître un peu médiatique, n'est pas inutile. Mais il est souvent mal posé. On remet en cause le mode d'investigation (internet) alors qu'il s'est imposé ailleurs, notamment aux Etats-unis et qu'il présente d'autres avantages que son coup plus modique puisque les sondeurs nous jurent, la main sur le cœur, que nous mentons moins devant un écran d'ordinateur que devant un téléphone. Admettons.
On a accusé le Parisien d'avoir voulu « faire un coup » pour contrer le scoop de son concurent le Journal du Dimanche. Les dirigeants du quotidien cherchaient certainement une idée pour damner le pion au JDD, mais ils ne l'avaient pas prémédité : c'est Jean-Daniel Lévy d'Harris Interactive, qui leur propose le sondage vendredi. Le Parisien l'accepte et le fait en lui-même est critiquable : le rédacteur en chef du Parisien comme le sondeur auraient dû penser que ce sondage tel quel n'était publiable sans avoir testé d'autres candidats socialistes et que la première place de Marine Le Pen serait contestée de ce fait.
Jean-Daniel Lévy répond qu'il était focalisé sur la percée de Marine Le Pen et n'a pas anticipé ce type de critique. Dont acte. Mais pourquoi le commanditaire du premier sondage lui-même ne comportait qu'une hypothèse Aubry ? Ne voulant donner l'identité de son client (ce qui se comprend), Jean-Daniel Lévy refuse d'expliquer ce point.
Du coup, une hypothèse peut être formulée : Harris Interactive a réalisé, dans la semaine du 28 février au 6 mars, un sondage sur les opinions des électeurs lepénistes pour l'hebdomadaire Valeurs Actuelles. Il fallait donc un filtre à partir d'un sondage sur les intentions de vote permettant d'identifier un corpus d'électeurs marinistes (427 dans le sondage Valeurs actuelles), auxquels l'institut et l'hebdomadaire ont posé une série de questions spécifiques.
Du coup, Jean-Daniel Lévy se retrouve avec un sondage d'intentions de vote non exploitées. Il a donc pu le proposer au Parisien qui l'a publié. L'hypothèse se tient : pour l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, qui voulait une étude sur les seuls électeurs lepénistes, tester plusieurs candidats socialistes ne présentait aucun intérêt. En revanche pour le Parisien-Dimanche publier un sondage mettant Marine Le Pen en pôle position était un très bon coup. L'hypothèse d'un seul terrain pour les deux sondages se tient et elle n'a rien d'infamant, au contraire puisqu'elle permettrait de démentir toute hypothèse de manipulation politique. Mais Jean-Daniel Lévy dément qu'il s'agit du même sondage sans pouvoir le prouver. En tout cas, on notera que les dates de terrains des deux études (celle du Parisien-Dimanche et de Valeurs actuelles) sont les mêmes.
Restent trois autres questions.
La première concerne l'écart entre l'intention de vote DSK dans le sondage Harris-Parisien publié mardi 8 mars (23%) et celle enregistrée dans le sondage IFOP publié le 10 mars dans France Soir (29%). Jean-Daniel Lévy émet deux hypothèses : soit celle d'une défaillance technique toujours possible; soit celle d'un vote « parapluie » des électeurs souhaitant empêcher la présence de Marine Le Pen au second tour. Cette dernière hypothèse est d'autant plus crédible que le deuxième sondage Harris-Le Parisien qui testait Hollande et DSK a été réalisé samedi 5 et dimanche 6 mars, alors que la polémique sur Marine Le Pen au second tour venait à peine de commencer. Quoiqu'il en soit le sondage IFOP-France-Soir n'invalide en rien la nouvelle essentielle apportée par les sondages d'Harris interactive : Marine Le Pen est au dessus de 20% et elle peut se qualifier pour le second tour.
Le deuxième problème posé par les sondages est l'identité des commanditaires. Jean-Daniel Lévy lui-même n'y est pas opposé Le projet de loi en discussion à l'Assemblée nationale propose que celle-ci doive obligatoirement être publique. Ce serait une précaution utile pour l'année qui vient où l'Elysée, Matignon, et les grands partis vont commander de multiples études qu'ils laisseront publier ou non selon que les résultats leur sont ou pas agréables.
Enfin, le troisième sujet de discorde, évoquée par Eric Naulleau et Eric Zemmour lors de l'émission « On n'est pas couché », et que Marianne a soulevé depuis des années, concerne les redressements. Les instituts ne veulent pas rendre publiques des méthodes qui relèvent selon eux de leur seul savoir faire. Ils ajoutent que leurs dites méthodes sont dûment contrôlées par la commission des sondages. Là encore, les élus du peuple souhaitent au contraire une explicitation des méthodes qui permettraient de comparer les études. Si la polémique du sondage Harris-Le Parisien pouvait relancer l'action législative et clarifier les règles du jeu avant l'a compétition qui s'annonce, elle n'aura pas été inutile, quelque pénible qu'elle ait été pour les professionnels du sondage.
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