Sondage Marianne : Marine garde Le Pen et oublie Jean-Marie
Vendredi 14 Janvier 2011 à 05:01 | Lu 27561 fois I 131 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Nous publions ci-dessous les résultats complets du sondage CSA-Marianne qui accompagne notre dossier Marine Le Pen, à qui la faute. On lira ci-dessous les principales leçons de cette étude.
L'élection probablissime de Marine Le Pen à la tête du Front National marque le véritable début de la campagne présidentielle. Le sondage CSA-Marianne n'était pas destiné seulement à mesurer les rapports de force entre les différents candidats. Il était l'occasion d'évaluer la position.
1) Marine Le Pen prend la place du « troisième homme »
Les dernières campagnes présidentielles ont été marquées par la thématique du 3ème homme. Jean-Pierre Chevènement puis en 2002 Jean Marie Le Pen avaient tenu ce rôle, tandis que François Bayrou leur a succédé dans cette partition en 2007. On comprend l’intérêt de ce suspens politique et médiatique : à quoi bon deux tours de scrutin si le premier n’est qu’un tour de chauffe entre deux ténors hors de portée des dix autres candidats ? Du coup la « surprise du chef » est devenu le clou des campagnes électorales.
Apparemment, celle de 2012 est avancée et le troisième homme de 2012 a bien des chances d’être une femme, Marine Le Pen pour toute une série de raisons. Marine Le Pen ramène donc le Front National en troisième position de la compétition électorale. Les derniers sondages de 2010 lui attribuaient 13-14% des intentions de vote. Avec 17-18% et un potentiel supérieur à 20% (voir tableau suivant), elle franchit là le gap qui sépare le statut d’outsider, partagée avec Europe Écologie ou François Bayrou, de celui de troisième candidat capable de bousculer le système politique. Jamais son père n’avait, du moins officiellement atteint un tel sommet dans les sondages, à l’exception de septembre 2006, où le CSA lui attribuait 17% alors qu’il a ensuite à peine dépassé 10% lors de l’élection présidentielle de 2007.
Manifestement, la polémique sur « l’occupation de la rue Myrha » ne semble pas l’avoir desservie. Marine Le Pen distance très nettement François Bayrou (6-9%) et Olivier Besancenot (7%), ses deux suivants immédiats. Plus spectaculaire, elle talonne Martine Aubry (17 contre 22%) et l’hypothèse d’un 21 avril à l’endroit (un deuxième tour Nicolas Sarkozy-Marine Le Pen) n’est plus une vue de l’esprit : 5 points dans une campagne, ça se rattrape, même si l’argument sera utilisé par les ténors socialistes contre ses concurrents à gauche. Pauvre argument car on gagne rarement en ne misant que sur la peur… D'autant que l'intention de vote FN semble reposer sur une adhésion croissante d'une partie du corps électoral à certaines des thématiques frontistes :
Au-delà de l’évaluation des performances frontistes, le sondage CSA-Marianne nous éclaire sur l’évolution du rapport de forces à 17 mois du scrutin présidentiel :
- Nicolas Sarkozy garde un socle électoral consistant (28% dans l’hypothèse Martine Aubry, 25 en cas de premier tour avec DSK) ; aucun de ses concurrents de droite ne le menacent sérieusement ;
- Dominique Strauss-Kahn réalise un très bon score au premier tour alors qu’il s’était jusqu’alors montré surtout un bon candidat de second tour ;
- le rapport de forces n’évolue pourtant guère en faveur de la gauche, qui ne rassemble que 39% des voix au 1er tour en cas de candidature Aubry et 46% si c’est DSK qui s’y colle ;
- l’espace centriste se rétrécit considérablement, surtout si Strauss-Kahn est candidat ;
- Europe Ecologie pique du nez avec Eva Joly créditée de 4% d’intentions de vote quel que soit le candidat socialiste ;
- l’extrême gauche reste vigoureuse à 13% des voix mais Olivier Besancenot semble dépasser Jean-Luc Mélenchon, à l’inverse de ce qui s’était passé lors des élections européennes.
- Nicolas Sarkozy garde un socle électoral consistant (28% dans l’hypothèse Martine Aubry, 25 en cas de premier tour avec DSK) ; aucun de ses concurrents de droite ne le menacent sérieusement ;
- Dominique Strauss-Kahn réalise un très bon score au premier tour alors qu’il s’était jusqu’alors montré surtout un bon candidat de second tour ;
- le rapport de forces n’évolue pourtant guère en faveur de la gauche, qui ne rassemble que 39% des voix au 1er tour en cas de candidature Aubry et 46% si c’est DSK qui s’y colle ;
- l’espace centriste se rétrécit considérablement, surtout si Strauss-Kahn est candidat ;
- Europe Ecologie pique du nez avec Eva Joly créditée de 4% d’intentions de vote quel que soit le candidat socialiste ;
- l’extrême gauche reste vigoureuse à 13% des voix mais Olivier Besancenot semble dépasser Jean-Luc Mélenchon, à l’inverse de ce qui s’était passé lors des élections européennes.
2) Marine Le Pen maximise le potentiel électoral du Front National
C’est ce qui apparaît dans les réponses à cette question posée pour distinguer l’audience de la probable nouvelle présidente du FN de celle de son père et de celle de son concurrent Bruno Gollnisch. Le « potentiel électoral » mesuré ici (20%) est d’autant plus impressionnant qu’à la différence d’une question sur les intentions de vote, les scores recueillis ici ne font pas l’objet d’un redressement. Cette percée singulière se confirme dès que l’on questionne les Français sur leur « appréciation subjective » de Marine Le Pen :
Si 74% des Français la perçoivent comme une candidate d’extrême droite, ils sont 71% à la trouver « courageuse » (le fruit sans doute de ses vigoureuses interventions télévisées), 47% à la juger « moderne », 42% « proche des préoccupations des gens » et 39% « attachée au modèle social français ».
La même empathie apparaît sur ses thèmes d’intervention : 46% des Français partagent son point de vue sur l’insécurité. « Marine Le Pen s’attaque au cœur nucléaire du sarkozysme, le candidat Sarkozy avait mis cette thématique au coeur de sa campagne et il ne semble guère avoir convaincu l'opinion sur ce point », note Jérome Sainte Marie, Directeur général de CSA-opinion. Par ailleurs, le score réalisé par Marine Le Pen sur la laïcité (31%) mord sur la gauche à laquelle on rattachait autrefois cette thématique.
Drôle de paradoxe : si les Français semblent trouver davantage de qualités à la fille Le Pen qu'à son père, s'ils adhèrent plus facilement à ses thèmes d'intervention, ils sont loin cependant de penser qu'elle diffère de lui.
3°) La percée frontiste s’effectue en détournant de leur vote les électeurs de gauche
Cette deuxième leçon de ce sondage se détache en analysant la répartition des votes par catégorie socio-professionnelle (CSP). Manifestement, le vote FN colle désormais beaucoup mieux à la sociologie française, se concentrant parmi les actifs de 30 à 54 ans. Marine Le Pen réalise des scores supérieurs à 25% parmi les ouvriers et les chômeurs (27%), ainsi que parmi tous les actifs travaillant à leur compte (38% !). On y trouve les commerçants et artisans, clientèle traditionnelle du Front National, mais aussi sans doute tout le tissu des auto-entrepreneurs, souvent déclassés ou en difficulté, qui font désormais le tissu rural français. En revanche, Marine Le Pen est moins entendue parmi les femmes et surtout les moins de 30 ans, catégorie dans laquelle elle ne renouvelle pas les performances de son père.
Tous ces électeurs, ouvriers, chômeurs ou petits entrepreneurs déçus ou révoltés par le sarkozysme, auraient dû se reporter sur la gauche. Or, celle-ci reste faible, entre 39 et 46% selon l’identité du candidat socialiste. Le FN redevient ainsi tranquillement le premier parti ouvrier qu’il était dans les années 1990, au moment où Pascal Perrineau évoquait l’apparition d’un « gaucho-lepénisme » voyant le FN attirer des électeurs venus de la gauche. Le danger est que cette percée dans les couches populaires se cumule avec une consolidation de son audience dans les couches moyennes anxieuses. Bref, le Front National développe son influence parmi les Français qui s’estiment victimes de la mondialisation, un filon qui n’est pas prêt de se tarir et qui ne profite pas pour le moment à Jean-Luc Mélenchon.
Tous ces électeurs, ouvriers, chômeurs ou petits entrepreneurs déçus ou révoltés par le sarkozysme, auraient dû se reporter sur la gauche. Or, celle-ci reste faible, entre 39 et 46% selon l’identité du candidat socialiste. Le FN redevient ainsi tranquillement le premier parti ouvrier qu’il était dans les années 1990, au moment où Pascal Perrineau évoquait l’apparition d’un « gaucho-lepénisme » voyant le FN attirer des électeurs venus de la gauche. Le danger est que cette percée dans les couches populaires se cumule avec une consolidation de son audience dans les couches moyennes anxieuses. Bref, le Front National développe son influence parmi les Français qui s’estiment victimes de la mondialisation, un filon qui n’est pas prêt de se tarir et qui ne profite pas pour le moment à Jean-Luc Mélenchon.
4°) La percée mariniste pose un problème redoutable à la droite sarkozyste
Tant que le Front National est ignoré par la droite et la gauche, les voix de ses électeurs sont en quelque sorte stérilisées, comme cela a été le cas depuis 1984, date de la première percée nationale frontiste. Mais cette « mise au corner » peut-elle fonctionner sans dommages avec un Front national proche de 20% ? Pas pour la droite en tout cas puisque à cet étiage, l’UMP devra subir des centaines de périlleuses triangulaires lors des élections législatives qui suivront le scrutin présidentiel.
A cette donnée simple de l’arithmétique électorale s’ajoute un autre élément révélé par notre sondage : 36% des électeurs de droite et 39% des électeurs de l’UMP sont d’ores et déjà convaincus de l’intérêt d’une alliance avec le Front National. Mieux : 54% des électeurs frontistes sont du même avis, et ce alors que Jean-Marie le Pen comme sa fille demeurent opposés à toute alliance. Les électeurs frontistes seront donc faciles à convaincre si, dans l’avenir, les dirigeants du FN se prononçaient pour une alliance ou un simple désistement à droite. Mais Marine Le Pen trouvera peut-être ici l’une des limites de sa stratégie : d’un côté, il lui sera difficile de refuser toute alliance tout en affirmant vouloir constituer le FN comme parti de gouvernement, de l’autre, une alliance à droite l’empêcherait de se revendiquer ni de droite ni de gauche.
Sondage exclusif CSA / MARIANNE réalisé par téléphone les 7 et 8 janvier 2011 au domicile des personnes interviewées.
Echantillon représentatif de 1001 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d'agglomération.
(Tous les sondages publiés par CSA sont disponibles sur le site : http://www.csa.eu )
photo flickr cc staffpresi-esj
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