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Sondage Harris: une chance de faire réfléchir les politiques?

Mercredi 9 Mars 2011 à 12:01 | Lu 12261 fois I 167 commentaire(s)

Coralie Delaume - Tribune

Si le sondage Harris plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour a été fortement critiqué, Coralie Delaume en tire d'autres conclusions. Pour elle, ce sondage est l'occasion pour la classe politique toute entière de recentrer les débats sur les inquiétudes économiques et sociales des Français.


S’il est un sondage qui a été largement commenté, c’est certainement le sondage Louis Harris pour Le Parisien, plaçant Martine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle (23%), devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry (21%).

On ne reviendra pas sur les nombreuses critiques qui ont été adressées, à raison, à un institut de sondage ayant choisi de tester Martine Aubry et non Dominique Strauss Kahn, au motif que la Première secrétaire serait « la candidate légitime du PS ». Surprenante justification, concernant le seul grand parti à avoir annoncé de longue date l’organisation de primaires, et dont, en conséquence, le « candidat légitime » ne peut être que celui qui sera désigné par les militants.

On ne reviendra pas non plus sur les bénéficiaires putatifs de ce sondage. Ils ont été largement et rapidement identifiés. Nicolas Sarkozy est évidemment l’un d’eux. Car, quand bien même Dominique de Villepin était testé à 7% des intentions de vote, il est possible que celui-ci y réfléchisse à deux fois. Quel leader du camp majoritaire prendra le risque d’une candidature dissidente favorisant un « 21 avril à l’envers », et se condamnant à subir par la suite l’accusation d’être « l’homme qui fait perdre son camp ». Quel cacique de la droite osera jouer, en 2012, le  « Jean-Pierre Chevènement 2002 » (ou le Christiane Taubira : après tout, c’est la journée de la femme) ?

Dominique Strauss-Kahn semblait a priori l’autre grand gagnant du sondage Harris version 1.0. Alors qu’il n’était pas testé, rapide fut la tentation, pour de nombreux commentateurs, de supposer que si son nom avait été proposé aux sondés, il fut évidemment arrivé en tête.

Finalement, et comme pour répondre à l’invitation d’un Edgar Morin qui depuis longtemps nous exhorte à « penser complexe », peu de voix se sont élevées pour nommer la trop évidente et principale bénéficiaire du sondage Louis Harris, Marine Le Pen, qui s’est vu offrir sur un plateau l’opportunité d’un grand tour de manège médiatique, à quelques jours des élections cantonales.

Hier soir, toutefois, coup de théâtre : la 2.0 du sondage Louis Harris s’invite sur les ondes, quelque part entre la fin de la pub et le début du film. Le Parisien persiste et signe. Même face à Dominique Strauss-Kahn, ou encore François Hollande, Marine Le Pen demeure en tête au premier tour. En engrangeant 24% des intentions de vote, elle bat par ailleurs Nicolas Sarkozy, qui plafonne à 21%.

Cette fois, cela vaut peut-être la peine de revenir sur les méthodes conjuguées de l’institut Harris, et du média qui s’en fait l’écho. Était-il indispensable d’attendre vingt-quatre heures avant d’émettre enfin un sondage plus conforme au scénario probable, incluant DSK ? Était-il nécessaire que l’onde de choc produite par les résultats de ce week-end se prolonge, à quelques jours d’élections cantonales, qui verront concourir 1 500 candidats du Front national ? Faut-il légitimer le vote FN en le faisant apparaître comme majoritaire donc naturel, à deux semaines d’un scrutin qui, s’il ne passionne pas les foules, a tout de même été présenté par la patronne du Front National comme son premier véritable test électoral ?

Gageons que cette récidive sondagière aura au moins quelques effet positifs. Passé le « traumatisme », les appels incantatoires au « vote utile » et à la « candidature de rassemblement » peut-être l’ère de la réflexion véritablement politique s’ouvrira-t-elle enfin. Peut-être la droite de gouvernement cessera-t-elle d’envoyer des signaux maladroits aux électeurs frontistes, en leur proposant un panel de débats dont on ne sait plus s’ils portent sur l’identité nationale, sur les racines chrétiennes de la France, sur la place de l'islam dans nos contrées ou sur le régime de laïcité. Ainsi, peut-être les préoccupations économiques et sociales des électeurs, que la leader frontiste accapare volontiers, reviendront-elle au centre des préoccupations de l’UMP et de ses alliés.

A l’inverse, peut-être la gauche acceptera-t-elle de sortir de son rôle traditionnel de promoteur d’un modèle social protecteur pour se risquer sur terrain des questions identitaires, qui, si elles ne méritent pas forcément d’être sans cesse au cœur du débat public, ne peuvent être simplement balayées d’un revers de main méprisant. Car, comme le dit fort bien Laurent Bouvet « sans tomber dans le délire identitaire d’une droite sans boussole (…) les questions économiques et sociales, aussi cruciales soient-elles ne sont en aucun cas détachables des questions d’identité au sens large ».

Pour aller plus loin, peut-être la collaboration de Louis Harris et du Parisien aura-t-elle finalement été fructueuse si elle permet à la classe politique de s’aviser que le succès de Marine Le Pen tient désormais à son aptitude à ne s’interdire aucun sujet, et à aborder sans pudeur toutes les thématiques, qu’elles soient économiques, sociales, identitaires, qui préoccupent une partie croissante de l’électorat, sans jamais se demander s’il s’agit là de thématiques de gauche, ou de droite.

« Ni gauche, ni droite », c’est l’antienne du Front national depuis toujours. Pourquoi ne pas espérer, enfin qu’à l’aune du sondage Harris, d’aucuns proposent une variante non populiste de cet apophtegme, qui pourrait être «  au-delà de la gauche et de la droite, la République ». Après tout, le succès frontiste signe l’avidité du corps électoral pour une alternative à la droite de gouvernement et à la gauche d’accompagnement. Après tout, les gaullistes historiques et les socialistes républicains ne sont pas si éloignés, que ce soit dans leur aptitude à concevoir un projet politique global, ou dans la nature des solutions qu’ils élaborent.

Si le sondage qui fâche permet au moins que l’on réfléchisse à tout cela, il aura certes fait beaucoup de bruit, mais pas nécessairement pour rien.








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