Laurent Wauquiez s'est moqué il y a quelques jours de ceux qui s'indignaient du séjour tunisien de Michèle Alliot-Marie alors que tant d'événements importants nous sollicitent en France et dans le monde. Je ne crois que cette hiérarchie apparemment de bon sens soit pertinente car elle mélange les registres de la morale et de la politique. La première est toujours capitale quand la seconde en effet permet une discrimination.
Il n'est personne en tout cas qui ne soit saisi dans l'immédiat d'un enthousiasme solidaire avec l'Egypte en folie. Le président Moubarak a quitté Le Caire avec sa famille et sans doute va-t-on commencer, comme pour Ben Ali, à tout faire pour le priver de la jouissance de son immense fortune édifiée sur la misère du peuple égyptien. « Pharaon » a été jeté à bas et la foule en liesse sur la place Tahrir (France 2) exprimait une joie intense, collective, dont on comprenait la démesure et qui n'inspirait ni la peur ni l'angoisse pour demain.
Les citoyens en délire, délestés d'un coup d'une dictature, se jetaient d'autant plus à corps perdus dans le gouffre inconnu de l'avenir, en dépit de la présence et de la stabilité actuellement rassurantes de leur armée, qu'ils avaient sans pouvoir résister été accablés par un passé oppressif. Notre presse nationale et régionale, dans un consensus parfait, salue cet immense mouvement de libération qui a déchu Moubarak après tant d'autres autocrates au fil de l'Histoire. Force est d'accepter cette évidence heureuse que les peuples à la longue deviennent les fossoyeurs des dictatures, des pires régimes, quels que soient l'idéologie ou le vernis dont ils prétendent recouvrir leurs insupportables contraintes (Le Monde, Le Figaro, Le Parisien, Libération, Mediapart, nouvelobs.com).
Pourtant est-il choquant, même au beau milieu de l'allégresse, de s'interroger, de tenter de déchiffrer les messages du présent pour se donner ou non l'espoir de lendemains « qui chantent » ? Car rien n'est moins sûr. Sans posséder le savoir de certains, Gilles Kepel, Pascal Boniface et autres spécialistes de cette région explosive dont l'Egypte semblait être l'Etat raisonnable et équilibré, sans même s'inquiéter de l'attitude tactiquement tranquille aujourd'hui des Frères Musulmans et de leurs possibles évolutions dangereuses demain, il suffit de se pencher sur le destin multiple de peuples en délire pour constater qu'ensuite le délire des peuples a accepté une autre main de fer. Une autre poigne auréolée de sa généreuse participation à la destruction d'un ordre ancien qui lui substitue le sien, souvent aussi terrible. A l'expérience des siècles, les révolutions ont le choix entre couper des têtes, enfermer sans retenue ou garder le plus possible le parfum et l'élan des aurores.
Si les peuples s'émancipent, l'Histoire les réincarcère souvent dans l'étau d'une métamorphose rêvée puis déçue. Comment ne pas avoir le droit de craindre pour l'Egypte, sans être sûr du pire, avec Israël aux aguets, une dérive conduisant d'un Moubarak chassé mais sage sur le plan international, vers un Pouvoir peut-être moins détesté mais à la diplomatie plus incendiaire ?
Le visage de l'avenir est illisible. Devenons tous des Egyptiens durant le temps très court de la fête, quand la démocratie est dans les têtes et dans les coeurs.
Pour la suite, cela ne dépend plus de nous.
Il n'est personne en tout cas qui ne soit saisi dans l'immédiat d'un enthousiasme solidaire avec l'Egypte en folie. Le président Moubarak a quitté Le Caire avec sa famille et sans doute va-t-on commencer, comme pour Ben Ali, à tout faire pour le priver de la jouissance de son immense fortune édifiée sur la misère du peuple égyptien. « Pharaon » a été jeté à bas et la foule en liesse sur la place Tahrir (France 2) exprimait une joie intense, collective, dont on comprenait la démesure et qui n'inspirait ni la peur ni l'angoisse pour demain.
Les citoyens en délire, délestés d'un coup d'une dictature, se jetaient d'autant plus à corps perdus dans le gouffre inconnu de l'avenir, en dépit de la présence et de la stabilité actuellement rassurantes de leur armée, qu'ils avaient sans pouvoir résister été accablés par un passé oppressif. Notre presse nationale et régionale, dans un consensus parfait, salue cet immense mouvement de libération qui a déchu Moubarak après tant d'autres autocrates au fil de l'Histoire. Force est d'accepter cette évidence heureuse que les peuples à la longue deviennent les fossoyeurs des dictatures, des pires régimes, quels que soient l'idéologie ou le vernis dont ils prétendent recouvrir leurs insupportables contraintes (Le Monde, Le Figaro, Le Parisien, Libération, Mediapart, nouvelobs.com).
Pourtant est-il choquant, même au beau milieu de l'allégresse, de s'interroger, de tenter de déchiffrer les messages du présent pour se donner ou non l'espoir de lendemains « qui chantent » ? Car rien n'est moins sûr. Sans posséder le savoir de certains, Gilles Kepel, Pascal Boniface et autres spécialistes de cette région explosive dont l'Egypte semblait être l'Etat raisonnable et équilibré, sans même s'inquiéter de l'attitude tactiquement tranquille aujourd'hui des Frères Musulmans et de leurs possibles évolutions dangereuses demain, il suffit de se pencher sur le destin multiple de peuples en délire pour constater qu'ensuite le délire des peuples a accepté une autre main de fer. Une autre poigne auréolée de sa généreuse participation à la destruction d'un ordre ancien qui lui substitue le sien, souvent aussi terrible. A l'expérience des siècles, les révolutions ont le choix entre couper des têtes, enfermer sans retenue ou garder le plus possible le parfum et l'élan des aurores.
Si les peuples s'émancipent, l'Histoire les réincarcère souvent dans l'étau d'une métamorphose rêvée puis déçue. Comment ne pas avoir le droit de craindre pour l'Egypte, sans être sûr du pire, avec Israël aux aguets, une dérive conduisant d'un Moubarak chassé mais sage sur le plan international, vers un Pouvoir peut-être moins détesté mais à la diplomatie plus incendiaire ?
Le visage de l'avenir est illisible. Devenons tous des Egyptiens durant le temps très court de la fête, quand la démocratie est dans les têtes et dans les coeurs.
Pour la suite, cela ne dépend plus de nous.

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter