Marianne2 2012

Slama: «le sarkozysme n'existe pas !»

Vendredi 28 Août 2009 à 13:08 | Lu 13985 fois I 163 commentaire(s)

Sylvain Lapoix - Marianne

Pour l'essayiste Alain-Gérard Slama, le sarkozysme «de la gauche au villiérisme» décrit par Christian Estrosi est le lieu de l'abolition de la politique, où les valeurs perdent leur sens et où se noie une gauche condamnée à la radicalisation.


Marianne2.fr : Dans une interview accordée ce vendredi au Figaro, Christian Estrosi déclare que «de la gauche à Villiers, on peut se retrouver aujourd'hui dans le sarkozysme». Que pensez-vous de cette définition de la doctrine du chef de l'Etat ?
Alain-Gérard Slama :
Il n'y a plus de sarkozysme ! Il y a une tendance commune à toutes sociales démocraties à la sortie du politique. Les conflits de valeur sont abolis et il ne reste que le social considéré par la démocratie d'opinion qui prime, au détriment de la représentation nationale.

«Tout ce qu'il reste à la gauche pour s'opposer à Sarkzoy, c'est le paquet fiscal ! Sur les sujets sociaux, il est partout.»



En période électorale, Nicolas Sarkozy a fait penser qu'il réhabilitait la politique en jouant au «cliveur», suivant ainsi les leçons de Jacques Chirac. Avec l'ouverture, il a changé de posture : on n'apprécie plus les problèmes en terme de choix entre la liberté et l'égalité, bases idéologiques respectives de la droite et de la gauche.

Comme Chirac, Sarkozy est un homme de pouvoir et ce dernier appartient à celui qui rassemble le plus sur le social. Tout ce qu'il reste à la gauche pour s'opposer, c'est le paquet fiscal ! Sur tous les autres sujets, il est en première ligne : les bonus des traders, la lutte contre la pauvreté, etc.

Cette évolution de la façon de rassembler est-elle propre à Nicolas Sarkozy ?
La formule «tout le monde se retrouve dans le sarkozyme» est fausse. Le chef de l'Etat n'a rien fait d'autre que ce que Merkel, Brown ou Zapatero ont fait dans leurs pays respectifs. Du principe de précaution à la lutte contre le risque, tous les champs de la politique sont absorbés par la demande de social, de sécurité.

«Le PS est coincé face à Sarkozy : soit il dit la même chose, soit il se radicalise.»



Le danger de cette conception, c'est que la politique se réfugie dans les extrêmes, puisque, au delà de «la gauche» et du villiérisme, il ne reste plus que les partis anti-système. Ou alors, c'est la voie choisie par Daniel Cohn-Bendit, qui a repolitisé le débat écologique autour du canular d'une candidature conjointe entre lui, José Bové et Eva Joly !

La disparition des termes clivants entre la gauche et la droite explique-t-elle l'enfermement du Parti socialiste dans des logiques d'appareil et des luttes de pouvoir ?
Le PS est coincé : soit il dit la même chose que Sarkozy, soit il se radicalise. La gauche était habituée à manipuler des idéologies, à mettre en avant des projets de société... Or, avec le nouveau pouvoir, elle se retrouve face au pdg de l'entreprise-France qui, en terme de présence physique et symbolique sur les sujets d'actualité, n'a pas d'équivalent à gauche.



A l'exception peut-être de Ségolène Royal et de François Hollande, qui attendent au coin du bois. Le reste, c'est la comédie socialiste qui n'intéresse pas les Français : ils restent sur le côté, à compter les points. C'est cette Société de l'indifférence, que je dénonce dans mon dernier livre : c'est un moment démocratique particulièrement déprimant !

A la fin de l'interview donnée au Figaro, le ministre de l'Industrie déclare : «Xavier [Bertrand] et moi avons en commun un vrai sens de la loyauté : nous ne trahirons jamais Sarkozy. Jamais.» Que pensez-vous de ce serment d'allégeance inconditionnel au président de la République ?
Au XIXè siècle, il y avait la Camarilla de Napoléon III. Aujourd'hui, nous sommes un peu dans le même phénomène d'appropriation du pouvoir par un groupe : ces gens, c'est Nicolas Sarkozy qui les a fait. Du temps de Charles de Gaulle, il y avait aussi des godillots, mais c'est à de Gaulle qu'ils étaient fidèles, comme, plus tard, la gauche à Mendès France. On a le de Gaulle qu'on mérite !

Ce qu'il y a de remarquable dans ces serments d'allégeance, c'est qu'ils proviennent de personnes qui ne sont pas connues pour être des idéologues ou des serviteurs de l'Etat ! En cela, je pense que Sarkozy a retenu la leçon de Machiavel, qui dit que le Prince doit être renard et lion. Jacques Chirac n'a jamais usé de son pouvoir de nuisance. Alors que le Président, lui, pourrait bien sortir ses griffes : les propos d'Estrosi ne sont pas un message au peuple mais un message au chef !









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez