Siffler la Marseillaise, c’est mal. La chanter, c’est pire !
Vendredi 17 Octobre 2008 à 09:01 | Lu 22257 fois I 342 commentaire(s)
Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Trop vite, trop haut, trop fort. Avec un peu de recul, les réactions de l'exécutif aux sifflets qui ont accueilli la Marseillaise paraissent excessives. On en oublierait presque de se poser les questions qui fâchent: pourquoi un tel malaise? pourquoi des sifflets? pourquoi des hymnes?
En plus de la crise économique qui s’abat sur le pays, la France doit affronter seule un problème d’une toute autre ampleur auquel aucune des autres économies occidentales n’a eu à faire face. Lors d’un match de football amical contre la Tunisie, quelques milliers de supporters ont sifflé la Marseillaise. Si les marchés financiers ont tenu le coup, l’Etat, qui multiplie les réunions de crise, ne s’en est visiblement toujours pas remis.
En deux jours, l’affaire des sifflets est montée à la Une, le président de la Fédération Française de Football a été prié de débarquer fissa à l’Elysée pour discuter avec le Big boss. Bref, la crise des sifflets venait se surajouter à la crise financière. La plupart des médias et politiques ont sauté sur cette piteuse affaire comme sur une voiture brûlée en banlieue. La droite lançant des appels à la patrie en danger pour inciter à l’unité nationale. Avec une mention spéciale pour l’inénarrable Bernard Laporte invitant l’Equipe de France à ne disputer ses matchs que devant des « publics sains »…
Supprimer les hymnes ?
Malaise social, rémanence d’un passé colonial qui n’en finit pas de ne pas passer, réflexe moutonnier propre au comportement des foules, exacerbation maintes fois constatée d’un nationalisme caractéristique du sport devenu instrument d’identification, dramatisation –hypocrite ou aveugle, c’est selon…- des enjeux par une télévision toujours plus avide de spectacle, disparition du décor festif pour un décorum quasi militaire voire religieux. Bref, les raisons susceptibles « d’expliquer » un tel comportement seraient multiples.
Dès 2005, La FIFA avait envisagé de supprimer les hymnes nationaux au début des rencontres internationales. « Lorsqu'un nationalisme exacerbé s'ajoute à la passion et à l'émotion, cela devient explosif. C'est pourquoi nous pensons supprimer les hymnes » avait alors déclaré le patron de la FIFA. Il n’y eut jamais de suite. Notamment parce c’est là aussi l’une des raisons du succès du football : une mise en scène dramatique qui le rend « d'autant plus captivant qu'il polariserait les identités collectives, le quartier, la ville, la nation » comme l’énonçait le sociologue Paul Yonnet dans son ouvrage Huit leçons sur le sport.
Le foot comme modèle d'intégration
De son côté, dans une réflexion sur les voitures brûlées en banlieue, Jean Baudrillard notait : « une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. La vérité inacceptable est là : c'est nous qui n'intégrons même plus nos propres valeurs et, du coup, faute de les assumer, il ne nous reste plus qu'à les refiler aux autres de gré ou de force ».
La démonstration dit toute la fragilité d’un modèle social. Une société qui n’a pour modèle d’intégration que quelques équipes de football black-blanc-beur, sponsorisées par des équipementiers américains et où l’hymne national, symbole d’une histoire collective, interprété par des chanteuses de variétés ne résonne plus que rarement dans quelques enceintes sportives est bel et bien une société en voie de désintégration.
Le coup de sifflet final
Que la Marseillaise soit sifflée dans un stade est sans doute critiquable, mais le pire n’est-il pas qu’elle soit tout simplement chantée dans ces arènes sportives devenues centres commerciaux? Peut-être le temps est-il venu de dégager le sport de ses relations symboliques avec le politique et de supprimer les hymnes nationaux avant les matchs. Cela ne calmera pas la fièvre. Mais le thermomètre sera cassé. Il en sera fini des sifflets. Puisque c’est bien là l’essentiel. Faire comme si de rien n'était...
En deux jours, l’affaire des sifflets est montée à la Une, le président de la Fédération Française de Football a été prié de débarquer fissa à l’Elysée pour discuter avec le Big boss. Bref, la crise des sifflets venait se surajouter à la crise financière. La plupart des médias et politiques ont sauté sur cette piteuse affaire comme sur une voiture brûlée en banlieue. La droite lançant des appels à la patrie en danger pour inciter à l’unité nationale. Avec une mention spéciale pour l’inénarrable Bernard Laporte invitant l’Equipe de France à ne disputer ses matchs que devant des « publics sains »…
Supprimer les hymnes ?
Malaise social, rémanence d’un passé colonial qui n’en finit pas de ne pas passer, réflexe moutonnier propre au comportement des foules, exacerbation maintes fois constatée d’un nationalisme caractéristique du sport devenu instrument d’identification, dramatisation –hypocrite ou aveugle, c’est selon…- des enjeux par une télévision toujours plus avide de spectacle, disparition du décor festif pour un décorum quasi militaire voire religieux. Bref, les raisons susceptibles « d’expliquer » un tel comportement seraient multiples.
Dès 2005, La FIFA avait envisagé de supprimer les hymnes nationaux au début des rencontres internationales. « Lorsqu'un nationalisme exacerbé s'ajoute à la passion et à l'émotion, cela devient explosif. C'est pourquoi nous pensons supprimer les hymnes » avait alors déclaré le patron de la FIFA. Il n’y eut jamais de suite. Notamment parce c’est là aussi l’une des raisons du succès du football : une mise en scène dramatique qui le rend « d'autant plus captivant qu'il polariserait les identités collectives, le quartier, la ville, la nation » comme l’énonçait le sociologue Paul Yonnet dans son ouvrage Huit leçons sur le sport.
Le foot comme modèle d'intégration
De son côté, dans une réflexion sur les voitures brûlées en banlieue, Jean Baudrillard notait : « une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. La vérité inacceptable est là : c'est nous qui n'intégrons même plus nos propres valeurs et, du coup, faute de les assumer, il ne nous reste plus qu'à les refiler aux autres de gré ou de force ».
La démonstration dit toute la fragilité d’un modèle social. Une société qui n’a pour modèle d’intégration que quelques équipes de football black-blanc-beur, sponsorisées par des équipementiers américains et où l’hymne national, symbole d’une histoire collective, interprété par des chanteuses de variétés ne résonne plus que rarement dans quelques enceintes sportives est bel et bien une société en voie de désintégration.
Le coup de sifflet final
Que la Marseillaise soit sifflée dans un stade est sans doute critiquable, mais le pire n’est-il pas qu’elle soit tout simplement chantée dans ces arènes sportives devenues centres commerciaux? Peut-être le temps est-il venu de dégager le sport de ses relations symboliques avec le politique et de supprimer les hymnes nationaux avant les matchs. Cela ne calmera pas la fièvre. Mais le thermomètre sera cassé. Il en sera fini des sifflets. Puisque c’est bien là l’essentiel. Faire comme si de rien n'était...
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