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Si Tokyo-sur-pègre m'était conté

Dimanche 11 Avril 2010 à 17:01 | Lu 5238 fois I 8 commentaire(s)

Arnaud Vojinovic - L'Annuel des idées

Le reporter Jake Adelstein a suivi durant plus de 10 ans, la pègre de Tokyo pour le grand quotidien Yomiuri Shinbun. Il raconte ses relations parfois violentes avec les yakuza dans Tokyo Vice. Retour sur un ouvrage surprenant avec l'Annuel des idées.


Si Tokyo-sur-pègre m'était conté
Arrivé à Tokyo en 1988, Jake Adelstein a été journaliste pour le Yomiuri Shinbun, l’un des plus grands quotidiens japonais ( 14 millions d’exemplaires). Ce reporter a un parcours singulier : il a quitté son Missouri natal pour compléter sa formation zen au Japon. Trois années passées au sein d’un monastère zen de l’école Soto. Après des petits boulots, il est recruté par concours au journal Yomiuri Shinbun. «  Je pense que j’étais une curiosité et cela c’est bien passé », explique t-il.

Jake Adelstein couvre les faits divers de deux commissariats de quartiers. A force de travail et de persévérance, il intégre le quartier général de la Police tokyoïte où il se spécialise dans le crime organisé sous toutes ses formes, du meurtre à la fraude sur internet. Journaliste d’investigation et spécialiste de la pègre japonaise, J. Adelstein est le premier Américain admis lors des conférences de presse de la police de Tokyo. Pendant 12 ans il se forge une réputation digne des grands détectives.

Un deal entre le FBI et la mafia japonaise

Si Tokyo-sur-pègre m'était conté
Comme les yakuza, la pègre, sont en marge de la société japonaise, son statut d’étranger lui donne une certaine forme de reconnaissance. L’enquêteur précise : « Les policiers qui enquêtent sur eux ont tendance à être aussi des originaux. J’ai vite assimilé les codes d’honneur des yakuzas et des policiers. Réciprocité et honneur sont des composantes essentielles pour les deux ... Quand j’ai commencé à travailler sur le sujet, je me comportais comme un américain typique. Je disais que je serais à un endroit et je n’y étais pas, j’étais en retard à mes rendez vous etc... Des travers typiques américains, négligeant et sans véritable parole, oubliant les coups de mains que l’on m’avait donnés. Avec le temps j’ai appris que si tu dis quelque chose à ces types, "je vais t’appeler", tu ferais mieux de le faire. Chaque fois que tu dis que tu vas faire quelque chose, tu le fais. Ainsi tu te construis une crédibilité auprès d’eux. Je fus prêt à accepter leur code et à vivre parmi eux. »

Dans son ouvrage, Tokyo Vice : An American Reporter on the Police Beat in Japan, J. Adelstein décrit en détail le fonctionnement de cette mafia mais aussi de ses relations enchevêtrées avec la police, le monde politique et les médias. Lorsqu’ils apprennent que le journaliste américain a le projet de publier une enquête exhaustive sur leur mode de fonctionnement, les yakusa commencent à gronder. D’autant plus que J. Adelstein vient de débusquer un fameux lièvre : un deal passé entre le FBI et l’un des parrains les plus influents à l’époque, Goto Tadamasa. Ce parrain yakusa avait un accord avec la police américaine pour bénéficier aux Etats Unis d’une transplantation d’organe. Or, Goto Tadamasa est à la tête d’une des factions de la plus grande famille de yakuza au Japon, la Yamaguchi-gumi qui compte pas moins de 21 000 membres selon la police. G. Tadamasa est impliqué dans 17 affaires de meurtres . De même ses hommes de mains, en 1992, ont agressé et défiguré en pleine rue le réalisateur comique Itami Juzo : il avait osé réaliser une parodie sur les yakuza (L’avocate). Son suicide, en 1997, aurait été provoqué par des yakuza qui l’auraient contraint à se jeter dans le vide sous la menace d’une arme.

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