Marianne2 2012

Si Barnier ne peut résoudre la crise du lait, à quoi sert-il ?

Jeudi 21 Mai 2009 à 15:12 | Lu 8598 fois I 55 commentaire(s)

Cédric Omet - Marianne

Barnier dit qu'il n'y est pour rien, et pourtant, des petits producteurs de lait sont au bord du gouffre et les consommateurs n'en finissent pas de payer toujours plus chers leurs produits laitiers. Un constat s'impose, le gouvernement ne sert à rien sinon à accroître les crispations et protéger ses «amitiés industrielles».


(Louison - http://louison-et-les-crayons.blogspot.com/)
(Louison - http://louison-et-les-crayons.blogspot.com/)
« Ce n'est pas le gouvernement qui fixe le prix du lait (...). Et ce n'est pas la première fois que nous avons de telles crises et de telles difficultés pour fixer un prix juste ». La mise au point du ministre-candidat Barnier ne pouvait être plus claire. Le gouvernement n'est pas responsable de cette crise. Il n'est pas responsable de la colère des producteurs de lait. D'ailleurs, il fait bien ce qu'il ce qu'il peut, il a nommé deux médiateurs pour gérer les négociations. Outre le caractère drolatiquement tragique d'une telle déclaration, cette posture soulève plusieurs questions. 

Tout d'abord, s'il n'est pas responsable, qui est responsable ? La réponse fuse : « il faudra que les industriels acceptent de reprendre la négociation et paient le prix juste. » Ah ! C'est donc la faute aux industriels qui s'en mettent plein les poches. En période de campagne électorale, c'est toujours très chic pour draguer les électeurs de rejeter la responsabilité sur une sorte de nébuleuse, « les industriels », qui profiterait sans embarras d'une situation sur laquelle le gouvernement veut manifestement afficher son volontarisme. Rappelons à l'occasion que les universités attendent toujours leurs médiateurs... 

Si volontarisme il y a, il n'est certainement pas à l'image de ce que Barnier laisse entendre. Car les industriels ne font que ce qu'on les autorise à faire, c'est-à-dire fixer le prix du lait en vertu du marché de l'offre et de la demande. Or, l'offre est de plus en plus importante puisque le ministre candidat Barnier fut l'un des artisans de la fin des quotas de production, qui augmentent chaque année pour disparaître en 2015. Il fut aussi l'un des artisans de la volonté européenne de laisser le prix du lait se fixer tout seul, dans un marché bien évidemment parfait, ordonné par la loi de l'offre et de la demande. Ca s'appelle « la dérégulation des marchés  », et n'en déplaise à la perversité des communicants de Matignon et de Bruxelles, c'est encore et toujours la politique du gouvernement français et de la commission européenne. La preuve avec cette crise !

Un pas en avant, deux pas en arrière!

Les industriels auraient donc tort de se priver de profits faramineux, puisqu'ils le font manifestement avec les encouragements législatifs de Sarkozy et Barroso. En résumé, la politique de Michel Barnier, c'est « un pas en avant, deux pas en arrière ». D'un côté, il légifère pour faire plaisir aux lobbys industriels, de l'autre, il communique pour calmer les ardeurs des producteurs laitiers. L'irresponsabilité politique de celui qui incarne précisément la campagne européenne de l'UMP n'aura jamais été autant à son comble. 

Une irresponsabilité qui interroge la fonction même d'un ministre, probablement futur député au Parlement européen. En effet, en abandonnant petit à petit des parcelles du pouvoir qui lui revenait - intervenir sur la fixation des prix du lait en régulant les quotas de production - il finit par ne plus servir à rien sinon à être un arbitre sans sifflet, spectateur impuissant des désastres économiques et autres injustices qu'il a lui-même contribué à créer.

Et les consommateurs paient toujours plus...

Dernière contradiction, qui montre l'absurdité totale de la dérégulation du marché du lait, c'est la facture qui ne cesse d'augmenter pour les consommateurs. Quand les prix du lait augmentent, les industriels et autres distributeurs ne se gênent point pour augmenter leurs tarifs. Danone avait ainsi augmenté ses tarifs de plus de 10% en octobre 2007. Une hausse que la multinationale justifiait à l'époque par l'augmentation de 20% du cours du lait, histoire de laisser entendre un altruisme tarifaire puisqu'ils ne répercutaient pas l'entièreté de la hausse des producteurs. 

Mais pourquoi n'ont-ils pas annoncé une baisse de 40% de leurs produits, histoire de prolonger cet altruisme tarifaire, le prix du lait ayant baissé de 30% ces derniers mois. Il faut croire que ces entreprises sont bien plus promptes à répercuter les hausses que les baisses sur leurs tarifs. 

Bref, la crise du lait illustre cruellement les paradoxes et injustices du système actuel. Des petits producteurs pris à la gorge, des consommateurs qui paient toujours plus chers leurs yaourts, des « nébuleuses » obscures qui s'en mettent plein les poches, et des politiques qui n'y peuvent rien parce qu'ils ne veulent pas pouvoir tout simplement. Indéniablement, avec cette controverse du lait, la crise a atteint son paroxysme.









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez