Marianne2 2012

Sherlock Holmes, version grosse baston

Samedi 4 Février 2012 à 16:01 | Lu 4215 fois I 4 commentaire(s)

Danièle Heymann - Marianne

Avec ce second volet, le réalisateur Guy Ritchie dépoussière le mythe. Une version visuellement époustouflante, mais pas toujours convaincante.


Avec une certaine condescendance, on fit mine de s'étonner, en 2009, que Guy « Rock'n'Rolla » Ritchie ait pu se montrer capable de donner un tel coup de jeune à notre cher, à notre vieux Sherlock Holmes momifié dans son macfarlane, épuisé depuis un siècle par plus de 250 variations au cinéma ou à la télévision, accablé de détournements iconoclastes ou parodiques, victime de multiples méfaits interprétatifs.

Certaines adaptations, cependant, avaient, au fil des décennies, rendu justice au locataire du 221B Baker Street. On se souvenait (peut-être) du très gothique Chien des Baskerville, de Terence Fisher, en 1959, avec Peter Cushing en Holmes, et jouant sir Henry Baskervile, le comte Dracula lui-même, Christopher Lee. On devait se souvenir de la version délicieuse et narquoise de Billy Wilder, en 1970, où apparaissaient pour la première fois le frère de Holmes mais aussi des nains, le monstre du loch Ness et la reine Victoria. C'était loin, tout ça, et le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, apparaissant plus bagarreur que rêveur sous les traits de Robert Downey Jr, flanqué d'un Watson plus séducteur que raisonneur en la personne de Jude Law, connut un succès planétaire, moissonnant 516 millions de dollars de recettes mondiales.

La recette était donc bonne, une suite, prévisible. La voici. « Chercher une explication avant de connaître tous les faits est une erreur capitale. Le jugement s'en trouve faussé. » Cet excellent et lapidaire précepte, signé sir Conan Doyle, s'applique parfaitement à Sherlock Holmes, jeu d'ombres. Dans le déferlement frénétique de détonations et d'action qui caractérise le film, aussi assourdissant que divertissant, on ne connaîtra jamais tous les faits, et on ne cherchera donc pas la moindre explication à une intrigue extrêmement embrouillée et bruyante, nappée d'une musique de Hans Zimmer aussi incessante qu'éreintante. L'essentiel est que Robert Downey Jr et Jude Law aient repris du service.

Gnons et pyrotechnie

Ils sont toujours aussi brillamment appariés, bien que Watson se soit enfin marié avec la patiente Mary (Kelly Reilly). Ils vont avoir fort à faire, le machiavélique Pr Moriarty (Jared Harris) est à leurs trousses et fomente quelque chose d'impensable. Déploiement d'armes en tout genre, couteaux, poisons, revolvers de dame et gros canon. Attentats (anarchistes ?) : en ouverture, très belle pyrotechnie devant une cathédrale de Strasbourg numérique. Traquenards, assassinats, bal mortel à l'Opéra (de Paris), Londres, où l'on rencontre Mycroft, frère aîné de Sherlock (le divinement anglais Stephen Fry), camp tsigane d'où émerge la mystérieuse Simza (Noomi Rapace), et la Suisse, où un sublime et improbable château s'accroche à la montagne.

Visuellement, le film est époustouflant, narrativement, moins convaincant. Si l'on excepte le dernier quart d'heure, tardivement émouvant, qui voit l'ultime confrontation entre Holmes et Moriarty autour d'un échiquier renversé. Qui fera mat ? Le mythe de Sherlock Holmes, cerveau sur pattes en tweed, loupe, pipe et violon intégrés, résolvant - « élémentaire, mon cher Watson » - les énigmes les plus ardues dans les bienveillantes volutes de l'opium, est bien révolu. Désormais débraillé et cool, collectionnant les gnons et provoquant la baston, Holmes, sous la direction vitaminée de Guy Ritchie, est devenu un superhéros dans l'air du temps.

Sherlock Holmes, jeu d'ombres, de Guy Ritchie. En salles.










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