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Serment d'allégeance : une illusion en ces temps de chienlit

Vendredi 23 Septembre 2011 à 05:01 | Lu 5366 fois I 0 commentaire(s)

Philippe Bilger - blogueur associé

Le serment d'allégeance aux armes proposé par l'UMP, selon notre blogueur associé, le magistrat Philippe Bilger, n'est pas une mauvaise idée, mais ce formalisme, note-t-il, « qu'on prétend imposer est bien plus la marque d'une faiblesse, un procédé de colmatage que l'expression d'une nation sûre d'elle ».


Le serment d'allégeance aux armes proposé par l'UMP, dans une convention sur la défense nationale, n'est pas forcément en soi une mauvaise idée. Le député Hervé Mariton, fin et intelligent, la soutient et sa force immédiate vient de son caractère apparemment consensuel. Quoi de plus normal à priori que d'exiger un tel serment de la part des jeunes Français d'origine ou naturalisés ? On jure pour moins que cela !

Pourtant, je ne suis pas convaincu.

Il y a des objections présentées qui ne me semblent guère recevables dans la mesure où elles émanent des professionnels de l'anti-militarisme. Je n'attendais pas par exemple d'Olivier Besancenot une approbation enthousiaste de cette initiative. En revanche, que Gérard Longuet se dise "un peu gêné" et que Luc Chatel préfère une autre forme d'adhésion aux valeurs de la République n'est pas neutre (Le Monde, nouvelobs.com, lefigaro.fr, Marianne 2). NKM, pour sa part, est franchement hostile.

Au coeur de ces démarches, de ce volontarisme qui souhaite mettre l'amour de la patrie dans les têtes et les coeurs à coup de décrets, d'obligations et d'injonctions, il y a la croyance fausse mais confortable en ces temps de bouleversement que c'est à la société de se plier peu ou prou aux ordres de l'Etat, qu'il revient aux citoyens de s'adapter à ce que le pouvoir exige. L'honneur d'être français ou de le devenir est un sentiment qui devrait naître spontanément et, faute de le voir surgir, les autorités, comme on dit, auraient le devoir de le créer.

Morosité démocratique

Serment d'allégeance : une illusion en ces temps de chienlit
C'est une illusion. Ce formalisme qu'on prétend imposer est bien plus la marque d'une faiblesse, un procédé de colmatage que l'expression d'une nation sûre d'elle. Comme notre pays manque d'une politique d'allure et d'envolée qui restaurerait un lien collectif et ferait sens pour une communauté déboussolée et éclatée, plutôt que d'assumer la mission impossible de la fierté et de l'unité à recouvrer, l'Etat essaie des ersatz, invente des palliatifs et des remèdes qui n'auront jamais la capacité d'instiller par l'autorité un respect de la France dont la source doit être ailleurs.

Ce n'est pas à la société d'écouter l'Etat. C'est à l'Etat de devenir exemplaire. Avant d'ordonner l'amour, il faut se faire aimer. Les armes ne peuvent pas venir au premier plan quand les larmes coulent sur le visage démocratique. L'honneur d'être français commence d'abord par l'envie de l'être ou de le devenir, non pas artificiellement mais grâce à l'admiration et à la confiance inspirées par un pays modèle.
On en est loin.

La République irréprochable aurait pu, dû constituer le socle d'une adhésion massive. Inutile de revenir sur ce que le général de Gaulle aurait appelé, certes dans un autre contexte, la « chienlit » et qui nous submerge, nous dégoûte depuis plusieurs mois.

Mais que penser, par exemple, de cette nomination choquante et contestée par la Cour des comptes elle-même d'une collaboratrice du président, spécialisée en matière de défense nationale ?
Comment ne pas s'émouvoir de cette relaxe générale requise mécaniquement dans le procès dit des emplois fictifs comme si l'audience, les débats n'avaient pas la moindre importance et qu'il incombait seulement à l'accusation de jouer, pour une fois exclusivement politique, à contre-emploi ? Le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Claude Marin, a déclaré que les réquisitions orales pas plus que les écrites n'avaient été « téléguidées » (20 minutes). Quand on a besoin de démontrer que la pratique judiciaire a été libre, j'ai comme le soupçon que précisément elle ne l'a pas été.

Comment, jour après jour, ne pas se laisser gagner par une morosité démocratique quand avec volupté un pouvoir détruit, une à une, les illusions qui survivaient malgré tout ?

Aux larmes, citoyens ! Quand elles seront séchées, beaucoup décideront d'aimer profondément la France et de respecter ceux qui la, nous représentent.

Retrouvez Philippe Bilger sur son blog.







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