Séquestrations : en fait, Sarkozy les encourage !
Mercredi 8 Avril 2009 à 12:59 | Lu 12189 fois I 73 commentaire(s)
Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Comment interpréter les séquestrations de patrons? Radicalisation, comme écrivent bien des journalistes, ou nécessité de transformer chaque conflit en spectacle du 20 heures pour avoir une chance d'être écoutée ?
En déplacement dans les Bouches-du-Rhône, Nicolas Sarkozy a déclaré mardi 7 avril qu'il ne tolèrerait pas les séquestrations de patrons d'entreprise et de cadres supérieurs par des salariés, actes qui se sont multipliés ces derniers temps. « Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'aller séquestrer les gens ? On est dans un Etat de droit. Je ne laisserai pas faire les choses comme ça » s'est indigné le président de la République.
Le président a fait maintes fois la démonstration que les sujets du 20 heures constituaient le critère essentiel de ses semblants d'indignations. L'exemple de Caterpillar est à cet égard éclairant.
Les Caterpillar ont séquestré quatre de leurs dirigeants. Aussitôt, le président a usé de la démagogie dont il est coutumier sur Europe 1, affirmant vouloir « sauver le site de Caterpillar », et s’engageant à « recevoir l’intersyndicale qui l’appelait au secours ».
Vincent Peillon: Quand on évoquait Caterpillar, tous les journalistes s'endormaient
Interrogé sur I-Télé, Vincent Peillon a détaillé la perversité de la démarche sarkozyste et mis en cause les médias qui poussent les salariés d'entreprise en difficulté à la surenchère pour que l'on s'intéresse à leur cas: « Caterpillar c’est une société qui a gagné 3 milliards de dollars cette année et la suppression de 3.000 emplois en France. A part les élus locaux, cela n’intéressait personne. Lorsqu’on évoque ces questions, en général on nous coupe la parole ou en trois secondes tout le monde s’endort et on nous demande pas de préciser pourquoi. Les syndicats se retrouvent dans des situations incroyables sans visibilité. Il faut donc enfermer les 4 dirigeants une nuit pour que dès le lendemain tous les médias s’intéressent enfin à ces disparitions d’emplois et que le président de la République commence à s’y intéresser. Il y a un vent mauvais dans l’action publique qui fait qu’on s’intéresse plus à la communication des choses qu’aux véritables problèmes alors qu’il y a des vrais problèmes. Et cela radicalise les gens ».
Nouvelle démonstration, s'il en fallait une, des talents de pompier-pyromane du président.
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