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Sécurité : vu d'Allemagne, Sarkozy va trop loin

Gilbert Casasus - Chroniqueur associé | Lundi 16 Août 2010 à 16:01 | Lu 23774 fois

Gilbert Casasus réagit aux propos tenus par Nicolas Sarkozy sur la sécurité. A l'instar de Daniel Cohn-Bendit dans Le Monde, notre chroniqueur associé voit dans le passé de l'Allemagne un garde fou qui préserve le pays de l'émergence d'un tel discours.



Aucun chancelier allemand n’oserait tenir les mêmes propos que ceux tenus ces dernières semaines par Nicolas Sarkozy et certains ténors de l’UMP. Parce que conscients de leur histoire, la presse, l’opinion publique et les principaux partis allemands dénonceraient à l’unisson un discours à connotation nazie. Cela concernerait plus particulièrement l’expulsion des Roms, lorsque l’on sait que ceux-ci furent gazés durant la Seconde Guerre mondiale, comme le furent les juifs ou les homosexuels.
L’Allemagne ne s’est heureusement pas affranchie de son travail de mémoire, sachant qu’elle doit son ancrage démocratique à la rupture qu’elle a opérée avec le Troisième Reich. Comment ne pas se souvenir ici de ce geste historique de Willy Brandt qui, dans la capitale polonaise, s’agenouilla,  le 7 décembre 1970, devant le monument du ghetto de Varsovie ?

Aujourd’hui, on recherche en vain cette figure historique et cette grandeur d’esprit dont le chancelier Brandt a su faire preuve. Jamais, celui-ci n’aurait admis que l’on prononçât des paroles nauséabondes que l’on ne voudrait plus entendre. Mais n’est pas Willy Brandt qui veut. Qui pourrait alors croire que l’Académie d’Oslo veuille un instant décerner le Prix Nobel de la Paix à l’actuel Président de la République française, comme elle l’a fait, en 1971, pour le premier chancelier social-démocrate de la RFA ? Personne !

L’Allemagne, loin de là, n’a pas toujours été exemplaire en la matière. On se souviendra ainsi du Ministre-Président de la Hesse, Roland Koch. Aujourd’hui démissionnaire, il accéda au pouvoir en 1999, après avoir combattu la nouvelle loi sur la nationalité, présentée à l’époque par le gouvernement rouge-vert du chancelier Gerhard Schröder. Plus de dix ans après, tout le monde s’accorde pour donner raison à la coalition de l’époque. Celle-ci a ouvert la voie d’une Allemagne plus multicolore, à l’exemple de son équipe nationale de football où se côtoient désormais des joueurs originaires du Ghana, de la Tunisie et de la Turquie.

Bien qu’électoralement profitable à court terme, tout discours purement sécuritaire se révèle totalement erroné sur le plan historique. Il peut même devenir contre-productif, à l’exemple de tous ces Allemands de droite – mais aussi parfois de gauche -  qui ne cessaient de s’en prendre à l’immigration venue de l’Est. Sauf qu’à dénoncer à tout bout de champ les « Pollaks » et autres « trafiquants des Balkans », la République fédérale s’est aussi retrouvé confrontée à un problème de flux migratoires. Pour la seconde année consécutive, elle a en effet enregistré un plus grand nombre d’émigrés que d’immigrés. Ainsi, doit-elle aujourd’hui faire appel à des travailleurs étrangers pour maintenir les performances de la plus importante économie de l’Union européenne et pour garantir le niveau de vie de sa population.

Même de droite, le gouvernement de Madame Merkel ne s’aventurera jamais dans ces méandres de la pensée sarkoziste. Tout amalgame entre délinquance et immigration lui serait rapidement préjudiciable car l’industrie allemande a besoin de bras et de cerveaux venus d’ailleurs. C’est pourquoi le patronat allemand a toujours apporté son soutien à toutes les actions destinées à combattre la xénophobie et l’extrême-droite. Rien ne serait pire pour l’image de marque de la seconde plus grande puissance exportatrice du monde que de renouer, ne serait-ce que le temps de quelques échauffourées urbaines, avec l’apparition de violences proférées contre des étrangers par des groupuscules néonazis. Il en va de la crédibilité de la République fédérale d’Allemagne à l’intérieur mais aussi, et surtout, à l’extérieur de ses frontières.

N’est-ce pas là peut-être pas là aussi la principale faute commise par Sarkozy ces dernières semaines ? Bien entendu, les Français ne s’en rendent pas obligatoirement compte. Mais à vouloir jouer, coûte que coûte, les fiers-à-bras dans son propre pays, le danger de nuire à la réputation internationale de la France existe bel et bien. Pour cela, il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur la une des journaux de langue allemande (der Spiegel, der Standard, Tagesanzeiger), qu’ils soient édités en RFA, en Autriche et en Suisse. La France sarkozienne y est la proie de nombreuses critiques que l’on est bien obligé de partager. De surcroît, comment suivre le Chef de l’État français quand celui-ci remet en cause quelques principes fondamentaux des droits de l’homme et prend ostensiblement le contrepied d’une Commission européenne qui, bien que marquée plus à droite qu’à gauche, compte intensifier sa lutte contre toute forme de discrimination, notamment contre celle touchant les gens du voyage ?




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