Sécurité : Hortefeux ballade les auditeurs d'Europe 1Sylvain Lapoix - Marianne | Mardi 1 Septembre 2009 à 15:45 | Lu 8844 fois
Invité sur Europe 1 pour parler des mauvais chiffres de la délinquance, le ministre de l'Intérieur a pu servir une épaisse langue de bois. Le matin même, Libération livrait un témoignage accablant sur la politique du chiffre. Elkabbach ne semble pas s'intéresser à ces failles du système policier...
Brice Hortefeux au Conseil national de l'UMP du 24 janvier 2009 (photo : SL)
Quand une interview commence par deux clichés monumentaux, il ne faut pas s'attendre à de grandes révélations. Invité d'Europe 1 mardi 1er septembre, Brice Hortefeux n'a pas dérogé à la règle : «Il faut parler vrai et ne pas se voiler la face.» Malgré les chiffres accablants de la délinquance, le ministre de l'Intérieur n'a pas eu à faire plus qu'agiter les habituels colifichets du sarkozysme triomphant : des résultats «pas satisfaisant», face auxquels le ministre ne compte pas rester «les bras ballants», la preuve, il organise des rencontres entre les jeunes et la police...
Un tire-bouchon en poche, un port d'arme prohibé résolu
Un activisme théâtral, fait de chiffres approximatifs et de postures, que l'intervieweur Jean-Pierre Elkabbach a laissé passer à l'antenne sans l'interrompre. Alors qu'en ouvrant le Libération du matin, il aurait eu toute la matière pour le faire : dans le témoignage anonyme d'un officier de police de 20 ans d'expériences, la belle rhétorique policière du ministre est déboulonnée du début à la fin.
Les aspects positifs évoqués par le ministre, augmentation du nombre d'interpellations, de celui des gardes à vue et du taux d'élucidation, sont ramenés à une réalité de manipulation de chiffre grossière : «dans certains secteurs calmes [...] les gars qui se baladent avec un tire-bouchon couteau sont bons pour port d'arme prohibé. Pareil, ça compte pour un fait constaté, un fait élucidé et une mise à disposition de l'officier.» Dans le discours du ministre, la lutte contre les voyous a rang de priorité, mais, étrangement, la baisse de la délinquance ne suit pas. Y avait-il face à lui, sur Europe 1, un journaliste pour lui demander pourquoi ? Non. Pourtant, c e même mardi matin, le patron de la rédaction d'Alexandre Bompart bombait le torse dans le Figaro : « Europe 1 n'a pas vocation à être lisse et tiède ». Elkabbach : enthousiaste du chiffre ministériel
Pire : Elkabbach rentre dans le jeu de la statistique ministérielle : «vous recevez les préfets, vous les évaluez : est-ce que vous allez aussi leur donner des objectifs chiffrés ? Demandait l'animateur d'Europe 1 avant de singer Sarkozy en répétant : « je veux du chiffre ! Je veux du résultat ! » Oui mais que signifient-ils ? Que recoupent-ils ? Peu importe.
Pour faire gras, pour faire bien, le ministre étale sur des périodes improbables ses statistiques : «entre 1997 et 2002, la délinquance avait augmenté de 11%. Depuis 2002 jusqu'à cette période, elle a baissé de 15%», récitait doctement M. Hortefeux pour prouver qu'il avait eu à endosser une part du fardeau de la gauche. Mais que recoupent ces 11 et 15% qui montent et descendent sur ces pentes étranges et longues de l'alternance. Faut-il expliquer ? Non. A Sarkoland, on agit d'abord, on compte ensuite.
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