Scoop de France 5: Sarko est Président! On ne rit pas...
Jeudi 9 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 24670 fois I 99 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur
Lundi soir, la «chaîne de la connaissance» nous livre un documentaire ahurissant de complaisance sur Nicolas Sarkozy. Avec un numéro particulièrement gratiné sur l'Amérique. A hurler de rire, si le héros de la soirée n'était pas notre Président.
(photomontage réalisé via Photofunia.com)
Le dernier plan com de l’Elysée (« Sarkozy-a-changé-plus-président-que-lui-tu-meurs ») est très très bien rôdé. Après L’Express et Sarko Zedong fait sa « révolution culturelle », après Nicolas Sarkozy s’invite aux journées portes ouvertes de l’Obs, voilà que c’est la télévision qui prend la suite. Et pas n’importe quelle chaîne : France 5 ! Lundi, en prime time, « la chaîne de la connaissance » (ou de la complaisance ?) du service public nous propose un doc dont Nico est définitivement le héros, un doc qui mêle images d’archives et entretien privé avec le Tout-Puissant. Son nom ? « A visage découvert : Nicolas Sarkozy ». Mais on n'y «découvrira» pas grand-chose, si ce n’est la servilité des deux « journalistes-présentateurs », Christian Malard et Bernard Vaillot, et celle (plus discrète) de leur rédactrice en chef, Magali Forestier.
Malard et Vaillot : les Tic et Tac du journalisme de cour
Dès le début, les Malard et Vaillot osent l’impertinence : « D’où vous vient cette énergie permanente ? ». C’est sûr qu’avec ce genre de question, il va être bousculé le petit bonhomme. Et quand les Tic et Tac du journalisme de cour ne lui servent pas directement la soupe, Nicolas Sarkozy s’en charge lui-même. Mais notre homme, lorsqu’il est en roue libre, lorsqu’il joue sans filet « henrigainesque », est capable d’enchaîner perle sur perle : « Vous savez, moi je me suis inspiré de tous ceux avec qui j’ai eu la chance de travailler ou de côtoyer. (…) Edouard Balladur m’a ouvert à l’importance du débat d’idées (mais ne l’a apparemment pas convaincu…). Jacques Chirac à la nécessité, comme chef d’Etat, d’avoir une énergie indomptable (exit donc les critiques à l’égard du « roi fainéant » ?). François Mitterrand à la nécessité de prendre du recul sur certains événements pour se donner le temps de réfléchir (le recul, c’est bien vrai, c’est ce qui caractérise le mieux la « méthode Sarkozy »…) Valéry Giscard d’Estaing à la précision dans ce qu’on doit dire (Notre homme a juste assassiné à plus de cent reprises les frères Bescherelle, les rois de la grammaire) ».
Les Etats-Unis, «la première puissance démographique»!
Sur les Etats-Unis, là, c’est encore plus pathétique : « L’Amérique, c’est un pays fantastique. C’est la première puissance économique du monde. C’est la première puissance monétaire du monde. C’est la première puissance militaire. C’est la première puissance… démographique ! » C’est sûr que la Chine et l’Inde sont des petits joueurs dans ce dernier domaine, et que le dollar, dont personne ne veut plus sur les marchés, se porte comme un charme. Mais qu’importe, nos deux interviewers de choc ne relèvent pas : Tic et Tac ne vont surtout pas s’amuser à contredire Monsieur le Président. Ni même lui demander de préciser sa pensée quand il se montre un poil excessif : « [Les Américains] sont des alliés structurels, ce sont des alliés… définitifs ! » Mais après tout que pourrait-on attendre de deux « journalistes » qui prennent pour argent comptant la confidence débile que leur livre Serge Danlos, un « ami d’enfance » du Président ? Son admiration sans limites pour les Etats-Unis lui viendrait, nous expliquent-ils, de la série «Rintintin» ! Et Malard et Vaillot, eux, ont appris leur métier devant « Lassie, chien fidèle » ?
A Sarkozy, le Liban, l'Europe, le monde entier reconnaissants!
Rebelote quand Nicolas Sarkozy évoque le Liban et « s’autocouvre » de louanges : « Aujourd’hui, deux ans après mon accession à la présidence de la République, le Liban va-t-il plus mal ou mieux ? » Bien entendu, Tic et Tac, aidés à l’autre bout de l’oreillette par Magali Forestier, laissent l’Omnipotent répondre lui-même à cette question : « [Le Liban] est sorti de l’actualité des attentats. Il y a maintenant un gouvernement, un président, il y a eu des élections… » A Sarkozy, le peuple libanais reconnaissant…
Et (re)rebelote quand le locataire de l’Elysée justifie le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Les « frères Lumière » de France 5 se contentent, une fois de plus, d’acquiescer de la tête dans un silence si complice qu’il en devient dérangeant. Et pour eux de conclure cette séquence en expliquant aux téléspectateurs que oui, c’est vrai, la position de la France, avant que Sarkozy n’agisse, un pied dedans un pied dehors, était très « hypocrite ».
On touche le fond, lorsque le documentaire se décide à aborder le passage du premier des Français à la tête de l’Europe et la crise géorgienne. La preuve en deux petits commentaires si bien sentis qu’ils feront se plier en deux une bonne partie du continent : « En six mois, Nicolas Sarkozy acquiert une véritable dimension internationale et, à l’époque, le contexte n’est pas facile. Et comme dit le proverbe, c’est souvent dans la difficulté que les hommes se révèlent… », « La présidence française a bousculé les vieilles habitudes de l’Union (…) Une Europe qui agit : la stratégie est payante et saluée par les 27 ».
Et (re)rebelote quand le locataire de l’Elysée justifie le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Les « frères Lumière » de France 5 se contentent, une fois de plus, d’acquiescer de la tête dans un silence si complice qu’il en devient dérangeant. Et pour eux de conclure cette séquence en expliquant aux téléspectateurs que oui, c’est vrai, la position de la France, avant que Sarkozy n’agisse, un pied dedans un pied dehors, était très « hypocrite ».
On touche le fond, lorsque le documentaire se décide à aborder le passage du premier des Français à la tête de l’Europe et la crise géorgienne. La preuve en deux petits commentaires si bien sentis qu’ils feront se plier en deux une bonne partie du continent : « En six mois, Nicolas Sarkozy acquiert une véritable dimension internationale et, à l’époque, le contexte n’est pas facile. Et comme dit le proverbe, c’est souvent dans la difficulté que les hommes se révèlent… », « La présidence française a bousculé les vieilles habitudes de l’Union (…) Une Europe qui agit : la stratégie est payante et saluée par les 27 ».
Ca ne sert à rien mais on les interroge quand même!
Pour appuyer leur propos si clairvoyant, Malard, Vaillot et Forestier (qui auront bientôt, c’est certain, un manuel de journalisme à leur nom) ont décidé de ponctuer de plusieurs témoignages les 60 minutes que dure le nouveau clip de campagne de Sarkozy. Ceux de véritables contradicteurs ? Non, pas la queue d’un. Ceux de proches du Président ? Ça oui et à la pelle : Henri Guaino, Claude Guéant, Jean-David Levitte et Brice Hortefeux. Mais aussi des intervenants de « classe internationale » : un Tony Blair sarkolâtre (louant l’«incroyable assurance» de Nicolas) et des chefs d’Etats en poste comme Angela Merkel, Gordon Brown et Bachar El Assad. Là, c’est sûr, les critiques vont pleuvoir comme vache qui pisse. Mais le pire, c’est que Magali Forestier reconnaît les limites d’un tel choix : « Quand des chefs d'Etat en exercice parlent d'un président en exercice, confie-t-elle sur le site de France 5, c'est vrai qu'ils restent un peu dans les compliments pour éviter les incidents diplomatiques. » Ce à quoi on a envie de lui répondre : ok mais pourquoi les interroger si on est certain qu’ils ne serviront que du vent ?
Sarkozy «prend un petit peu de hauteur»!
La réponse à cette question, on y a droit en fin de documentaire, quand le gentil flic Vaillot et le… gentil flic Malard se lancent dans un dialogue savoureux :
- B.V. : « Finalement, ce qui est frappant avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’il a un peu changé quand même. Lui qu’on connaissait plutôt accessible, direct, on a l’impression aujourd’hui qu’il prend un peu de distance, un petit peu plus de hauteur. »
- C.M. : « Je pense qu’il a pris conscience de son rôle, de la fonction qu’il incarne. Bref, j’ai quand même le sentiment qu’il s’est présidentialisé. »
- B.V. : « En tout cas, ce qui n’a pas changé, ce sont ses ambitions, elles demeurent les mêmes. Maintenant, est-ce que durant les trois années qu’il lui reste, il aura le temps de tout réaliser?»
- C.M. : « Et qui te dit qu’il n’y aura pas un deuxième mandat ? »
C’est sûr qu’avec des journalistes à l’esprit critique aussi affûté, Sarkozy n’aura aucun problème pour rempiler…
- B.V. : « Finalement, ce qui est frappant avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’il a un peu changé quand même. Lui qu’on connaissait plutôt accessible, direct, on a l’impression aujourd’hui qu’il prend un peu de distance, un petit peu plus de hauteur. »
- C.M. : « Je pense qu’il a pris conscience de son rôle, de la fonction qu’il incarne. Bref, j’ai quand même le sentiment qu’il s’est présidentialisé. »
- B.V. : « En tout cas, ce qui n’a pas changé, ce sont ses ambitions, elles demeurent les mêmes. Maintenant, est-ce que durant les trois années qu’il lui reste, il aura le temps de tout réaliser?»
- C.M. : « Et qui te dit qu’il n’y aura pas un deuxième mandat ? »
C’est sûr qu’avec des journalistes à l’esprit critique aussi affûté, Sarkozy n’aura aucun problème pour rempiler…
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