Schneidermann a-t-il franchi la ligne jaune?
Mercredi 6 Mai 2009 à 07:00 | Lu 22107 fois I 55 commentaire(s)
Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Daniel Schneidermann serait-il devenu un animateur-producteur comme les autres, contraint de se plier aux règles du Net ? C'est ce que laisse entendre Alain Finkielkraut. Au point que Schneidermann y consacre une émission-réponse...
Quelle mouche a donc piqué Alain Finkielkraut ? Critiquer Internet ! Vous n’y pensez pas ! En plus, s’en prendre à Arrêt sur Images, l’émission de décryptage des médias, autrefois sur France 5 et transférée sur le net.
Daniel Schneidermann a très peu goûté les critiques du philosophe à l’égard de la dernière émission du producteur Schneidermann, baptisée Ligne j@une et animée par Guy Birenbaum.
Finkielkraut mettait en cause « l’évolution d’une émission qui a eu son heure de gloire à la télévision : l’idée que la presse n’est pas seulement un contre pouvoir mais aussi le premier pouvoir selon une expression d’Elisabeth Lévy. Cette émission est passée sur le net, elle crée une émission interne qui s’appelle ligne jaune, confiée à Guy birenbaum, un éditeur dont la spécialité était de révéler les secrets de la vie privée d’un certain nombre de personnalités célèbres. L’opposition du public et du privé, procédure de raréfaction du discours a sauté sur Internet, il ne s’agit plus alors de moraliser la presse mais d’épouser le mouvement, de libérer le discours journalistique de tous les freins qu’il pouvait connaître. Je trouve l’évolution de cette émission extraordinairement symptomatique et elle me fait peur» avoue Finkielkraut qui suggère ainsi que c’est le passage de la télévision au net, qui serait responsable de ces dérives.
Daniel Schneidermann a très peu goûté les critiques du philosophe à l’égard de la dernière émission du producteur Schneidermann, baptisée Ligne j@une et animée par Guy Birenbaum.
Finkielkraut mettait en cause « l’évolution d’une émission qui a eu son heure de gloire à la télévision : l’idée que la presse n’est pas seulement un contre pouvoir mais aussi le premier pouvoir selon une expression d’Elisabeth Lévy. Cette émission est passée sur le net, elle crée une émission interne qui s’appelle ligne jaune, confiée à Guy birenbaum, un éditeur dont la spécialité était de révéler les secrets de la vie privée d’un certain nombre de personnalités célèbres. L’opposition du public et du privé, procédure de raréfaction du discours a sauté sur Internet, il ne s’agit plus alors de moraliser la presse mais d’épouser le mouvement, de libérer le discours journalistique de tous les freins qu’il pouvait connaître. Je trouve l’évolution de cette émission extraordinairement symptomatique et elle me fait peur» avoue Finkielkraut qui suggère ainsi que c’est le passage de la télévision au net, qui serait responsable de ces dérives.
Après les experts de la finance, voici venir les experts du web
Et voici Schneidermann le journaliste à l’œil aiguisé, devenu producteur, concepteur d’émissions mis face à ses contradictions. Ainsi qu’aurait pensé l’intransigeant Schneidermann des débuts, qui se vantait de refuser les codes télévisuels notamment en matière de mise en scène, de la scénographie de cette émission ?
Pas la peine de se cacher derrière son petit doigt, une émission baptisée « Ligne jaune » n’est pas là pour indiquer qu’il sera question de débattre de l’emplacement de la ligne mais bien pour signaler qu’elle est déjà dépassée. Sans parler de ce décor noir et jaune, anxiogène. Et encore moins du présentateur à la réputation sulfureuse.
Rendons à Schneidermann ce qui lui revient : une contribution majeure à l'émergence d'une critique des médias en France, et notamment à la télévision. Mais si les critiques de Finkielkraut sont parfois excessives, nombre d’entre elles méritent au moins examen plutôt que d'être balayés pour cause d'incompétence. Plusieurs fois au cours de l'émission, Schneidermann et Birenbaum mettront en cause les compétences de leur interlocuteur se posant en experts du web assénant des vérités irréfutables, tel le financier sûr de ses certitudes qui nous disait le système financier insubmersible, avançant des arguments de cour de récré : « je suis toujours aussi sidéré de vous entendre parler d’Internet avec autant de certitudes sans jamais l’avoir utilisé » balance Schneidermann. Est-il utile de rappeler que nombre de philosophes avaient pointé les possibles dérives du capitalisme financier sans jamais avoir mis les pieds dans une salle de marchés ? Et si, justement, le seul fait de se tenir à l’écart de la toile était un point d’observation idéal ?
Pas la peine de se cacher derrière son petit doigt, une émission baptisée « Ligne jaune » n’est pas là pour indiquer qu’il sera question de débattre de l’emplacement de la ligne mais bien pour signaler qu’elle est déjà dépassée. Sans parler de ce décor noir et jaune, anxiogène. Et encore moins du présentateur à la réputation sulfureuse.
Rendons à Schneidermann ce qui lui revient : une contribution majeure à l'émergence d'une critique des médias en France, et notamment à la télévision. Mais si les critiques de Finkielkraut sont parfois excessives, nombre d’entre elles méritent au moins examen plutôt que d'être balayés pour cause d'incompétence. Plusieurs fois au cours de l'émission, Schneidermann et Birenbaum mettront en cause les compétences de leur interlocuteur se posant en experts du web assénant des vérités irréfutables, tel le financier sûr de ses certitudes qui nous disait le système financier insubmersible, avançant des arguments de cour de récré : « je suis toujours aussi sidéré de vous entendre parler d’Internet avec autant de certitudes sans jamais l’avoir utilisé » balance Schneidermann. Est-il utile de rappeler que nombre de philosophes avaient pointé les possibles dérives du capitalisme financier sans jamais avoir mis les pieds dans une salle de marchés ? Et si, justement, le seul fait de se tenir à l’écart de la toile était un point d’observation idéal ?
Schneidermann en voie de « morandinisation » ?
La seule posture de Birenbaum et Schneidermann, déguisés en apôtres du net, suffit ainsi à valider les thèses d’Alain Finkielkraut, qu’on les partage ou pas : la communauté des gens du net est incapable d’entendre une parole critique à l’égard de la technique et de ses contenus. Sans parler de la violence des commentaires aperçus sur le site d’ASI ou rue89.com qui a repris des extraits de l’émission, et qui justifient en partie les craintes exprimées par le philosophe. C’est justement parce qu’Internet est un outil fantastique, mais qui rend possible toutes les manipulations, qu’il faut s’autoriser à lui opposer une critique efficace et radicale.
Enfin, la seule existence de cette polémique est révélatrice de l'évolution d'Arrêt sur Images. Devenu producteur, il s'efforce de faire tourner tant bien que mal sa petite entreprise, en utilisant parfois des méthodes que le journaliste semble avoir bien du mal à assumer.
Schneidermann se serait-il inspiré des recettes du système Morandini, décrites dans une enquête de Télérama ? Faire monter en sauce des pseudo-polémiques commentées, analysées, décryptées jusqu’à plus soif, sur son blog, puis sur Europe 1, et encore sur Direct 8 et rebelote sur son blog etc. Pour finalement passer à une autre pseudo-polémique le lendemain.
Certes Schneidermann n’a pas grand chose à voir avec le système Morandini. Mais le lancement de l'émission Ligne jaune rapproche le producteur de la schizophrénie puisque l'émission de birenbaum devient ainsi le vecteur de provocations et polémiques que l'on pourra ensuite décrypter à tête reposée dans l'excellente émission Arrêt sur Images. La boucle est bouclée.
Enfin, la seule existence de cette polémique est révélatrice de l'évolution d'Arrêt sur Images. Devenu producteur, il s'efforce de faire tourner tant bien que mal sa petite entreprise, en utilisant parfois des méthodes que le journaliste semble avoir bien du mal à assumer.
Schneidermann se serait-il inspiré des recettes du système Morandini, décrites dans une enquête de Télérama ? Faire monter en sauce des pseudo-polémiques commentées, analysées, décryptées jusqu’à plus soif, sur son blog, puis sur Europe 1, et encore sur Direct 8 et rebelote sur son blog etc. Pour finalement passer à une autre pseudo-polémique le lendemain.
Certes Schneidermann n’a pas grand chose à voir avec le système Morandini. Mais le lancement de l'émission Ligne jaune rapproche le producteur de la schizophrénie puisque l'émission de birenbaum devient ainsi le vecteur de provocations et polémiques que l'on pourra ensuite décrypter à tête reposée dans l'excellente émission Arrêt sur Images. La boucle est bouclée.
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