Sauf votre respect, Mme Badinter, vous écrivez n'importe quoi
Jeudi 18 Février 2010 à 14:01 | Lu 36180 fois I 151 commentaire(s)
Périco Légasse - Marianne
Périco Légasse n'est pas, mais alors pas du tout d'accord avec les thèses que développe Elisabeth Badinter dans son dernier ouvrage. Il explique pourquoi.
L’excellente Elisabeth Badinter, dont nous avons plutôt l’habitude de boire les paroles, vient de nous servir un bien étrange élixir dans son dernier ouvrage « Le conflit : La femme et la mère ». Nous touchons là à la définition même de la pensée unique. Est-ce l’apologie du combat environnemental qui l’incarne, ou au contraire la dénonciation d’un retour à l’âge des cavernes pour les femmes respectueuses de la nature ? Les bien pensants tètent-ils au sein ou au biberon ? Nous répondons : A qui profite le plus le crime ? Mais à considérer que l’allaitement est une terrible régression pour la femme et que la préparation d’une purée maison aux légumes frais participe de la nouvelle aliénation du sexe faible, alors il faut aller jusqu’au bout du raisonnement et en tirer les conséquences.
Peut-on simplement opter, à défaut d’une solution idéale, pour le moindre mal ? D’autant que, y compris chez les bobos d’anthologie, adeptes du bon vert bon genre, le mâle moderne contribue le plus souvent aux efforts écolos chics et n’hésite pas à soulager sa femelle des tâches les moins nobles de la maisonnée. Le macho invétéré, même s’il a la peau dure, commence tout doucement à s’humaniser. Nous sommes loin du compte, mais le combat est là. Ce n’est pas à l’écologie, ni à l’environnement, ni au bio à payer la facture, c’est au connard de mec rivé sur son nombril et incapable de se bouger les fesses pour changer une couche, donner un bain, faire le dîner des enfants et s’en occuper de temps en temps pour que Maman puisse écarter les doigts de pieds. C’est cette mentalité masculine là qu’il faut fustiger, pas les défenseurs de la nature.
Peut-on simplement opter, à défaut d’une solution idéale, pour le moindre mal ? D’autant que, y compris chez les bobos d’anthologie, adeptes du bon vert bon genre, le mâle moderne contribue le plus souvent aux efforts écolos chics et n’hésite pas à soulager sa femelle des tâches les moins nobles de la maisonnée. Le macho invétéré, même s’il a la peau dure, commence tout doucement à s’humaniser. Nous sommes loin du compte, mais le combat est là. Ce n’est pas à l’écologie, ni à l’environnement, ni au bio à payer la facture, c’est au connard de mec rivé sur son nombril et incapable de se bouger les fesses pour changer une couche, donner un bain, faire le dîner des enfants et s’en occuper de temps en temps pour que Maman puisse écarter les doigts de pieds. C’est cette mentalité masculine là qu’il faut fustiger, pas les défenseurs de la nature.
Le mâle dominant est curieusement épargné
Elisabeth Badinter aurait meilleur jeu de s’en prendre avec véhémence au mâle dominant que de stigmatiser le culte de la famille durable. D’autant qu’il est peu probable qu’elle ait été elle-même confrontée au problème avec son prestigieux mari, car l’ancien président du Conseil constitutionnel semble, sur le fond et sur la forme, le plus soucieux, le plus attentif et le plus attentionné des hommes quant à la considération qu’il porte à son épouse. C’est en tout cas l’image qu’il donne.
L’homme au foyer a fait, en ce sens, des progrès certains, même s’il lui en reste de bien plus immenses à faire. L’effort environnemental est bien sûr une affaire de couple. C’est à deux que l’on relève le défi.
Il ne suffit pas de dénoncer le dogme déterministe et biologique lié à l’instinct maternel, encore faut-il savoir si la libération de la femme ne l’a pas, au contraire, rapprochée de son enfant. La femme n’est plus contrainte d’allaiter son petit, elle est libre de le faire. Et c’est cette liberté qui ajoute une dimension d’amour consenti à la beauté du geste. Faut-il pour autant culpabiliser les adeptes du sein ? Et si l’humanisme maternel, enfin révélé par l’émancipation -en cours- du deuxième sexe, passait précisément par cette proximité charnelle entre celle qui donne et celui qui reçoit ? On se libère aussi en allaitant.
Le lait maternel est en fait le sang que la mère continue à transmettre par un cordon, non plus ombilical, mais buccal, à son bébé. Ce sera là son dernier don d’elle-même. Il est lourd de sens et conditionne, à cet instant, l’égalité entre les êtres. Le biberon est un acte social devant lequel toutes les femmes ne sont pas égales. Combien de millions de mamans pleurent chaque jour de ne pas avoir une goutte de lait à offrir à leur petit bébé ? On peut aussi allaiter au sein comme on limite la consommation d’eau dans les pays de sécheresse. Que le lait artificiel des biberons occidentaux ainsi économisé puisse au moins servir à nourrir les enfants affamés du tiers monde. Voilà une jolie cause, utopiste pour l’heure, qu’il conviendrait de promouvoir. Pour chaque gorgeon maternel en hémisphère nord, un gorgeon de lait en poudre en hémisphère sud. Le principe des vases communicants pour sauver des vies et limiter la détresse de millions d’êtres humains.
Mieux que beaucoup d’autres femmes, Elisabeth Badinter sait que toutes les époques sont soumises à des choix historiques cruciaux. Si l’on pousse son raisonnement jusqu’à l’absurde, au nom du droit de ne pas faire d’omelette pour ne pas avoir à casser les œufs, alors la Résistance française entre 1940 et 1944 n’aurait jamais dû commettre d’attentats contre l’occupant allemand, afin d’éviter les épouvantables représailles nazies contre les populations civiles innocentes. La comparaison est aussi caricaturale qu’outrancière, certes, mais le problème fut pourtant posé en ces termes et divisa la France Libre.
En période de crise, une mesure de rédemption, ou de sauvetage, implique généralement un sacrifice. Celui de la préservation de notre univers naturel et de notre hygiène alimentaire en implique aussi. Et même en partant du principe que l’auteur de « L’Amour en plus » aurait cent fois raison, peut-on ainsi expliquer à une mère que sacrifier un peu de son bien être pour protéger la planète sur laquelle doit grandir son enfant constitue une remise en cause de l’émancipation féminine ? Et si la femme n’a pas à subir seule les conséquences sociales d’un respect dogmatique de l’environnement, elle doit assumer sa responsabilité de mère en s’assurant d’un monde meilleur pour les êtres qu’elle y met. La maternité ne sera jamais la paternité.
L’homme au foyer a fait, en ce sens, des progrès certains, même s’il lui en reste de bien plus immenses à faire. L’effort environnemental est bien sûr une affaire de couple. C’est à deux que l’on relève le défi.
Il ne suffit pas de dénoncer le dogme déterministe et biologique lié à l’instinct maternel, encore faut-il savoir si la libération de la femme ne l’a pas, au contraire, rapprochée de son enfant. La femme n’est plus contrainte d’allaiter son petit, elle est libre de le faire. Et c’est cette liberté qui ajoute une dimension d’amour consenti à la beauté du geste. Faut-il pour autant culpabiliser les adeptes du sein ? Et si l’humanisme maternel, enfin révélé par l’émancipation -en cours- du deuxième sexe, passait précisément par cette proximité charnelle entre celle qui donne et celui qui reçoit ? On se libère aussi en allaitant.
Le lait maternel est en fait le sang que la mère continue à transmettre par un cordon, non plus ombilical, mais buccal, à son bébé. Ce sera là son dernier don d’elle-même. Il est lourd de sens et conditionne, à cet instant, l’égalité entre les êtres. Le biberon est un acte social devant lequel toutes les femmes ne sont pas égales. Combien de millions de mamans pleurent chaque jour de ne pas avoir une goutte de lait à offrir à leur petit bébé ? On peut aussi allaiter au sein comme on limite la consommation d’eau dans les pays de sécheresse. Que le lait artificiel des biberons occidentaux ainsi économisé puisse au moins servir à nourrir les enfants affamés du tiers monde. Voilà une jolie cause, utopiste pour l’heure, qu’il conviendrait de promouvoir. Pour chaque gorgeon maternel en hémisphère nord, un gorgeon de lait en poudre en hémisphère sud. Le principe des vases communicants pour sauver des vies et limiter la détresse de millions d’êtres humains.
Mieux que beaucoup d’autres femmes, Elisabeth Badinter sait que toutes les époques sont soumises à des choix historiques cruciaux. Si l’on pousse son raisonnement jusqu’à l’absurde, au nom du droit de ne pas faire d’omelette pour ne pas avoir à casser les œufs, alors la Résistance française entre 1940 et 1944 n’aurait jamais dû commettre d’attentats contre l’occupant allemand, afin d’éviter les épouvantables représailles nazies contre les populations civiles innocentes. La comparaison est aussi caricaturale qu’outrancière, certes, mais le problème fut pourtant posé en ces termes et divisa la France Libre.
En période de crise, une mesure de rédemption, ou de sauvetage, implique généralement un sacrifice. Celui de la préservation de notre univers naturel et de notre hygiène alimentaire en implique aussi. Et même en partant du principe que l’auteur de « L’Amour en plus » aurait cent fois raison, peut-on ainsi expliquer à une mère que sacrifier un peu de son bien être pour protéger la planète sur laquelle doit grandir son enfant constitue une remise en cause de l’émancipation féminine ? Et si la femme n’a pas à subir seule les conséquences sociales d’un respect dogmatique de l’environnement, elle doit assumer sa responsabilité de mère en s’assurant d’un monde meilleur pour les êtres qu’elle y met. La maternité ne sera jamais la paternité.
Planète niquée… mais téton nickel
Il y a donc bien une « maternitude », incomparable et irremplaçable.Et si l’on ne respecte pas l’environnement de façon contraignante, et même avilissante, comme peut l’être le nettoyage d’une couche, il est à craindre qu’il n’y ait un jour ni condition féminine, ni condition masculine, ni condition humaine tout court : « La planète est niquée, mais j’ai le téton nickel ». On peut bien sûr maintenir et encourager l’alimentation industrielle de nos enfants, et des soins qu’il faut leur porter, au nom du progrès, de la modernité, de l’évolution des mœurs et de la croissance libératrice, mais à condition d’affronter les milliers et les milliers de regards de parents dont les enfants, chaque année plus nombreux (les chiffres sont accablants), délaissent la cour de récréation pour le pavillon des petits cancéreux. Fustigeons les excès catastrophistes des ayatollahs prônant « le bio ou la mort », dont le discours souvent agressif et sectaire est insupportable. Il n’empêche que nous ne reporterons pas longtemps les choix cruels, douloureux et déterminants qu’il est urgent de faire pour humaniser et pérenniser le monde dans lequel vont vivre nos enfants et, surtout, leurs enfants.
Et s’il est un instinct maternel louable, souhaitable, inaliénable, c’est bien celui dont l’humanité doit faire preuve à l’endroit de cette grosse boule tournant autour du soleil et que le général de Gaulle appelait à juste titre « Notre pauvre et bonne vieille mère la Terre ». Eh bien, l’amour en plus, pour une mère, c’est aussi, malgré les inconvénients, de donner le sein afin de protéger la Terre de ses enfants. Comme l’a si bien dit Goethe, il faut savoir préférer une injustice à un désordre pouvant lui-même générer un injustice encore plus grande.
Enfin, et loin de nous l’idée que sa position d’actionnaire majoritaire de l’agence Publicis, fondée par son père Marcel Bleustein-Blanchet, inventeur de la publicité contemporaine et génie de la communication, ait pu un seul instant téléguider sa défense de produits industriels liés à de gros annonceurs -cette pensée nous déshonorerait et ceux qui s’y sont risqués ne sont que de sinistres salauds-, mais il est vrai que ce non conflit d’intérêt place un peu Elisabeth Badinter en situation délicate. Il fallait le dire. Cela ne retire rien aux vertus et aux qualités morales de son ouvrage.
Retrouvez les articles de Périco Légasse sur son blog.
Et s’il est un instinct maternel louable, souhaitable, inaliénable, c’est bien celui dont l’humanité doit faire preuve à l’endroit de cette grosse boule tournant autour du soleil et que le général de Gaulle appelait à juste titre « Notre pauvre et bonne vieille mère la Terre ». Eh bien, l’amour en plus, pour une mère, c’est aussi, malgré les inconvénients, de donner le sein afin de protéger la Terre de ses enfants. Comme l’a si bien dit Goethe, il faut savoir préférer une injustice à un désordre pouvant lui-même générer un injustice encore plus grande.
Enfin, et loin de nous l’idée que sa position d’actionnaire majoritaire de l’agence Publicis, fondée par son père Marcel Bleustein-Blanchet, inventeur de la publicité contemporaine et génie de la communication, ait pu un seul instant téléguider sa défense de produits industriels liés à de gros annonceurs -cette pensée nous déshonorerait et ceux qui s’y sont risqués ne sont que de sinistres salauds-, mais il est vrai que ce non conflit d’intérêt place un peu Elisabeth Badinter en situation délicate. Il fallait le dire. Cela ne retire rien aux vertus et aux qualités morales de son ouvrage.
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