Saturne, Jupiter, Darwin: on peut se libérer des dieuxPhilippe Petit - Marianne | Samedi 18 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 5797 fois
Si les grands scientifiques avaient leur mot à dire en politique, sans doute verrions nous l'horizon se déployer différemment. Le 9 juillet sur France culture, Philippe Petit recevait André Brahic, astrophysicien et vulgarisateur, capable de répondre à toutes les questions. Dans l'émission du 16 juillet, c'est Christian de Duve, prix Nobel de Médecine, qui, par la biologie, explique que la nature de l'homme n'est pas forcément égoïste, ni inégalitaire...
(photo: Refracted Moments™ - Flickr - cc)
Pour terminer l’année, honneur aux maîtres.
La semaine prochaine, le 23 juillet, ce sera la dernière de « Sciences et conscience », en compagnie de l’historien de l’art Georges Roque, un spécialiste de la théorie des couleurs… Mais auparavant, j’ai voulu donner la parole à des hommes d’expérience. Le 9 juillet, j’ai reçu l’astronome et astrophysicien, André Brahic qui est né en 1942. Il n’est pas de ceux qui pensent que le ventre des mères protègent les humains de l’influence des étoiles. Il exerce selon lui le plus beau métier du monde. Son domaine ? L’exploration du système solaire par les sondes spatiales. Le laboratoire céleste est son lieu de travail. Il est célèbre pour avoir découvert les anneaux de Neptune. Sa vie, en réalité, n’est que va et vient entre le ciel et la terre. André Brahic vit la tête dans les étoiles. La cosmogonie du système solaire a connu en effet un grand renouveau depuis les années 1970 à la faveur de l’extraordinaire aventure de l’exploration spatiale... La majorité des astronomes s’accorde maintenant sur les grandes étapes importantes de la formation des planètes même si la liste des problèmes non résolus s’allonge de jour en jour… En réalité, cette heure avec Brahic fut consacrée à deux planètes géantes : Jupiter et Saturne. Des cyclones, des anticyclones, des tourbillons et des vents violents agitent sans arrêt l’atmosphère de ces planètes. Les vents soufflent à plus de 1000 km à l’heure à l’équateur de Saturne. La parole de Brahic, elle, est aussi rapide que le mistral. Brahic est un grand vulgarisateur. Il est capable de répondre à toutes les questions. Et il a sur la politique de la recherche beaucoup à dire. Il regrette le temps où des grands scientifiques tels Arago, ou le physicien Jean Perrin participaient aux affaires publiques. Ecouter l'émission du 9 juillet sur le site de France culture Le 16 juillet, ce fut le tour de Christian de Duve, né en 1917, qui reçut le prix Nobel de Médecine en 1974. Selon lui, l’évolution n’est pas une théorie, l’évolution est un fait. Comme le disait le pape Jean-Paul II « elle est bien plus qu’une hypothèse ». Autant dire que ce jeune homme de 92 ans est un grand connaisseur de Darwin, et qu’il a beaucoup à dire sur la sélection naturelle et l’histoire de la vie. D’où son dernier livre : Génétique du péché originel qui vient de paraître chez Odile Jacob. La thèse de l’ouvrage est simple. Le succès démesuré de l’espéce humaine est cela même qui semble la condamner aujourd’hui. La science, en effet, s’est émancipée du récit biblique, mais elle n’a pas pour autant condamné l’intuition qui l’a inspiré. Selon ce prix Nobel, la sélection naturelle fut peut-être le péché originel de l’humanité, sa faute génétique. Elle est en tout cas la source de notre fureur de vivre, et de détruire. Quoi ? La planète. C’est ce que pense Christian de Duve qui pendant une heure a dialogué avec Jean-Pierre Changeux, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences, célèbre neurobiologiste. Pourquoi la sélection naturelle est-elle notre péché originel ? Parce qu’elle ne voit que l’immédiat. Elle ne prévoit pas l’avenir. Le péché originel n’est autre que la faille inscrite dans les gènes humains par la sélection naturelle. Ce pourrait presque être une interprétation de la crise ! Pour ce grand biologiste, il n’existe qu’une seule solution pour s’en sortir : surmonter notre propre nature. Voilà qui ne fera pas plaisir aux tenants du darwinisme social et aux partisans de la main invisible qui continuent à se référer aux instincts humains pour penser le comportement social et économique de l’homme. Un biologiste qui s’en prend à la nature de l’homme ! Cela pèse un peu plus dans la balance que ceux qui continuent à enfermer l’homme dans sa nature égoïste, forcément concurrentielle, et inégalitaire. La biologie au service de la solidarité. Il fallait y penser… Les chroniques de Philippe Petit sur France Culture reprendront à la rentrée
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