Sarkozy : vive le low cost… et merde à l'écologie !
Lundi 17 Décembre 2007 à 00:47 | Lu 13367 fois I 0 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
Reçu avec enthousiasme par Luc Chatel, le rapport Beigbeder préconise le développement du low cost, notamment dans l'aérien. Une recommandation contraire au Grenelle de l'environnement !
Le président de la République ne cessera jamais de surprendre par sa polyvalence : deux mois après avoir lancé une « révolution écologique », le voilà qui applaudit un rapport qui préconise le développement de l'aviation low cost. Remis le 12 décembre dernier à Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la consommation, ce document propose de résoudre le problème du pouvoir d'achat en étendant le modèle des compagnies aériennes à bas prix à l'ensemble de l'économie française. En titre des chapitres, des slogans quasiment orwéliens : « Des billets d'avion pour tous ! », « Faire décoller le low cost » et autre explosions de joie. Seulement voilà, le 25 octobre dernier, un texte plus ambitieux encore avait monopolisé l'attention : la trame de négociation du Grenelle de l'environnement. Ce texte, fruit des débats avec les ONG et groupes consultés, concluait notamment à la nécessité d'un changement de paradigme dans les transports : « la route et l'avion deviennent des solutions de dernier recours ». On conçoit difficilement comment ce « changement de paradigme » serait compatible avec la construction d'un troisième aéroport parisien recommandée par le rapport Beigbeder...
Parmi les « success story » du low cost, la compagnie irlandaise Ryanair fait baver Air France d'envie.
Le kérosène : ni taxé, ni comptabilisé
Il faut dire que le PDG de Poweo avait fait une sélection on ne peut plus « objective » et « impartiale » des contributeurs censés résoudre la question de la « vie chère » : on y comptait en particulier des représentants d'Air France, Transavia, easyJet, et des Aéroports de Paris, Lyon, La Rochelle, Bergerac, etc. Autant convoquer Renault Véhicule industriel et Volvo pour discuter du ferroutage… Pas étonnant, dès lors, que les mots « écologie » et « pollution » soient totalement absents du texte final, pendant que « l'environnement » n'y soit que « sonore » ou « économique ». Au cabinet de Luc Chatel, on s'étonne des arguments contre le « low cost » : « les compagnies low cost utilisent des avions très récents dont les émissions sont très faibles », nous assure-t-on.
Ce n’est pas exactement l’avis de Daniel Demailly, chargé du programme énergie et climat au WWF. Edifié, il développe : « Depuis les années 1990, les émissions de gaz nocifs dans l'aviation ont été multiplié par deux, et elles continuent d'augmenter pendant que le gouvernement réserve à l'aéronautique des conditions économiques dignes d'une industrie naissante dans l'après-guerre ! » Pas de TVA sur les billets d'avion, pas de taxe sur le kérosène, des taxes professionnelles sur mesure... Ultime concession : les émissions de gaz nocifs dûes à l'aviation ne sont pas comptabilisées dans les bilans carbone. Selon L'Alliance pour la Planète, ils représenteraient entre 5 et 12% des rejets en Europe.
Le coup de pouce au low cost, c'est le privilège de trop : « Tout l'intérêt du Grenelle, était de changer les habitudes pour miser sur le durable, rappelle Daniel Demailly. En facilitant l'accès à l'avion, le gouvernement va augmenter la dépendance et il sera très difficile de faire marche arrière. »
Il faut dire que le PDG de Poweo avait fait une sélection on ne peut plus « objective » et « impartiale » des contributeurs censés résoudre la question de la « vie chère » : on y comptait en particulier des représentants d'Air France, Transavia, easyJet, et des Aéroports de Paris, Lyon, La Rochelle, Bergerac, etc. Autant convoquer Renault Véhicule industriel et Volvo pour discuter du ferroutage… Pas étonnant, dès lors, que les mots « écologie » et « pollution » soient totalement absents du texte final, pendant que « l'environnement » n'y soit que « sonore » ou « économique ». Au cabinet de Luc Chatel, on s'étonne des arguments contre le « low cost » : « les compagnies low cost utilisent des avions très récents dont les émissions sont très faibles », nous assure-t-on.
Ce n’est pas exactement l’avis de Daniel Demailly, chargé du programme énergie et climat au WWF. Edifié, il développe : « Depuis les années 1990, les émissions de gaz nocifs dans l'aviation ont été multiplié par deux, et elles continuent d'augmenter pendant que le gouvernement réserve à l'aéronautique des conditions économiques dignes d'une industrie naissante dans l'après-guerre ! » Pas de TVA sur les billets d'avion, pas de taxe sur le kérosène, des taxes professionnelles sur mesure... Ultime concession : les émissions de gaz nocifs dûes à l'aviation ne sont pas comptabilisées dans les bilans carbone. Selon L'Alliance pour la Planète, ils représenteraient entre 5 et 12% des rejets en Europe.
Le coup de pouce au low cost, c'est le privilège de trop : « Tout l'intérêt du Grenelle, était de changer les habitudes pour miser sur le durable, rappelle Daniel Demailly. En facilitant l'accès à l'avion, le gouvernement va augmenter la dépendance et il sera très difficile de faire marche arrière. »
Après avoir milité sur la question des OGM pendant la présidentielle, le déni d'engagement du gouvernement a été l'écart de trop pour l'Alliance pour la Planète.
Les ONG s'éloignent progressivement du radeau du Grenelle
« Dans 20 ans, quand il n'y aura plus de pétrole, on ne pourra plus se payer des week-ends de 3 jours à Djerba », disait maladroitement Nathalie Kosciusko-Morizet le 5 octobre sur Canal plus. En attendant, ONG et syndicats commencent à perdre patience, prenant le soin de le faire savoir le jour même de la remise du rapport Beigbeder par une annonce commune. Ils y dénoncent un « faux départ », un grand écart inquiétant entre les ambitions du Grenelle et les décisions prises parallèlement sur le fret ferroviaire, les autoroutes... et l'aviation. Vendredi 14 décembre, l'Alliance pour la Planète et la Confédération paysanne quittaient la table des négociations sur les OGM : la clause de sauvegarde auprès de la Commission européenne qui avait conditionné la participation de la plupart des ONG au Grenelle a été suspendue. Le divorce guette.
Il faut dire que féliciter une proposition d'aide au « low cost » pendant la conférence sur le climat de Bali revient, écologiquement parlant, à inviter Mouammar Kadhafi pour la journée mondiale des droits de l'Homme. Alors que tous les médias, politiques et ONG présents au rendez-vous mondiale sur le réchauffement climatique déploraient un accord a minima, Borloo applaudissait frénétiquement son caractère « historique » dans Libération. Le choix politique du ministre apparaît dès lors plus évident : c'était le seul capable de continuer de sourire pendant le naufrage du Grenelle.
« Dans 20 ans, quand il n'y aura plus de pétrole, on ne pourra plus se payer des week-ends de 3 jours à Djerba », disait maladroitement Nathalie Kosciusko-Morizet le 5 octobre sur Canal plus. En attendant, ONG et syndicats commencent à perdre patience, prenant le soin de le faire savoir le jour même de la remise du rapport Beigbeder par une annonce commune. Ils y dénoncent un « faux départ », un grand écart inquiétant entre les ambitions du Grenelle et les décisions prises parallèlement sur le fret ferroviaire, les autoroutes... et l'aviation. Vendredi 14 décembre, l'Alliance pour la Planète et la Confédération paysanne quittaient la table des négociations sur les OGM : la clause de sauvegarde auprès de la Commission européenne qui avait conditionné la participation de la plupart des ONG au Grenelle a été suspendue. Le divorce guette.
Il faut dire que féliciter une proposition d'aide au « low cost » pendant la conférence sur le climat de Bali revient, écologiquement parlant, à inviter Mouammar Kadhafi pour la journée mondiale des droits de l'Homme. Alors que tous les médias, politiques et ONG présents au rendez-vous mondiale sur le réchauffement climatique déploraient un accord a minima, Borloo applaudissait frénétiquement son caractère « historique » dans Libération. Le choix politique du ministre apparaît dès lors plus évident : c'était le seul capable de continuer de sourire pendant le naufrage du Grenelle.
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