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Sarkozy veut disputer à Hollande le vote arménien

Jeudi 3 Novembre 2011 à 18:01 | Lu 8316 fois I 48 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Le candidat socialiste et le président sortant espèrent séduire les électeurs d’origine arménienne en défendant officiellement ou non une loi mémorielle sur le génocide arménien. Une position qui ne fait pas l'unanimité, dans leurs camps respectifs.


Lors du dernier petit-déjeuner de la majorité, le chef de l'Etat a de nouveau défendu le principe d’une loi punissant la négation du génocide arménien, comme il l’avait fait lors de son déplacement en Arménie début octobre.   Une loi reconnaissant le génocide en lui-même existe déja depuis 2001.  Et une propostion de loi PS punissant le négationisme attend d’être discutée au Sénat. Le gouvernement s’est jusque là toujours opposé  à son adoption estimant que l’arsenal législatif existant était suffisant. De plus, comme l’a révélé Marianne, les barons UMP invités par Sarkozy, ont noté que cette initiative risquait de nuire aux relations avec la Turquie, grand débouché pour les entreprises française, et même avec l'Allemagne où réside une importante communauté turque. De toute façon, les cadres de la majorité pensent que toute tentative de séduction des Arméniens de France serait inutile vu que c’est François Hollande qui rassemble le plus cet électorat. Ils n'ont pas les mêmes idées mais François Hollande et Nicolas Sarkozy espèrent tous les deux rassembler les suffrages des électeurs d’origine arménienne. On estime à 500 000 le nombre de personnes d’origine arménienne en France, un chiffre à prendre à la légère puisqu’il faut prendre en compte, les binationaux, les personnes de seule nationalité arménienne (et donc non électeurs), les descendants d’arméniens… Mais, au final, on a là une véritable clientèle électorale. 
 
Une chose que Nicolas Sarkozy, communautariste peu discret, sait parfaitement. Mais les Accoyer et Bockel qui ont manifesté leurs réticences devant le Président sur l'intérêt d'une nouvelle loi mémorielle savent bien que Sarkozy n'est pas seul sur le créneau arménien. S’il s'affiche moins que son adversaire sur la question communautaire, François Hollande s’est attaché depuis de nombreuses années à maintenir de bonnes relations avec les Arméniens de France. Durant la primaire, la FRA Dachnaktsoutioun, (gauche), a d’ailleurs, via sa branche française, donné son soutien à l’adversaire de Martine Aubry. Pourtant, les autres socialistes européens sont restés neutres dans ce scrutin. Visiblement, ce soutien tient donc plus du clientélisme envers les Arméniens de France que des relations normales que peut entretenir le PS avec ses homologues en Europe et dans le monde. 

Communautarisme ?

Fin septembre, en pleine campagne, François Hollande s’était d’ailleurs rendu à Alfortville, où réside une importante communauté arménienne, pour un meeting de soutien organisé par la FRA  Dachnaktsoutioun. Le candidat du PS a alors promis que le Sénat, désormais à gauche, votera la loi punissant la négation du génocide arménien, une loi qu’il promeut depuis plus de 5 ans. La FRA Dachnaktsoutioun avait également constaté « avec satisfaction, que les fidèles alliés de la cause arménienne soutiennent, pour la plupart, François Hollande ».

Mais le vote de la loi contre le négationisme sera un peu difficile au vu du calendrier parlementaire serré. En effet, le PS compte profiter de sa victoire au Sénat pour faire passer de nombreux textes comme sur le droit de vote des étrangers qui sera discuté à partir du 8 décembre. « Il y a d'autres priorités, explique François Rebsamen, chef des sénateurs PS et proche de Hollande, Ce ne sera pas possible avant janvier, c'est une question de calendrier ». Les amis arméniens de Hollande attendront donc un peu. 

Les liens entre Hollande et le parti Dachnak ne datent pas d’hier. En 2004, lors des européennes, le PS de Hollande avait signé un texte commun avec le parti arménien demandant notamment que la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie soit la condition sine qua none de son adhésion à l'UE. En septembre 2007, Hollande s’était rendu en Arménie à la tête d’une délégation socialiste comprenant notamment René Rouquet... maire d’Alfortville et défenseur de la loi mémorielle sur le génocide arménien. Ce déplacement diplomatique accompagné d'un élu local apprécié chez les Arméniens de France avait aussi et même surtout pour but d'adresser un signe à la diaspora. C'est le même prinicipe lorsque Sarkozy se rend en Arménie accompagné d'Aznavour et Devedjian, deux figures de la communauté arménienne.

La clientèle de Hollande et Sarkozy

En mars 2009, à Paris, lors d'un « dîner de remerciement » à François Hollande après son départ de la tête du PS, Mourad Papazian, représentant du parti Dachnak en Europe de l’Ouest, avait dit : « Nous avons eu avec François Hollande onze années de franche et de fructueuse collaboration qui ont permis à la cause arménienne d’enregistrer des succès importants en France ».

Mais est-ce vraiment le rôle d'un candidat à la présidentielle de défendre la cause d'une communauté particulière ? Pour François Rebsamen, les positions de Hollande ne relèvent pas du clientélisme communautaire mais de la diplomatie. Le sénateur rappelle que la reconnaissance du génocide arménien est « une condition pour que la Turquie entre dans l'Europe ». Pour lui, défendre un tel texte, « c'est une manière de dire à la Turquie de travailler sur elle-même ». Sur ce point, la Turquie a peu apprécié les prises de position de Hollande pendant la primaire. L'ambassadeur turc a même écrit au candidat socialiste pour le prévenir que l'adoption d'une nouvelle loi mémorielle nuira aux relations entre Paris et Ankara.

Peu importe, Hollande tient à ménager ses supporters. Et ces derniers ne sont pas rancuniers. Deux soutiens de Hollande avaient déjà fait polémique dans la communauté.  En 2008, Pierre Moscovici,  qui a dirigé sa campagne, avait déclaré au sujet des positions de Patrick Devedjian sur la Turquie : « Il a un comportement, une agressivité qui dépasse les bornes (…) Pourquoi? Parce qu'il est Arménien, qu'il est attaché à la reconnaissance du génocide arménien ». En 2009, une vidéo montrant Jack Lang  parlant du « entre guillemets, génocide arménien » avait également choqué. Malgré tout, Hollande a gardé le soutien des élites arméniennes et a défendu avec ferveur leurs doléances sur la reconnaissance du génocide. Preuve qu’en jouant les bons VRP, on peut faire oublier quelques petites phrases de son camp.








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