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Sarkozy: un préfet, ça lèche ou c'est lynché

Bénédicte Charles | Vendredi 30 Janvier 2009 à 07:39 | Lu 21818 fois

Après avoir limogé le chef des services de sécurité de Corse parce qu'il n'avait pas bien protégé la pelouse du jardin de Christian Clavier, Sarkozy sanctionne le préfet de la Manche, coupable de ne pas avoir interdit aux enseignants en colère de manifester lors de la venue du président à Saint-Lô. Motif : crime de lèse majesté!



Deux semaines : c'est le temps qu'il a fallu à Nicolas Sarkozy pour sceller le sort de Jean Charbonniaud. Mercredi 28 janvier, en conseil des ministres, le préfet de la Manche a été nommé «préfet hors cadre». Une mutation qui n'a rien d'une promotion, évidemment. Qu'a donc fait Jean Charbonniaud pour mériter ça? Il a commis la faute suprême : ne pas faire en sorte que Nicolas Sarkozy reçoive le meilleur accueil lorsqu'il a honoré son département de Son auguste Présence.

Bientôt des stages chez Ben Ali pour les préfets français?
De fait, le président de la République avait choisi Saint-Lô pour présenter ses voeux aux personnels de l'éducation nationale.  Le 12 janvier dernier, il avait donc atterri en hélicoptère dans le chef-lieu de la Manche… où l'attendaient 2000 personnes venues protester contre la réforme Darcos. Rien de bien méchant : le président n’a même pas eu à leur parler, tant les manifestants étaient soigneusement tenus à distance par un nombre pléthorique de CRS — ce qui montre d’ailleurs que le préfet avait bien fait son boulot de préfet. Mais Nicolas Sarkozy n’a apparemment pas apprécié le simple fait que cette manif ait eu lieu. A force de voyages officiels dans des pays où le peuple sait bien se tenir (comme la Tunisie, la Lybie ou encore la Chine), notre chef d’Etat a visiblement du mal à comprendre que les Français n’aient pas la politesse de brandir son portrait officiel et d’agiter des petits drapeaux sur son passage.

Exit Jean Charbonniaud, donc.  D'autant plus facilement qu'il avait, en sus, le mauvais goût d'avoir été chef de cabinet de Dominique de Villepin. La nouvelle, tombée en pleine préparation de la grande grève, est quasiment passée inaperçue. Alors que l’affaire est aussi scandaleuse que le limogeage du préfet de Dominique Rossi, le patron des service de sécurité intérieure de la Corse, après que des nationalistes eurent occupé le jardin de la propriété de Christian Clavier, ami proche du président. Au point que même les élus UMP de la Manche sont révoltés. Ainsi de Jean-François Legrand, sénateur UMP et président du conseil général de la Manche, qui a déclaré à l’AFP : « Je trouve parfaitement lamentable qu’on puisse utiliser un représentant de l’Etat comme si on utilisait un kleenex. C’est scandaleux. C’est une pratique d’un autre temps contreproductive d’un point de vue politique ». De même, Philippe Gosselin, député UMP de la Manche : « Cette sanction est très regrettable, injuste, c’est un très mauvais signal politique. Cela donne l’impression que la manifestation du 12 s’est mal passée alors qu’il n’y a pas eu d’incident majeur ». Et d’ajouter, au sujet de Sarkozy qu’il accompagnait lors de sa visite : « Il était très énervé d’entendre les manifestants le siffler. Il y a eu plus de monde qu’il n’en attendait à la manifestation ».

La confirmation de cet agacement impérial est venue ce matin : après le préfet, c'est au tour du directeur départemental de la sécurité publique de la Manche de subir la colère de l'Elysée. Philippe Bourgade, patron des forces de sécurité du département, a annoncé jeudi : «Mon directeur central m'a appelé hier soir pour me dire qu'il fallait que je sois remplacé, que je choisisse une autre affectation».

Vu le nombre de manifestants qu’il y avait hier, 29 janvier, dans toutes les grandes villes de France, on peut prédire pour bientôt une véritable hécatombe chez les préfets. Que dis-je : un plan social massif !


Article actualisé vendredi 30 janvier à 10h.



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