Sarkozy revient vers la Russie ... et vers Villepin ?
Mercredi 3 Mars 2010 à 11:01 | Lu 12859 fois I 39 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Sur RTL, Dominique de Villepin a plutôt bien noté le retour de Nicolas Sarkozy aux fondamentaux de la diplomatie traditionnelle française. A l'occasion de la visite du président Medvedev, c'est en effet, une rupture avec l'atlantisme des débuts, celui du couple Sarkozy-Kouchner qui se dessine. A quand un retour de Villepin ?
Invité ce matin de RTL, c’est en diplomate que s’exprimait Dominique de Villepin. A mots couverts, c’est la rupture géostratégique de Sarkozy avec sa propre doctrine que l’ancien ministre des affaires étrangères a théorisé. Une rupture avec l’atlantisme, celui des débuts, du sarkozysme triomphant, celui qui installait le flamboyant Kouchner au quai d’Orsay, passait ses vacances avec la famille Bush, signait la réintégration de la France dans les structures militaires de l’Otan. Le monde a changé, mais surtout Sarkozy a changé de monde.
La réintégration de l’Otan s’est révélée inefficace, Obama n’est pas Bush et il y a peu de chances de voir les deux partager le début d’un week-end ensemble. A l’occasion de la visite du président Medvedev en France, Sarkozy revient donc aux classiques de la diplomatie française. Gaulliste dira-t-on : le partenariat franco-allemand qui induit de fait une coopération avec la Russie, négligée voire vilipendée il y a moins de deux ans.
Pas avare de ses critiques envers le chef de l’Etat, Villepin a jugé ce repositionnement « bien vu dès lors que l’on apprécie l’importance du partenaire russe à sa juste mesure. La relation avec la russie est incontournable. Pour l’union européenne, le partenaire russe est un partenaire d’avenir. Tout calcul qui viserait à jouer Monsieur Medvedev contre Monsieur Poutine serait une erreur. Nous devons accompagner le Russie et ‘ensemble de ses dirigeants ».
Autant dire, faire profil bas. Car si la Russie achète des navires de guerre français (pour un milliard d'euros, dit-on), elle considère toujours la stratégie de l’Otan comme hostile et a très peu goûté la rupture diplomatique de Sarkozy « première période ». La réconciliation sera longue. Il y faudra des preuves d’amour. Et c’est peu dire, que le déjà très affaibli Kouchner doit se sentir encore plus fragilisé. Atlantiste pur jus, l’actuel locataire du quai d’Orsay pourrait voir son bail arriver à expiration plus vite que prévu. Dès lors, l’option d’un retour de Villepin - si elle paraît inimaginable quand on se souvient que les deux s’affrontaient par médias interposés sur le dossier Clearstream, il y a quelques semaines- pourrait s’envisager au nom du service de l’Etat, sans doute, de la diplomatie française, certes, et d’une bonne dose de calcul politique. Sarkozy éliminerait là un « ennemi de l’intérieur » moins dangereux que véritablement encombrant.
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