Sarkozy retrouve Guaino et oublie FillonPhilippe Cohen | Lundi 22 Juin 2009 à 16:57 | Lu 5056 fois
Le Président a repris dans son discours la plupart des propositions de son conseiller, comme s'il voulait abandonner une fois pour toutes l'orthodoxie néolibérale et budgétaire.
(Caricature de Rhodo : http://blorg.canalblog.com/)
Guaino 3- Fillon 0. Tel est, si l’on veut faire court, le résultat du match entre les deux inflexions, parfaitement contradictoires, qui s’offrent à l’Elysée depuis deux ans.
Le discours présidentiel a repris une à une la plupart des propositions qu’Henri Guaino égrène dans la vie intellectuelle puis politique depuis dix ans : 1) La distinction entre dépense de fonctionnement et dépense d’investissement. Le Président a répété ce que défendaient tous les partisans de l’autre politique : les investissements stratégiques (pour la recherche, l’éducation, les technologies) sont les recettes de demain. 2) La rigueur ne crée pas moins mais plus de déficit public. Cette idée a toujours été combattue par les tenants de l’orthodoxie budgétaire, ceux qui pensent que les dépenses d’aujourd’hui hypothèquent l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. 3) La reprise de l’héritage du Conseil national de la Résistance. L’analogie se conçoit : c’est au moment où les finances publiques étaient en dessous du niveau de la mer que cet organisme a jeté les bases du Pacte social aujourd’hui encore en vigueur. L’idée, essentielle, est que, contrairement à ce que prétend l’orthodoxie néolibérale, c’est en protégeant que l’on crée la confiance et les conditions de la croissance. 4) Enfin, l’emprunt comme relai d’un déficit public aujourd’hui à 7,5% est le dernier volet de l’autre politique, que Jean-Michel Quatrepoint avait proposée dans les colonnes de Marianne : on peut financer les investissements par l’emprunt (comme le font d’ailleurs les entreprises). Et on peut d’autant plus le faire que tous les emprunts publics ont connu en France de grands succès. Sur ce point, le Président n’a pas été d’une très grande clarté : s’agit-il de placer cet emprunt dans le public ou sur les marchés financiers ? Bien sûr, le Président n'a donné aucune précision ni aucun chiffre. Bien sûr, il nous a tant habitués, au cours de ces dernières années à des effets d'annonce sans aucune conséquence pratique qu'il ne saurait être question de lui donner le quitus sur son discours de Versailles. Oublier Maastricht et Amsterdam ? Mais en attendant, son intervention pose directement la question de la remise en cause de l'Union européenne : la logique développée par le Président est parfaitement contradictoire avec les Traités de Maastricht puis d'Amsterdam, dits de stabilité budgétaire, qui ne font aucune différence entre dépense d'investissement et dépense de fonctionnement. On comprend bien d'ailleurs pourquoi, dans son discours, Nicolas Sarkozy a précisé qu'il n'entendait pas encore aborder ce qu'il appelle le « projet européen de la France ». L'autre question qui se pose, et que l'on voyait cruellement se dessiner sur le visage de certains ministres en gros plan à l'écran pendant le discours présidentiel, est celle du personnel politique mobilisé pour appliquer la nouvelle politique sarkozyenne. Soit les propositions stratégiques du Président n'engagent que ceux qui y croient et dans ce cas la politique peut parfaitement se poursuivre avec la même équipe. Soit il s'agit d'une véritable inflexion, voire d'un changement de cap, et dans ce cas, on ne voit pas comment ceux qui pensent que le retour à l'équilibre budgétaire est la priorité des priorités peuvent se métamorphoser en hérauts d'une autre politique. On touche ici sans doute les limites de la geste sarkozyenne.
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