On savait le président de la République prompt à marquer l'opinion. Mais sur la question religieuse, il a battu tous les records : en deux discours (
celui dit de Latran le 20 décembre et
celui de Riyad le 14 janvier, il a réussi à monter contre lui pratiquement toutes les organisations laïques de France. Fruit de ces inquiétudes,
une pétition pour « la sauvegarde de la laïcité dans la République » a été diffusée par la ligue de l'enseignement et déjà signé par plus de 10 000 personnes.
On se souvient, à Latran, de la comparaison absurde entre l'instituteur et le curé, ce dernier étant selon le Président plus à même d'aider les enfants à différencier le bien du mal. Mais cet extrait ne pesait pas lourd face aux remises en cause directes de l'esprit laïc qui émaillaient le discours :
« la morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini », clamait-il. Au malaise s'ajoutait une certaine confusion, induite par des formules introductives comme ce
« ma conviction profonde » qui précédait une attaque en règle contre la République laïque qui aurait
« sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle. » Que Nicolas Sarkozy le pense en son for intérieur, grand bien lui en fasse, mais pourquoi ne pas le garder pour lui ?
La laïcité, c'est ringard !
Car jamais il n'évoque une réforme, lui qui a pourtant la révision facile. Sans doute inquiet de l'accueil mitigé des discours de Latran et Riyad, il a laissé à Michèle Alliot-Marie l'ingrate mission de lancer des ballons d'essai. Ainsi la ministre de l'Intérieur (et des Cultes) a-t-elle dénoncé la
« conception archaïque, voire sectaire de la laïcité » de certains dans un entretien paru dans
La Croix le 24 janvier dernier. Et de souligner que
« la société [avait]
changé » depuis la loi de 1905. Une juste mise au point pour ceux qui croyait que la France n'avait pas bougé en un siècle. Ces propos faisaient clairement écho à ceux du Président à Latran qui assurait que le caractère pacificateur de la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat était en partie
« une reconstitution rétrospective. » Enfin, si le coup de frein mis à la lutte contre les sectes - abandon éventuel de la Mission de lutte contre les dérives sectaires, recentrage des RG sur l'islamisme radical - procède d'un esprit libéral qui peut se défendre, il ajoute de l'huile sur des braises laïques qui ne demandent qu'à s'enflammer.
Pour Alain Morvan, recteur de l'académie de Lyon démis de ses fonctions par Nicolas Sarkozy, cette attitude vis-à -vis des religions mêlerait visées électoralistes (notamment envers les musulmans) et conviction que la religion constitue un appréciable « opium du peuple », apte à calmer les foules. Matthieu Grimpret, sociologue auteur de
Dieu est dans l'isoloir, y voit pour sa part une question de génération :
« Nicolas Sarkozy est né en 1955, il n'a connu aucune des grandes crises fondatrices de la laïcité, explique-t-il.
Il fait partie d'une génération moins préoccupée de cette question que les précédentes et il adopte une posture plus proche de la liberté religieuse que de la laïcité. »