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Sarkozy otage des hauts fonctionnaires

Jeudi 17 Décembre 2009 à 11:01 | Lu 12806 fois I 20 commentaire(s)

Jean-Michel Quatrepoint - journaliste

L'épisode du Grand Emprunt clôt une séquence par laquelle, par delà les discours présidentiels, les faits nous montrent un Président plus que jamais docile dans sa politique à l'égard des grandes administrations. Sarkozy ? Un libéral en peau de lapin...



Le grand Emprunt qui s'est ratatiné au fil des semaines restera le symbole de la toute puissance des hautes administrations. J'en veux pour exemple à la fois la manière dont on draine l'argent du grand emprunt et la manière dont on le redistribue.
Bercy est depuis longtemps habité par un dogme : toute la transformation de l'épargne doit être réservée à l'industrie financière, domaine dans lequel les inspecteurs des finances ont la prétention d’exceller. La doctrine remonte à une vingtaine d'années. L’épargnant n’est plus censé souscrire en direct à des obligations, fussent-elles d’État, mais apporter son argent à des sicav et autres fonds gérés par les professionnels qui au passage prélèvent leur dime. À partir de là, il n'était pas question que l'État s'adresse directement aux épargnants. 

Or, ce choix est éminemment discutable.

Au cours de sa conférence de presse sur le Grand Emprunt, Nicolas Sarkozy a invoqué le coût d'un appel direct à l'épargne pour justifier le choix de faire appel au marché financier pour le collecter. 
Le raisonnement est doublement fallacieux. D'abord, parce qu'il n'y avait aucune raison de donner une commission aux banques, comme l'a dit le Président. Le contribuable les a suffisamment aidées  pour ne pas accepter les commissions requises pour placer un emprunt d'État. Ensuite, le Président a évoqué un différentiel d'un point de taux d’intérêt entre les deux options. Mais quand un épargnant encaisse le coupon de son obligation, il paie de la CSG et de l'impôt sur le revenu. Le reste est directement réinjecté dans l'économie française. Alors qu'avec la désintermédiation c'est le système financier qui encaisse les intérêts et ne paye pas les mêmes impôts et taxes que les particuliers. En outre, ces intérêts vont irriguer l'ensemble de la finance mondiale puisque l'argent vient du monde entier.

Quant à l’utilisation des fonds, on va très vite s’apercevoir, notamment pour les universités, qu’il s’agit d’une illusion. Une dizaine de milliards seront bien inscrits à leur capital, mais elles ne pourront pas les dépenser. Il s’agit de ces jeux d’écriture dont raffolent nos comptables nationaux de Bercy qui ont bien du mal à raisonner en termes macro économiques.

3,5 millions de vaccinés en Franc, 9 en Allemagne


Finalement, le grand emprunt est le témoignage de ce que la toute puissante administration des finances a, une fois de plus, imposé ses vues.
Mais ce n'est pas le seul exemple. On constate qu'avec Nicolas Sarkozy le pouvoir est concentré entre le sommet et les très grandes administrations, laminant au passage les ministres.

D'un côté, on a le monarque-président et ses trois conseillers qui ont fait le vide autour d'eux : le préfet Claude Guéant, l'inspecteur des finances ancien directeur du Trésor Xavier Muscat et l'énarque Raymond Soubie, spécialiste de toujours des affaires sociales. 
Chacun des trois incarne à sa manière une administration toute puissante : la préfectorale pour Guéant, les ministères des affaires sociales et de la santé pour Soubie et, bien sûr, Bercy pour Muscat.

On pourrait ajouter l'administration de l'Éducation nationale, cette machine à fabriquer des réformes toutes plus kafkaïennes les unes que les autres, que les ministres sont obligés d'endosser. Tous ont compris depuis Claude Allègre et son fameux mammouth, qu'ils n'avaient aucun pouvoir sur cette administration et que celle-ci avait en revanche le pouvoir de les faire limoger par leur patron.

Dernier exemple, la suppression de l'histoire en terminale S, au nom là encore d'une vision comptable puisque la décision est avant tout motivée par le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Les tribulations ubuesques de la vaccination contre la grippe H1N1 sont une autre illustration de la toute puissance de cette administration qui a développé une vision bureaucratique de la santé publique, digne de l’URSS des années cinquante. Sa méthode l'a conduit à commander les doses par dix, et à s'opposer à la vaccination par les médecins généralistes, au nom là aussi d'une vision comptable. Résultat : les Allemands on vacciné 9 millions de personnes pendant que les Français en vaccinaient seulement 3,5.

Coincés entre un palais présidentiel omniprésent et une administration surpuissante, les Ministres deviennent des machines à communiquer chargées de dire, lire - voire chanter ? - des textes écrits par d'autres. Les ministres ne sont plus que des « speachers » qui se sont fait déposséder de leur fonction première : faire de la politique, de la vraie...








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