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Sarkozy : n'ayez pas peur, je suis là !

Sylvain Lapoix | Jeudi 25 Septembre 2008 à 20:26 | Lu 14552 fois

Entre la version écrite et le discours prononcé, Sarkozy s'est permis des improvisations très révélatrices : une suppression « à terme » de la taxe pro, de nombreux sursauts pour défendre le gouvernement, se rapprocher des Français et montrer qu'il est toujours le patron.



Sarkozy : n'ayez pas peur, je suis là !
« Seul le prononcé fait foi » : la formule type est imprimée en bas de chacune des 12 pages distribuées une demi-heure avant le discours présidentiel de Toulon. Et la précision n'est pas inutile : si le début du discours n'a souffert que d'écarts minimes par rapport à la version initiale, l'arrivée du mot «crise» dans la bouche de Nicolas Sarkozy a entraîné quelques improvisations.

Se rapprocher par les « je », les « nous », les « vous »
Sur la forme, tout d'abord : le président a semé du «je» et du «nous» tout au long d'un discours initialement beaucoup plus impersonnel. «La crise financière» est ainsi devenue «La crise financière que nous connaissons aujourd'hui, mes chers compatriotes». La simple «récession» s'est changée en «une récession que nous n'accepterons pas !» Tous dans la même galère, en somme.
Nicolas Sarkozy en a aussi rajouté une couche sur les « plus vulnérables » pour qui la vie « est déjà pas facile sans la crise mais qui devient insupportable avec ». La formule empathique n'était pas prévue.

Le président entend aussi donner l'image d'un homme responsable. « Je vous dois la vérité, a-t-il rajouté après avoir évoqué la réforme des administrations. Ça fait trop longtemps qu'on en parle. Maintenant on doit agir. »

La suppression de la taxe pro : de l'impro
Le président a aussi improvisé sur le fond. La suppression de la taxe professionnelle n'était pas prévue. Il devait simplement parler i[« de nouveaux investissements [qui] seront exonérés de la taxe professionnels »]i. Pas de « la disparition à terme de la taxe pro » ! Elément révélateur : c'est la seule vraie nouvelle mesure annoncée. Voilà qui nous renseigne sur le type de Français que Nicolas Sarkozy voulait rassurer : les patrons.

Sur la question de la fiscalité, Sarkozy se lâche et ne suit plus du tout son texte. Il rappelle ainsi la « discrétion quand le gouvernement a supprimé les taxes et les cris un peu excessif au moment du RSA » et insiste sur le fait que le gouvernement ne doit pas être « prisonnier des lobbys. »


Grosse improvisation sur les questions écologiques
Sur les questions écologiques, il passe carrément en mode «roue libre» : « Y'a tout ceux qui nous conseillent de ne pas prendre les mesures difficiles et de les laisser à nos successeurs. Si le général de Gaulle avait agit ainsi, nous n'aurions pas la chance d'avoir le parc nucléaire que nous avons. »
Puis c'est l'apothéose : le TGV Est pas construit assez vite, le gouvernement qui rebondira sur la crise… « L'Etat a trop dépensé dans le passé pour la gestion et n'a pas assez investi », s'excite-t-il là où il était censé dire sobrement : « J'ai la certitude que nos réformes en porteront leurs fruits. » Et d'en faire des tonnes sur ses certitudes, sa volonté d'agir, et surtout sa capacité à le faire. Sarkozy rappelle qu'il est toujours sarkozyste. Sa mission était de convaincre qu'il était toujours aux commandes. Ses écarts ont montré qu'il cherchait aussi à s'en convaincre lui-même.


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