Marianne2 2012

Sarkozy fait (encore) campagne sur Schengen

Samedi 3 Décembre 2011 à 05:01 | Lu 5260 fois I 12 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Dans son discours de Toulon 2, le chef de l’Etat a rappelé sa volonté de réformer Schengen. Une fois de plus, le quasi-candidat roule des mécaniques pour récupérer des électeurs.


C’était bien un discours de candidat qu’on a entendu jeudi soir. Pour son meeting de Toulon, Nicolas Sarkozy a consacré une partie de son intervention à l’Europe et notamment à la réforme des accords de Schengen. « L'Europe qui fait appliquer à l'intérieur le principe de la libre circulation et qui ne contrôle pas ses frontières extérieures, ça ne peut plus durer. Schengen doit être repensé », a-t-il dit. Les accords de Schengen permettant de circuler librement en Europe avec un titre de séjour accordé par un Etat signataire ont été remis en cause avec la crise migratoire de Lampedusa.
 
Avec la campagne présidentielle, il y avait donc un beau coup à jouer pour l’Elysée. La droite n’a pas spécialement envie de voir son électorat conservateur partir chez Marine Le Pen. Dans ce contexte, accuser Schengen d’être responsable de l’échec de la politique migratoire de Sarkozy et Guéant est plutôt un bon filon. Et le président-candidat n’a pas attendu son discours de Toulon 2 pour lancer cette polémique. En avril dernier, main dans la main avec Berlusconi, il avait déjà déclaré : « Schengen doit être réformé ».  
 
Depuis, un projet de réforme est en cours. La Commission de Bruxelles a proposé d’élargir les possibilités de reprise des contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen. Un Etat pourra fermer ses frontières de lui-même mais au delà de cinq jours de clôture, il lui faudra l’autorisation de Bruxelles. Ce droit de veto de la Commission est refusé par Paris, Madrid et Berlin. « C'est aux Etats membres de maintenir l'ordre public et d'assurer leur sécurité intérieure » avaient déclaré les trois ministres de l’Intérieur dans un communiqué commun en septembre.

Quel budget ?

L’Europe peine donc à trouver une réponse commune aux problèmes migratoires. Un accord sera dur à trouver dans une Union frappée par la crise de l’Euro et de la dette. D’autant plus que les pays les plus frappés par la crise (Espagne, Italie, Grèce) sont les plus directement concernés par la question migratoire. 
 
La question est donc de savoir si un seul pays peut supporter à lui seul la charge d’une crise migratoire. L’Italie avait réglé le problème en donnant des papiers aux migrants tunisiens espérant qu’ils rejoignent au plus vite la France. La crise de Lampedusa avait alors mis en avant la nécessité d’outils communs de régulation de l’immigration. Il est prévu pour cela de renforcer les moyens de l’agence Frontex, chargée d’assister les Etats dans la surveillance de leurs frontières, en lui donnant un budget propre pour acheter des équipements. Reste à savoir le montant de cette enveloppe.
 
La question de la régulation des frontières est donc bien plus complexe que le seul cas de Schengen qui reste toutefois un joli hochet pour attirer l’électorat conservateur. Mais dans son show, Nicolas Sarkozy oublie de parler des problèmes essentiels. Notamment la question de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen. En septembre, les deux Etats se sont vus refuser l’adhésion totale aux accords au motif que leurs frontières extérieures sont insuffisamment sécurisées. 
 

Le cas roumain

Un compromis pourrait toutefois être trouvé en février avec une ouverture en deux temps : d’abord, les frontières maritimes et aériennes et ensuite les frontières terrestres. Si les deux pays adhèrent finalement à l’Espace Schengen, ils deviendront la porte d’entrée plus ou moins gardée de l’Union pour les migrants des pays de l’Est et d’ailleurs.
 
L’enjeu est donc important. Et évidemment, Nicolas Sarkozy ne crie pas sur les toits qu’il pourrait signer début 2012 un accord confiant la garde des frontières de l’UE à la Roumanie. Comme il évoque peu les accords attribuant à certains pays comme le Sénégal ou la Tunisie un seuil minimum de migrants autorisés à venir travailler en France. En brandissant l’épouvantail de Schengen, Sarkozy continue donc de jouer la fausse fermeté pour braconner l’électorat FN. Pour sa campagne, le président sortant n’hésite plus à dépasser les frontières du ridicule. 








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