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Sarkozy et la pensée magique

Lundi 28 Mars 2011 à 15:01 | Lu 30079 fois I 101 commentaire(s)

Maurice Szafran - Marianne

Le virage à droite de Nicolas Sarkozy, amorcé depuis le discours de Grenoble, l'a complètement desservi. Pour Maurice Szafran, cette radicalisation lui a fait perdre son électorat le plus droitier comme son électorat centriste. Pourtant, le Président semble convaincu de pouvoir les rattraper, au risque d'une course à la droitisation.


Sarkozy et la pensée magique
L'UMP - par définition le grand parti unique de la droite républicaine -  sur le point de perdre des millions d'électeurs ; le président de la République derrière Marine Le Pen dans les sondages de premier tour de l'élection présidentielle, avec trois à quatre points de retard... A l'évidence, il s'est produit un bug majeur dans la stratégie de Nicolas Sarkozy.

Reste à comprendre lequel.

On peut évidemment pointer, depuis le discours de Grenoble l'été dernier, une « droitisation extrême » du discours politique. Ce n'est pas contestable. Identité nationale, immigration, insécurité, musulmans et Islam, malaise des Français dits de « souche », banalisation de la xénophobie, ethnicisation des quartiers difficiles... Le chef de l'Etat y est allé à fond. Comme s'il ne gouvernait pas depuis ... 2002, depuis la place Beauvau et, ensuite, à l'Élysée. Comme si les Français, eux, ne le savaient pas. Comme si le choc des mots, des formules, leurs violences à répétition n'ouvraient pas un boulevard devant Marine Le Pen. La formule éculée, peut-être- mieux vaut l'original à la copie, mais si juste en l'occurrence.

L'électorat le plus droitier de l'UMP s'en est donc allé. « Pas grave, clame le président hâbleur. Je le récupèrerai l'année prochaine, ce sera une élection sérieuse ». En est-il si sûr que cela ? Pourquoi l'électorat frontiste se détournerait-il de Marine Le Pen au premier tour ? Pourquoi se reporterait-il massivement au second sur Sarkozy dans l'hypothèse où il devancerait la candidate d'extrême droite, ce qui n'est pas évident, loin de là ? Pareilles convictions, aujourd’hui, relèvent avant tout de la pensée magique. Droitisation-nationalisme-démagogie : le cocktail élaboré par le duo « pensant » Patrick Buisson-Eric Zemmour a non seulement placé Nicolas Sarkozy derrière Marine Le Pen ; mais, qui plus est, ce cocktail a accéléré encore, sa dé-présidentialisation. Un exploit!

Un « exploit » qui, au plan électoral, accélère encore l'écroulement sondagier de l'éventuel candidat Sarkozy. Car, après avoir perdu aux élections cantonales son aile droitière, le chef de l'état voit fuir son aile centriste dans les sondages. Sinon, les scores himalayens de Dominique Strauss-Kahn (34% dans la dernière étude Ipsos) ne s'expliqueraient pas. Centre droit et centre gauche - pour le coup réunis et confondus - ne supportent pas la dérive ultra droitière de l'Élysée. Elle leur fait horreur. Elle les dégoûte. Là encore, Nicolas Sarkozy est convaincu de les rattraper. Là encore, pensée magique. Jusqu'à quand ? Jusqu'où ?

Le spectre sarkozyste est donc rongé sur ses deux ailes marchandes, droite extrême et centre. Contrairement à ses rodomontades, il ne parviendra pas à récupérer l'une et l'autre, surtout s'il se retrouve à affronter DSK. Du même coup, il perpétuera et accélèrera la course à droite. Epouvantables perspectives. Beaux jours en vue pour Marine Le Pen. Fillon et Juppé, au secours, vite!








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