Sarkozy et Das Kapital !
Vendredi 9 Janvier 2009 à 09:58 | Lu 14249 fois I 55 commentaire(s)
Hervé Nathan
Par Hervé Nathan. Le discours du président de la République a recadré, lors d’un colloque tenu le 8 janvier, sa critique du capitalisme dans un cadre acceptable par la droite libérale, au prix de nombreuses contradictions.
A force de s’en prendre au capitalisme, un exercice régulier chez lui depuis le mois d’août 2007, voire le discours de Montpellier en 2006 , Nicolas Sarkozy a fini par lasser les médias. La preuve, son discours prononcé hier lors du colloque de l’Ecole militaire a provoqué très peu de reprises (à l'exception du très officiel Figaro, bien entendu), et quasiment pas de réaction. Dommage, lorsqu’on l’écoute, on retrouve la désormais habituelle musique de son conseiller spécial Henri Guaino, pour qui la crise est avant tout une épreuve morale pour les nations occidentales, puisqu’il identifie quasiment le capitalisme et ses valeurs, selon Max Weber, à la civilisation issue de la Renaissance italienne ! D’où l’on peut conclure que Michel-Ange annonçait déjà Buren, et les Medicis devançaient Bernie Madoff !
Au fond, le président de la République a, cette fois-ci voulu borner le débat idéologique sur le capitalisme. Pour répondre à ses amis de la droite classique, Edouard Balladur en premier lieu, qui ont bien du mal à avaler les rengaines sur le malheur issu de l’ultralibéralisme qui demeure leur fonds de commerce, le président de la République met les garde-fous : « la crise du capitalisme financier n’est pas la crise du capitalisme » s’est-il écrié, martelant : « l’anti-capitalisme est une impasse (…) La destruction du capitalisme serait une catastrophe. » Sarkozy n’a pas adhéré au NPA, nous voici rassurés.
Entre Guaino et Minc
D’ailleurs dans le capitalisme financier il y aurait à boire et à manger. Après avoir dit qu’il allait falloir passer d’un modèle de croissance par l’endettement à un modèle de croissance par la création de richesses (qui est contre ?), il reprend plus loin : « l’endettement exprime la foi dans l’avenir. » Va comprendre Charles ! De même a-t-il tenu à régler le curseur de la « protection ». Devant Angela Merkel qui ne supporte pas ce mot (l’Allemagne est le premier exportateur mondial…), il faudra, nuance Nicolas Sarkozy, « protéger sans céder à la tentation protectionniste ». On se demande bien ce que cela donnera en pratique.
Enfin, le discours dont on peut penser qu’il reflète à la fois la pensée profonde de Nicolas Sarkozy et d’Henri Guaino s’en prend, c’est un classique, à la pensée unique. « La crise nous rend libres, qu’allons-nous faire de notre liberté ? » clament nos compères, soudain sartriens. Avant de reprendre un des plus beaux poncifs de la pensée unique : le monde se diviserait désormais entre les « réformateurs » et les « conservateurs », le clivage droite-gauche est dépassé. A ce moment-là on n’entend plus ni Guaino, ni Sarko, mais Alain Minc, version 1995 ! Le retour aux sources ?
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