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Sarkozy en catimini

Philippe Bilger - Blogueur associé | Lundi 8 Mars 2010 à 11:05 | Lu 13469 fois

Le Président Sarkozy est arrivé en avance samedi matin au Salon de l'agriculture. Une visite en catimini. Le blogueur Philippe Bilger se souvient, nostalgique, de l'ancien Nicolas Sarkozy qui n'avait pas peur d'affronter ses concitoyens.



Je ne sais pas pourquoi mais j’ai éprouvé comme un blues républicain quand j’ai appris que notre président de la République était venu avant l’heure au Salon de l’agriculture (nouvelobs.com, 20 minutes, lefigaro.fr, Le Post). Le service d’ordre était paraît-il impressionnant (RTL). Je ne veux pas croire que cette visite précoce était seulement motivée par la peur des débordements. Il y aurait eu là comme un aveu de faiblesse. Il n’empêche que ce « catimini Â» m’a fait mal comme une mauvaise surprise. Quelque chose ne tourne plus rond dans ce pays où celui qui nous représente doit se défier de concitoyens dont beaucoup sans doute l’ont élu en 2007.

Le président n’a pas tort. Le « folklore Â» n’est pas tout. Le Salon ne devrait pas être seulement un concours permettant aux hommes ou aux femmes politiques de battre des records de présence, de boire ou de manger plus que l’adversaire ou de mieux tapoter le cul des vaches avec les appréciations techniques qui conviennent. Nicolas Sarkozy, lui, a participé à une table ronde au cours de laquelle il a annoncé que l’agriculture bénéficierait d’1,8 milliards d’euros (JDD.fr). C’est considérable et pourtant cette arrivée avant l’heure me reste sur le coeur. Je ne me console pas en me murmurant cette pensée qui ne guérit rien mais explique tout : comme le temps passe !

Il y a des années, il n’y a pas si longtemps, un ministre de l’Intérieur certes protégé venait affronter les nuits d’émeutes et parfois les émeutiers eux-mêmes. Je me rappelle certains dialogues plus que « musclés Â». Nicolas Sarkozy s’aventurait au coeur du désordre et de la violence et ses adversaires au chaud devant leur télévision avaient beau dire, j’admirais ce comportement. Je n’étais pas le seul à célébrer ce courage et cette manière si singulière de ne pas fuir le réel, quel qu’il soit. Je suis persuadé qu’au cours de cette période beaucoup l’avaient déjà choisi pour la charge suprême. Incapable de me souvenir du détail de mon existence alors, j’ai encore dans la tête l’espoir d’une possible renaissance de la politique. L’avenir n’était que promesse.

Je n’ai pas oublié non plus comme ce même ministre fustigeait certaines pratiques judiciaires qui avaient abouti à des tragédies et comme tout seul, contre la grande famille judiciaire, j’affirmais qu’il avait raison. Nicolas Sarkozy n’avait peur de rien et les tabous ne lui résistaient pas : il les transgressait avec volupté et une énergie amplifiée d’être perçue comme iconoclaste. Je me demandais d’où sortait ce parler vrai et s’il durerait. J’étais devant un être politique non identifiable. On était beaucoup à attendre la suite.

Le président de la République, en 2008, répond maladroitement, au Salon de l’agriculture, à un grossier personnage qui ne veut pas lui serrer la main. Plus tard,  il est invectivé par un pêcheur de sa fenêtre et lui réplique sur un ton vigoureux. Enfin, pour vanter Rachida Dati, il traite les magistrats de la Cour de cassation qui n’ont pas bronché de « petits pois Â». C’était encore de l’atypique mais moins stimulant que les précédentes audaces. Il choquait plus qu’il ne créait. On était tout de même contraint de s’avouer que cette personnalité politique sortait de l’ordinaire et que, président, il cherchait à plier la fonction à ce qu’il était. Il n’avait toujours peur de rien, surtout pas de l’opinion commune. Cette capacité de ne pas céder suscitait de l’adhésion, quoi qu’on en ait.

Le président apprit, voyagea, écouta, aima. Changea vraiment.

Au Salon de l’agriculture, cette année, il a échappé à tous les risques. A l’abri des autres et, qui sait ?, peut-être encore de soi. C’est triste. Comme une vie aimée qui se délite, s’évanouit.

Ciel gris, avenir sombre, mélancolie démocratique.





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