Sarkozy dans un fauteuil en 2012. Comme Balladur en 1995Philippe Cohen - Marianne | Vendredi 10 Juillet 2009 à 07:00 | Lu 20256 fois
Sarkozy le dit à l'UMP et tout Paris le murmure: on ne voit pas bien qui, en 2012 est susceptible de défier sérieusement Nicolas Sarkozy. Les apparences ne donnent en effet aucune chance à ses challengers quelle que soit leur appartenance politique. C'est comme si Sarkozy était déjà élu. Ça ne vous rappelle rien?Jean-François Kahn n’a pas tort sur ce point : les électeurs votent contre Sarkozy à 60% au moins mais l’opposition n’existe pas. Cette occurrence inédite nous offre une scène politique de plus en plus pusillanime. L'ensemble de l’establishment et des hommes et femmes dits d'influence se persuadent chaque jour un peu plus que personne ne sera en mesure de battre Nicolas Sarkozy en 2012. Aucun ne l’avouerait, même sous la torture, mais la plupart des chefs de l’opposition le croient aussi. Bref, si opposition il y a, il faudrait directement songer à 2017 pour espérer la voir conquérir le pouvoir. Le spectacle démocratique revet du cop un visage assurément sinistre. Un à un, chacun des opposants putatifs s’effondre comme dans une baraque à foire livrée à un sniper serbe. Souvent, dans une compétition présidentielle, le danger vient d'abord dans son propre camp. Or, ici, c'est le désert des Tartares, et le seul Bédoin capable de le traverser, Dominique de Villepin, peut tout juste espérer devenir un ministre d'ouverture de la gauche ou du Modem si l'une ou l'autre arrivait au pouvoir. François Bayrou ? Au jeu de l’oie présidentielle, il a reculé de beaucoup plus que de trois cases. Le voilà presque rendu à celle du départ. Devant les élus UMP mardi soir, le Président a affiché une immense confiance en lui. Il a annoncé son intention de se représenter et sa certitude de gagner en 2012, en exposant de façon crue son« excellent bilan » : « On a bouffé la crédibilité de la gauche sur l'écologie, sur la culture, sur l'ouverture », a-t-il déclaré. Revue de troupes présidentiables Cohn Bendit ? L’Elysée ne l’intéresse pas et sa seule ambition semble être de choisir le challenger de Sarkozy. Martine Aubry ? Elle doit se pincer jusqu'au sang pour croire qu'elle peut devenir autre chose que le syndic de la rue Solférino. Et puis, comment prétendre gouverner la France lorsqu’on ne parvient pas à gouverner le PS ? Manuel Vals ? Il a tout juste en sécurité, tout faux en économie. Et combien de divisions ? Laurent Fabius ? Il a de l'allure à l'Assemblée mais il reste déprimé par les sondages. François Hollande ? Dans le paysage, il est encore l'un des plus drôles, donc des plus crédibles. Mais qui le soutiendra ? Sûrement pas ceux qui ont poussé un soupir de soulagement à son départ de la rue Solférino. Bertrand Delanöe ? Il pourrait s'estimer heureux de ne pas devoir confier les clefs de sa Mairie aux écolos en 2014. Moscovici ? Transparent. Reste Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal. Le premier est plombé par le règlement du FMI qui lui interdit de trop montrer sa fiole à la télévision ... Et le Résident de l'Elysée dit partout qu'il le veut à Matignon, ce qui ne risque pas d'être populaire dans l'opposition. La seconde a toutes les chances de se faire réélire en Poitou-Charente et de s’en servir comme tremplin pour les primaires du PS, qui, en l'état, se présentent pour elle comme une promenade de santé. Qu’elle arrive au second tour arrangerait beaucoup de monde, y compris Nicolas Sarkozy qui ne la craint pas. Un sondage Jaffré pour 2012 ? Improbable... Mais le plus dramatique pour la gauche et toute l'opposition est ailleurs. Au delà des hommes et des femmes, l’opposition, toutes tendances confondues, n’a pas été capable de faire surgir une idée, une proposition susceptible de donner l’impression de pouvoir mieux faire que le gouvernement. Les socialistes ont demandé plus de relance, François Bayrou plus de République, les plus à gauche ont exigé le maintien des acquis sociaux... Bref, rien qui ne donne l'idée aux électeurs qu'il existe une alternative, une façon nouvelle pour le pays d'affronter la mondialisation malheureuse et sa triste déconfiture. Bref, dans les dîners où l’on refait la France, le Président a déjà gagné et chacun va organiser sa petite carrière et gérer ses petites ambitions en fonction de cette idée qui va devenir l’horizon politique de la caste dirigeante. Les quadras socialistes, comme Montebourg, Hamon ou Moscovici, pensent déjà tous les matins à 2017. Aucun d'entre eux ne semble accorder d'énergie à l'élaboration d'un plan d'action afin d'inventer un autre capitalisme, alternatif à celui qui continue de s'écrouler sous nos yeux. Un seul bémol : on trouvera difficilement, cette fois-ci, un patron d’institut de sondage pour écrire que Nicolas Sarkozy a déjà gagné l’élection présidentielle. Pour une raison simple : on a déjà vu ce film-là. SI vous ne vous en rappelez pas, lui s'en souvient sûrement. C'était en 1995. Le web en était encore à ses balbutiements en France. Mais où que vous alliez dans les lieux de pouvoir, la photo d'Edouard Balladur en habit présidentiel flottait dans l'atmosphère. Un jeune politicien ministre du budget (vous voyez qui je veux dire ?) déjeunait avec tous les journalistes pour leur décrire avec délectation et enthousiasme le sacre présidentiel de son patron. Avec Bazire, ils étaient jeunes, conquérants et terriblement convaincants : les éditorialistes politiques annoncèrent tous la bonne nouvelle (et agirent en conséquence). Il y avait - déjà - des balladuriens de gauche, comme l'ineffable Gearges-Marc Bénamou ou Jean-Luc Mano. Dans la désespérante torpeur politique qui flotte dans notre pays, le souvenir du triomphe présidentiel d'Edouard Balladur dans les médias en 1994 peut nous donner du courage : l'histoire, dit-on, ne se répète pas, elle bégaie.
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