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Sarkozy chez Faurecia, un film des studios de l'Elysée ?

Régis Soubrouillard - Marianne | Lundi 7 Septembre 2009 à 00:44 | Lu 15369 fois

En cette rentrée, le Studio Sarko semble redoubler d'activités. Visites de supermarchés, rencontres avec des jeunes, c'est à un vrai travail de professionnel de la mise en scène auquel se livre le gouvernement et la présidence de la République. Selon la RTBF, lors d'une visite d'usine, cette semaine, Sarkozy a également eu droit à un casting de choix. Du sur-mesure. Notamment, en ce qui concerne la taille des figurants...



C'est la dernière super-production du Studio Sarkozy. Après Luc Chatel, et Brice Hortefeux, apparus récemment dans des séquences de communication gouvernementale réalisée avec trucages et sans prises risques, c'est cette fois-ci le président de la République qui tient le premier rôle. On le sait comédien-né. Le voici tête d'affiche. Nicolas Sarkozy effectuait, vite fait, son premier déplacement en province, dans l’usine Faurécia à Caligny, dans l'Orne.

Une présentation de l’entreprise, encore en grande difficulté il y a quelques mois, quelques serrages de mains d’ouvriers, un discours puissant.  Merci, au revoir. Une visite éclair calibrée « 20 heures » comme les membres de gouvernement nous en offrent si souvent. L’exercice est devenu le lot commun de la communication gouvernementale. A tel point, que si l’on en croît la RTBF, il relève du bidonnage complet. Ainsi, bon nombre des ouvriers seraient des ouvriers d'autres sites ayant accepté de jouer les figurants. Ils auraient même été choisis en fonction de leur taille!
Les images parlent d’elles-mêmes. Hormis les ministres qui entourent Sarkozy sur la tribune, tous les «figurants» sont calibrés « taille Sarko ». Pas une tête ne dépasse celle du président. Les figurants auraient été amenés en car sur la zone du  « tournage » et se prêtent de bonne grâce, avec lucidité et une complicité amusée, à ce pure exercice de communication politique. On y voit, en effet, une trentaine de salariés répéter la mise en scène avant son arrivée, des plans truqués pour donner l’impression de masse.

Sarkozy n’est pas le premier homme politique à se livrer à ce type d’enfumage. En 1990, ministre de Michel Rocard, Olivier Stirn avait « embauché » des figurants pour faire la claque lors d’un discours. Autre style, dans un reportage de Canal Plus, on voyait Strauss-Kahn  demander –hors caméra, du moins le croyait-il- à l’un de ses conseillers quel disque acheter pour ne pas passer pour un has been. On se rappelle également de Balladur pris en stop par une militante UMP après une pseudo-panne de voiture lors de la campagne présidentielle de 1995.

Mais il est incontestable que sous l’ère Sarkozy, ce type de pratique s’est professionnalisée sinon institutionnalisée. Le  passage de Luc Chatel et Hervé Novelli chez Intermarché échangeant avec de fausses clientes leur a valu un article sur le site du New-York Times, la rencontre « jeunes-police » du ministère de l’Intérieur a fait l’objet, selon Le Monde, d’un casting « très serré ».

Les Français pas dupes ?

Depuis les cafouillages de son début de mandat et ses sorties hasardeuses, Nicolas Sarkozy ne laisse plus rien au hasard. Pas question de croiser un citoyen hostile ou de laisser apparaître une banderole non conforme. Quelques sorties dans une France irréelle pour donner l’illusion de la la connaissance de la réalité du terrain feront l’affaire.
 Le journaliste de la RTBF conclut son reportage par cette formule « pas sûrs que les Français soient dupes ». Pas sûrs, en effet. Encore faudrait-il qu’ils soient informés de ces manipulations. Les médias audiovisuels Français  n’ont  pas ce souci de l’irrévérence belge. Le bidonnage Chatel n’a pas fait l’objet d’une attention particulière.

Preuve de la vassalité des médias audiovisuels envers le pouvoir. Encore ce week-end, interviewant Xavier Bertrand, Claire Chazal qui ose, pure folie,  interroger le secrétaire général de l’UMP sur « la cacophonie qui règneau gouvernement sur la taxe carbone» ne peut s’empêcher de s’excuser de son insolence par un très prudent : « Pardon de vous poser cette question, Monsieur Bertrand».
D’ici à ce que TF1 nous révèle comment le président de la République «prépare » ses sorties médiatiques. Le chemin sera long. Très long.

Lundi 7 septembre à 8h10 : ce lundi matin, l'Elysée démentait sur Europe 1 avoir joué un rôle dans cette affaire, jugeant l'hypothèse « grotesque ». Si c'est vrai, cela signifie que la direction de Faurecia elle-même aurait écrit le scénario du film. Ce serait encore plus grotesque...



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