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Sarkozy, c’est l’atome et le Coran

Hervé Nathan | Mardi 11 Décembre 2007 à 00:02 | Lu 17271 fois

À Constantine, le président de la République a fait un éloge invraisemblable de l’Islam et de l’esprit religieux en général. Un discours très éloigné de la laïcité... et fort peu commenté.



On se souvient que Lénine avait un jour défini le socialisme comme l'addition des soviets et de l’électricité. Eh bien, notre président favori vient de découvrir la méthode pour renouer avec les Algériens : c’est la religion, plus le nucléaire. Voilà en tout cas la conclusion que l’on peut tirer en relisant attentivement le discours prononcé à l’université de Mentouri, à Constantine, le 5 décembre dernier.
Ce texte a été salué pour ses qualités : Nicolas Sarkozy prononce une condamnation ferme de la colonisation, dans des termes qu’aucun Président français n’avait employé : «le système colonial était injuste par nature et ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation». Il a aussi salué la mémoire de ceux «qui sont tombés les armes à la main pour que le peuple algérien soit de nouveau un peuple libre» Sans oublier les victimes des violences de la guerre d’Algérie, qu’elles viennent de l’Armée française, ou du FLN, voire d’autres. Toutes considérations qui l’éloignent du président de l’UMP qu’il fut et qui approuva la loi de février 2005 sur «l’enseignement positif de la colonisation». On ne s’en plaindra pas.

Mépris du Noir, éloge du Musulman ?
Dans ce texte, écrit au cordeau, Sarkozy évite de verser dans le piège de la repentance, et c’est tant mieux. Mais c’est pour mieux tomber dans un autre travers : l’éloge sans nuance de la religion, musulmane bien sûr, mais au-delà de toutes les «grandes religions», et ce, sans aucune distance historique, ni réflexion philosophique. C’est ainsi que Constantine est qualifiée de «ville de foi», le cliché que l’on applique aussi bien à Lourdes qu’à Jérusalem, à Hébron ou à Médine, voire Tombouctou. La carte postale est jolie, et cela ne mange pas de pain. D’où l’orateur (ou sa plume peut-être Henri Guaino ?) en conclut un peu plus loin que «rien n’est plus fort que la volonté humaine lorsqu’elle est soutenue par une foi vivante». Les mécréants méditeront donc sur la faiblesse de leur âme… Et tant qu’on y est, autant verser directement dans la flatterie : «Jeunes d’Algérie, je suis venu vous dire que vous pouvez êtres fiers d’être des jeunes musulmans, parce que la civilisation musulmane est une grande civilisation». Au moins, Sarkozy ne réédite pas le malheureux discours de Dakar, méprisant pour «l’homme africain».

Une histoire enjolivée
Et l’on n’hésite pas devant l’approximation historique : « cette ville (Constantine) qui se souvient encore que pendant des siècles juifs et musulmans y vécurent les uns avec les autres ». C’est embellir une histoire qui n’a pas besoin de cela. Les Juifs algériens étaient très pauvres, habitaient des quartiers réservés et devaient endurer le statut de «dhimmis», infériorité juridique vis-à-vis des musulmans, tout comme en France du temps de l’Ancien Régime. Sans compter les violences qui ont aussi existé, comme le « pogrom » de Constantine en 1934 (27 morts), provoqué par la propagande de l’extrême droite coloniale. Pas de quoi s’extasier sur l’amour entre les religions!
Reste à s’interroger. Si Sarkozy caresse les Algériens dans le sens de la religion, en supposant que tous les Algériens se définissent d’abord comme musulmans, ce qui est un pari audacieux, il parle aussi de lui-même, de sa foi personnelle, en proclamant : «les grandes religions dont j’affirme qu’elles sont des religions d’amour et non de haine». Comme le Président de la République ne recule devant rien, il englobe tous les citoyens dans le même esprit: «chacun d’entre nous, Chrétiens, Musulmans ou Juifs…» Chacun est prié de prendre sa place dans la maison du seigneur !
On retrouve ce penchant pour la foi qu’il avait dévoilé en 2004 dans son livre La République, les religions et l’espérance (éditions du Cerf). À l’époque, Sarkozy avait défendu les religions, dont l’Islam, comme facteurs de paix sociale dans les banlieues. Avec les résultats que l’on connaît. Aujourd’hui, il soutient l’islam tolérant contre le terrorisme en Algérie : «on combat l’intégrisme et le fanatisme en favorisant une idée ouverte et tolérante de la religion». Pas sûr qu’il s’agisse d’un bouclier plus efficace ici que là.
Pour finir, Nicolas Sarkozy propose de sceller cette nouvelle alliance avec l’Islam par du solide. Ce sera le béton des centrales nucléaires : «Je le dis au nom de la France, le partage du nucléaire civil sera l’un des fondements du pacte de confiance que l’Occident doit passer avec le monde musulman». L’atome et le Coran, qui dit mieux ?


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