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Sarkozy aux lecteurs du Figaro: Je ne vous comprends pas!

Philippe Cohen - Marianne | Jeudi 15 Octobre 2009 à 23:36 | Lu 24051 fois

En donnant, ce qui n'était pas prévu, une interview au Figaro, Nicolas Sarkozy a reconnu de fait le trouble qui s'est emparé de son électorat après les affaires Mitterrand et Jean Sarkozy. Un trouble qui a peu de chances de se dissiper après une prestation aussi médiocre.



Le site figrao.fr
Le site figrao.fr

Nicolas Sarkozy a-t-il pris la mesure de ce qui est en train de se passer, au sein même de son électorat ? Son dispositif de communication en hommes - Jean-Michel Goudard, Pierre Giacometti, Patrick Buisson, Thierry Saussez, Julien Vaulpré, Catherine Pégard - et en moyens (1,5 million d'euros en 2008 rien que pour les sondages, le double en 2009) est suffisamment fourni pour lui donner quelques informations sur la véritable révolte muette de ses électeurs.

Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si le staff présidentiel a choisi le Figaro pour s'exprimer comme si, pour une fois, il s'agissait d'honorer la fraction la plus conservatrice de son électorat, ce même Figaro où, depuis plusieurs jours, s'exprime haut et fort une fronde envers l'Elysée et la néfaste évolution de son résident.

Oui mais pour s'adresser à ces gens, encore fallait-il avoir quelque chose d'un peu consistant et réellement ressenti à leur dire, surtout vu la teneur des sujets qui ont ébranlé les électeurs de droite : la sexualité et le tourisme sexuel avec Frédéric Mitterrand, le népotisme et le mérite républicain avec Jean Sarkozy. Or, tel qu'on le découvre dans le Figaro, l'interview du Président est glaciale. On a presque l'impression qu'elle a été réalisée par mail malgré le nombre impressionnant de journalistes signataires (six) de l'entretien.
Contrairement à ses habitudes, Nicolas Sarkozy n'a glissé aucune remarque personnelle. Ses réponses donnent l'impression que les journalistes ont eu devant eux un robot présidentiel qui renvoyait la balle avec application, comme ces canons à balles automates utilisés par les profs de tennis pour apprendre leur art aux débutants. Cette interview est désincarnée, comme si le Président était un peu las de jouer à faire le Président.

Il faut dire que les questions des journalistes ne l'ont pas beaucoup aidé à briller. Concernant fiston Jean, Nicolas Sarkozy n'a fait que ressasser les arguments déjà entendus en boucle dans la bouche de tous les avocats de la cour élyséenne. Le petiot sera élu. Ce qui est faux, Marianne2 l'a amplement démontré en se plongeant dans les textes règlementaires de l'EPAD, ce qu'aucun des brillants interviewers du Figaro n'a osé faire bien sûr.

Sur l'Affaire Polanski-Mitterrand, le Président s'en est pris à la justice américaine en des termes qui ne risquent guère d'être appréciés : « ce n'est pas une bonne administration de la justice que de se prononcer 32 ans après les faits alors que l'intéressé a aujourd'hui 76 ans. ». Sarko le soi-disant Américain manifeste ici une méconnaissance remarquable sur l'un des principes clefs de la démocratie américaine : on ne saurait se dérober à la justice.

Le Président ne semble pas davantage avoir compris le sentiment de ses compatriotes. Ce qui choque les Français dans l'affaire Mitterrand comme dans celle de l'EPAD est la façon dont les élites s'auto-protègent pendant que le peuple est exposé aux vents glacés de la crise.

Dès lors, il ne restait plus qu'à dérouler, à la parade, comme disent les commentateurs sportifs, la rhétorique habituelle sur la crise. La France s'en sort mieux que les autres grâce au plan de relance de son génial président. La récession est moins forte qu'ailleurs, les déficits aussi. Quant aux banques, le Président a eu le culot de leur adresser un formidable brevet de bonne conduite sans même provoquer une quelconque réserve des journalistes présents : « Les banques ont répondu à nos attentes et deviennent exemplaires. Elles ferment leurs filiales dans les paradis fiscaux et le dispositif retenu par la France pour encadrer les bonus des traders s'est imposé au reste du monde lors du G20. » Le lendemain de l'annonce que les banques américaines avaient dépensé 140 milliards en 2009, soit plus qu'en 2008, pour payer et récompenser leurs salariés et leurs traders, ce constat avait quelque chose de baroque !

Bref, si l'interview a dû faire rougir de plaisir Etienne Mougeotte, le patron de la rédaction du Figaro, qui a pris bien soin d'écarter Anne Fulda et Eric Zemmour du pool d'interviewers, elle ne laissera guère de traces dans les annales de la com présidentielle. Je vais vous faire une confidence : quelqu'un m'a dit que les communicants de l'Elysée, et le premier d'entre eux, Nicolas lui-même, avaient un peu perdu la main. Besoin de vacances, déjà ?



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