Sarkozy aux Français: «Yes you're fucked up»
Dimanche 7 Décembre 2008 à 07:00 | Lu 21475 fois I 152 commentaire(s)
Juan
83ème semaine de Sarkofrance pour Juan. Une semaine bien de droite — et pas des plus douces : criminalisation des enfants, paupérisation des plus modestes… Au final, le plan de relance financera les entreprises, et poussera les ménages à s'endetter encore plus.
Cette 83ème semaine depuis l'élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy a annoncé, ou fait annoncer , une réforme par jour. Un programme que se résume simplement : alimenter la psychose sécuritaire pour faire oublier la précarité.
Psychose sécuritaire: l'arnaque
Lundi, le député-lobbyiste Frédéric Lefebvre a d'abord ressorti une vieille rengaine : il faudrait détecter les comportements violents chez l'enfant... dès la garderie ! Il n'y a que quelques extrémistes pour ne pas rigoler d'effroi devant une telle stupidité. C'était surtout une belle diversion pour masquer la gêne gouvernementale après l'arrestation musclée d'un journaliste de Libération.
Mercredi, Rachida Dati recevait les recommandations d'une commission «d'experts» sur la justice des mineurs : sursis réduits, abaissement à 12 ans de l'âge de la responsabilité pénale, autorisation du cumul des peines. Les « experts » de la Commission Varinard avaient été bien préparés. Le durcissement de la répression contre les plus jeunes délinquants est le cheval de bataille d'une droite grossière qui répond toujours par la répression aux inégalités. Depuis 1945, une seule chose a changé dans notre jeunesse : on lui a chipé l'espoir.
La ministre Dati s'emmêle dans les chiffres (eh non, la majorité des mineurs incarcérés ne l'est pas pour des actes criminels !), et parle de « bon sens. » Qu'est-ce qui se cache derrière ces déclarations populistes contre le jeunesse délinquante ? Deux cents jeunes criminels, dont une vingtaine d'ultra-délinquants. Les mineurs de moins de 13 ans représentent 0,3% des condamnés (en 2006). En 2007, 1,3% des 204 000 mineurs condamnés étaient condamnés pour des actes criminels (viols, vols à main armée, homicides, trafic, enlèvements). Tout ça pour ça ?!
L'imposture sécuritaire est une propension bien connue à crier au loup quand les difficultés s'aggravent. Lundi, lors de sa journée de RTT , le président français a fait communiquer une réaction démagogique par les services de l'Elysée : il « comprend l'émoi suscité » par l'arrestation brutale au petit matin, jusqu'à la double fouille au corps, du journaliste Vittorio de Fillipis. Il désavouait ainsi ses deux ministres Alliot-Marie et Dati qui justifiaient le matin même sur les ondes la légalité de l'opération. Pour un président qui use et abuse, comme certains élus de sa majorité, des plaintes en diffamation (SMS, publicité Ryanair, poupée vaudou ), la situation est... cocasse.
Mardi, devant des médecins et infirmiers médusés , Sarkozy continuait son show liberticide : il a expliqué comment il comptait « sécuriser » les hôpitaux psychiatriques : caméras de surveillance, GPS pour suivre les malades hors des murs, nouvelles cellules d'enfermements, 200 chambres d'isolements, fichier des hospitalisations d'office, visa préfectoraux pour les sorties, etc. « Mettez vous à ma place », s'est-il excusé. Bienvenue à Gattaca .
Le même jour, la justice infligeait un désaveu à la psychose gouvernementale : en libérant 3 des 5 suspects de la « cellule invisible » interpellés dans l'affaire des sabotages de caténaires de la SNCF, la justice reconnaît que la menace n'était pas ce qu'elle était.
Mais combien d'erreurs judiciaires, de violences policières, de souffrances individuelles faudra-t-il endurer ?
Relance : la précarité négligée
Face à la crise, Nicolas Sarkozy a dû enfin annoncer ses plans : mercredi, l'aumône pour les « très pauvres », jeudi un plan général d'investissement et de trésorerie. Il voulait faire rêver, rassurer et consoler. Restons sérieux.
Ramenons d'abord les sommes en jeu à l'échelle du pays : la dépense publique en France est de 1 000 milliards d'euros. Le chômage augmente désormais de 40 000 personnes par mois. Le nombre de bénéficiaires du RMI a cru de 10 000 en septembre dernier. En 2007, les Restos du Coeur ont distribué 91 millions de repas, 9 millions de plus que l'année précédente. Le nombre de personnes vivant en France en-dessous du seuil de pauvreté est évalué à 7,1 millions. Et le plan de Sarko dans tout ça ? 1,3% du PIB... C'est à la fois beaucoup, et pas grand chose.
Face à cette situation, Sarkozy a annoncé quelques bonnes mesures, comme alléger les contraintes de trésorerie des entreprises privées (11 milliards d'euros), et accélérer l'investissement public (10,5 milliards d'euros). La vraie relance immédiate et rapide est marginale : 2 milliards d'euros pour l'immobilier et l'automobile, plus 1,2 milliards pour l'emploi et une obole pour la solidarité (760 millions).
La gauche crie au pouvoir d'achat oublié, mais les perdants sont ailleurs : les Français ont peur pour leur boulot, leur logement, l’éducation de leurs gamins, leur maintien, leur survie. Il aurait fallu sécuriser les plus fragiles, qui sont aussi les plus nombreux, c'est-à-dire recoudre les filets sociaux que Sarkozy a détruits, baisser rapidement le coût de la vie, sans fragiliser les entreprises, et enfin rétablir l’équité notamment fiscale .
La gauche aurait pu critiquer l'encouragement à l'endettement : alors que les ménages précarisés par la baisse de leur pouvoir d'achat et le chômage n'arrivent pas à payer leurs traites, Sarkozy encourage l'achat de voitures et de logement ! Il favorise l'endettement des ménages en généralisant davantage le prêt à taux zéro pour les nouvelles acquisitions de logement neuf. Ironie du sort, depuis lundi , la loi DALO est entrée pleinement en effet : « le citoyen reconnu prioritaire pourra porter un recours contre l’Etat. »
Les plus pauvres ne sont pas mieux lotis : le fameux RSA n'entrera en vigueur qu'en juillet 2009, et l'aumône présidentielle immédiate est une prime de 200 euros pour chacun des 1,8 millions de personnes potentiellement bénéficiaires du RSA qu'ils ne recevront qu'en avril prochain. Mercredi, Sarkozy avait pris soin de «dédier» un déplacement supplémentaire aux «Très Pauvres » : il a recyclé de vieilles annonces (comme la revalorisation du minimum vieillesse de 25% d'ici à 2012, sa promesse présidentielle d'avant-crise), promis l'augmentation des pensions de réversion «pour les couples les plus modestes» de « 80 euros supplémentaires par mois », la construction de mille nouvelles places d'accueil pour sans domicile fixe et la rénovation des centres d'hébergement, pour 160 millions d'euros par l'Etat, et la dotation de 20 millions d'euros l'an prochain aux associations qui distribuent de l'aide alimentaire, pour leur informatisation et leurs équipements (mais pourquoi donc après l'hiver ?).
Les investissements publics posent question: jeudi à Douai, Sarkozy a recyclé des investissements déjà prévus : ainsi, la construction de 100 000 logements sociaux en 2009 est-elle incorrectement présentée. Le Plan de Cohésion Sociale de 2004 prévoyait déjà 80 000 logement en 2004 à 120 000 en 2009. Nous aurait-on menti ? Pire, il oublie la croissance verte : le secteur automobile n'est pas incité à accélérer le lancement de voitures propres. Rien n'est dit sur les énergies renouvelables alors qu'il eut suffit d'exiger d'EDF de faire un effort. La seule bonne nouvelle est la construction anticipée de 4 lignes de TGV et d'un canal maritime.
Pire, Sarkozy profite de la crise pour nous refiler une dérégulation des marchés publics : le plan de relance assouplit les règles de dépenses... des administrations. N'est-ce pas où le besoin de gouvernance est toujours nécessaire ? Grâce à ces règles, nous avons ainsi tous appris récemment que le ministère de l'Education nationale avait 220 000 euros à dépenser par an pour une veille de l'internet et de l'opinion...
En définitive, que faut-il comprendre de ces annonces milliardaires à répétition ? Le 14 octobre , un plan de sauvetage bancaire pour 360 milliards d'euros de garantie (seuls 10 milliards ont été prêtés aux 6 principales banques du pays, à un taux double du marché); le 23 octobre , encore «175 milliards d'euros d'investissement direct» dans l'économie ; le 20 novembre , voici le « fonds souverain » pour investir dans les PME innovantes et les industries stratégiques, avec ses 20 milliards d'euros annoncés pour 6 milliards d'euros véritablement
débloqués.
Aujourd'hui, 26 milliards. Et demain ?
Il est un chiffre que la Présidence agitée omet de préciser : le déficit budgétaire dérapera de 15 milliards dès l'an prochain, à 70 milliards d'euros. Fillon a promis qu'il redescendrait à 0,9% du PIB en 2012. Demain, on rase gratis !
« Yes, we're fucked up » auraient pu crier les précaires de ce pays, paraphrasant le «Yes, we can » de Barack Obama.
Cauchemar français.
Retrouvez toute la Sarkofrance en cliquant ici.
Psychose sécuritaire: l'arnaque
Lundi, le député-lobbyiste Frédéric Lefebvre a d'abord ressorti une vieille rengaine : il faudrait détecter les comportements violents chez l'enfant... dès la garderie ! Il n'y a que quelques extrémistes pour ne pas rigoler d'effroi devant une telle stupidité. C'était surtout une belle diversion pour masquer la gêne gouvernementale après l'arrestation musclée d'un journaliste de Libération.
Mercredi, Rachida Dati recevait les recommandations d'une commission «d'experts» sur la justice des mineurs : sursis réduits, abaissement à 12 ans de l'âge de la responsabilité pénale, autorisation du cumul des peines. Les « experts » de la Commission Varinard avaient été bien préparés. Le durcissement de la répression contre les plus jeunes délinquants est le cheval de bataille d'une droite grossière qui répond toujours par la répression aux inégalités. Depuis 1945, une seule chose a changé dans notre jeunesse : on lui a chipé l'espoir.
La ministre Dati s'emmêle dans les chiffres (eh non, la majorité des mineurs incarcérés ne l'est pas pour des actes criminels !), et parle de « bon sens. » Qu'est-ce qui se cache derrière ces déclarations populistes contre le jeunesse délinquante ? Deux cents jeunes criminels, dont une vingtaine d'ultra-délinquants. Les mineurs de moins de 13 ans représentent 0,3% des condamnés (en 2006). En 2007, 1,3% des 204 000 mineurs condamnés étaient condamnés pour des actes criminels (viols, vols à main armée, homicides, trafic, enlèvements). Tout ça pour ça ?!
L'imposture sécuritaire est une propension bien connue à crier au loup quand les difficultés s'aggravent. Lundi, lors de sa journée de RTT , le président français a fait communiquer une réaction démagogique par les services de l'Elysée : il « comprend l'émoi suscité » par l'arrestation brutale au petit matin, jusqu'à la double fouille au corps, du journaliste Vittorio de Fillipis. Il désavouait ainsi ses deux ministres Alliot-Marie et Dati qui justifiaient le matin même sur les ondes la légalité de l'opération. Pour un président qui use et abuse, comme certains élus de sa majorité, des plaintes en diffamation (SMS, publicité Ryanair, poupée vaudou ), la situation est... cocasse.
Mardi, devant des médecins et infirmiers médusés , Sarkozy continuait son show liberticide : il a expliqué comment il comptait « sécuriser » les hôpitaux psychiatriques : caméras de surveillance, GPS pour suivre les malades hors des murs, nouvelles cellules d'enfermements, 200 chambres d'isolements, fichier des hospitalisations d'office, visa préfectoraux pour les sorties, etc. « Mettez vous à ma place », s'est-il excusé. Bienvenue à Gattaca .
Le même jour, la justice infligeait un désaveu à la psychose gouvernementale : en libérant 3 des 5 suspects de la « cellule invisible » interpellés dans l'affaire des sabotages de caténaires de la SNCF, la justice reconnaît que la menace n'était pas ce qu'elle était.
Mais combien d'erreurs judiciaires, de violences policières, de souffrances individuelles faudra-t-il endurer ?
Relance : la précarité négligée
Face à la crise, Nicolas Sarkozy a dû enfin annoncer ses plans : mercredi, l'aumône pour les « très pauvres », jeudi un plan général d'investissement et de trésorerie. Il voulait faire rêver, rassurer et consoler. Restons sérieux.
Ramenons d'abord les sommes en jeu à l'échelle du pays : la dépense publique en France est de 1 000 milliards d'euros. Le chômage augmente désormais de 40 000 personnes par mois. Le nombre de bénéficiaires du RMI a cru de 10 000 en septembre dernier. En 2007, les Restos du Coeur ont distribué 91 millions de repas, 9 millions de plus que l'année précédente. Le nombre de personnes vivant en France en-dessous du seuil de pauvreté est évalué à 7,1 millions. Et le plan de Sarko dans tout ça ? 1,3% du PIB... C'est à la fois beaucoup, et pas grand chose.
Face à cette situation, Sarkozy a annoncé quelques bonnes mesures, comme alléger les contraintes de trésorerie des entreprises privées (11 milliards d'euros), et accélérer l'investissement public (10,5 milliards d'euros). La vraie relance immédiate et rapide est marginale : 2 milliards d'euros pour l'immobilier et l'automobile, plus 1,2 milliards pour l'emploi et une obole pour la solidarité (760 millions).
La gauche crie au pouvoir d'achat oublié, mais les perdants sont ailleurs : les Français ont peur pour leur boulot, leur logement, l’éducation de leurs gamins, leur maintien, leur survie. Il aurait fallu sécuriser les plus fragiles, qui sont aussi les plus nombreux, c'est-à-dire recoudre les filets sociaux que Sarkozy a détruits, baisser rapidement le coût de la vie, sans fragiliser les entreprises, et enfin rétablir l’équité notamment fiscale .
La gauche aurait pu critiquer l'encouragement à l'endettement : alors que les ménages précarisés par la baisse de leur pouvoir d'achat et le chômage n'arrivent pas à payer leurs traites, Sarkozy encourage l'achat de voitures et de logement ! Il favorise l'endettement des ménages en généralisant davantage le prêt à taux zéro pour les nouvelles acquisitions de logement neuf. Ironie du sort, depuis lundi , la loi DALO est entrée pleinement en effet : « le citoyen reconnu prioritaire pourra porter un recours contre l’Etat. »
Les plus pauvres ne sont pas mieux lotis : le fameux RSA n'entrera en vigueur qu'en juillet 2009, et l'aumône présidentielle immédiate est une prime de 200 euros pour chacun des 1,8 millions de personnes potentiellement bénéficiaires du RSA qu'ils ne recevront qu'en avril prochain. Mercredi, Sarkozy avait pris soin de «dédier» un déplacement supplémentaire aux «Très Pauvres » : il a recyclé de vieilles annonces (comme la revalorisation du minimum vieillesse de 25% d'ici à 2012, sa promesse présidentielle d'avant-crise), promis l'augmentation des pensions de réversion «pour les couples les plus modestes» de « 80 euros supplémentaires par mois », la construction de mille nouvelles places d'accueil pour sans domicile fixe et la rénovation des centres d'hébergement, pour 160 millions d'euros par l'Etat, et la dotation de 20 millions d'euros l'an prochain aux associations qui distribuent de l'aide alimentaire, pour leur informatisation et leurs équipements (mais pourquoi donc après l'hiver ?).
Les investissements publics posent question: jeudi à Douai, Sarkozy a recyclé des investissements déjà prévus : ainsi, la construction de 100 000 logements sociaux en 2009 est-elle incorrectement présentée. Le Plan de Cohésion Sociale de 2004 prévoyait déjà 80 000 logement en 2004 à 120 000 en 2009. Nous aurait-on menti ? Pire, il oublie la croissance verte : le secteur automobile n'est pas incité à accélérer le lancement de voitures propres. Rien n'est dit sur les énergies renouvelables alors qu'il eut suffit d'exiger d'EDF de faire un effort. La seule bonne nouvelle est la construction anticipée de 4 lignes de TGV et d'un canal maritime.
Pire, Sarkozy profite de la crise pour nous refiler une dérégulation des marchés publics : le plan de relance assouplit les règles de dépenses... des administrations. N'est-ce pas où le besoin de gouvernance est toujours nécessaire ? Grâce à ces règles, nous avons ainsi tous appris récemment que le ministère de l'Education nationale avait 220 000 euros à dépenser par an pour une veille de l'internet et de l'opinion...
En définitive, que faut-il comprendre de ces annonces milliardaires à répétition ? Le 14 octobre , un plan de sauvetage bancaire pour 360 milliards d'euros de garantie (seuls 10 milliards ont été prêtés aux 6 principales banques du pays, à un taux double du marché); le 23 octobre , encore «175 milliards d'euros d'investissement direct» dans l'économie ; le 20 novembre , voici le « fonds souverain » pour investir dans les PME innovantes et les industries stratégiques, avec ses 20 milliards d'euros annoncés pour 6 milliards d'euros véritablement
débloqués.
Aujourd'hui, 26 milliards. Et demain ?
Il est un chiffre que la Présidence agitée omet de préciser : le déficit budgétaire dérapera de 15 milliards dès l'an prochain, à 70 milliards d'euros. Fillon a promis qu'il redescendrait à 0,9% du PIB en 2012. Demain, on rase gratis !
« Yes, we're fucked up » auraient pu crier les précaires de ce pays, paraphrasant le «Yes, we can » de Barack Obama.
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