Sarkozy au Mexique : l'Elysée reste dans le flou
Vendredi 13 Mars 2009 à 18:04 | Lu 16202 fois I 128 commentaire(s)
Sylvain Lapoix
Qui a payé les deux jours et demi de repos mexicain de Nicolas Sarkozy ? Le mystère peut devenir une affaire de politique intérieure mexicaine, tandis que les explications de l'Elysée risquent de ne pas convaincre.
Du dîner au Fouquet’s, le soir de son élection, à sa virée sur le Yacht de Vincent Bolloré, le goût du luxe fut le pêché originel du président de la République. En visite officielle au Mexique, où il devait notamment se pencher sur le cas de Florence Cassez, Nicolas Sarkozy n’a, une fois de plus, pas pu résister à l’invitation qui lui a été faite dans un luxueux hôtel de la côte Pacifique de l’Etat de Jalisco. Seul problème : personne ne semble savoir qui a réglé cette escapade à 3500€ la nuit, sans compter les repas, soit 50000€ pour tout le week-end, selon Mediapart.
Un banquier proche des narcotraficants déjà connu de Clinton et Bush
Propriétaire du El Tamarindo, le milliardaire Robert Hernandez Ramirez est très vite soupçonné d’être le mécène du week-end présidentiel. Ancien pdg de Banamex, banque mexicaine rachetée par le géant américain Citigroup au conseil d'administration duquel il siège désormais, cet ami du président mexicain Calderon a été cité de nombreuses fois par le journaliste spécialiste du trafic de drogue Al Giordano dans des affaires de trafic de cocaïne auxquelles il aurait participé en faisant transiter des cargaisons par son hacienda de Temezon dans le Yucatan.
Un banquier proche des narcotraficants déjà connu de Clinton et Bush
Propriétaire du El Tamarindo, le milliardaire Robert Hernandez Ramirez est très vite soupçonné d’être le mécène du week-end présidentiel. Ancien pdg de Banamex, banque mexicaine rachetée par le géant américain Citigroup au conseil d'administration duquel il siège désormais, cet ami du président mexicain Calderon a été cité de nombreuses fois par le journaliste spécialiste du trafic de drogue Al Giordano dans des affaires de trafic de cocaïne auxquelles il aurait participé en faisant transiter des cargaisons par son hacienda de Temezon dans le Yucatan.
Une autre luxueuse propriété déjà connue par Bill Clinton, qui y visita en son temps le président mexicain Zedillo, et son successeur George W. Bush, qui y rencontra pour sa part Felipe Calderon. Et pour l’opposition mexicaine menée par Andres Obrador, c’est bien le même homme qui aurait offert au couple présidentiel français les quelques jours de farniente précédent la rencontre avec le président mexicain.
AFP, présidence mexicaine… de l’art de se dédouaner
En France, l’information peine cependant à sortir : rue89 détaille l’affaire, France Inter officialise la polémique et d’autres sites d’information la relaient… mais le silence de l’AFP, qui avait pourtant envoyé un correspondant sur place, provoque, via le Canard Enchaîné, une polémique dans la polémique, l'articulet du journal satirique accusant la direction de l'Agence d'avoir caché à la journaliste en charge de l'Elysée l'information sur le séjour huppé du couple présidentiel. Du coup, si l'Agence avait annoncé dès le 6 mars l'escapade élyséenne, ce n’est que le vendredi 13 mars, cinq jours après la fin du week-end, qu’une dépêche rend compte de la polémique tout en publiant une « mise au point » de l’Elysée : « Le président Sarkozy et son épouse ont été invités par le président mexicain. » Une justification bien tardive et surtout bien vague en regard des nombreux indices recueillis sur le caractère privé de l'invitation.
AFP, présidence mexicaine… de l’art de se dédouaner
En France, l’information peine cependant à sortir : rue89 détaille l’affaire, France Inter officialise la polémique et d’autres sites d’information la relaient… mais le silence de l’AFP, qui avait pourtant envoyé un correspondant sur place, provoque, via le Canard Enchaîné, une polémique dans la polémique, l'articulet du journal satirique accusant la direction de l'Agence d'avoir caché à la journaliste en charge de l'Elysée l'information sur le séjour huppé du couple présidentiel. Du coup, si l'Agence avait annoncé dès le 6 mars l'escapade élyséenne, ce n’est que le vendredi 13 mars, cinq jours après la fin du week-end, qu’une dépêche rend compte de la polémique tout en publiant une « mise au point » de l’Elysée : « Le président Sarkozy et son épouse ont été invités par le président mexicain. » Une justification bien tardive et surtout bien vague en regard des nombreux indices recueillis sur le caractère privé de l'invitation.
Contactée par Marianne2.fr, l’ambassade du Mexique en France refuse tout commentaire et ne fait part d’aucune enquête en cours ou en prévision sur l’affaire. Politiquement, la polémique tombe très mal : comme le rapporte le quotidien espagnol El Pais, la popularité croissante du président Calderon, qui recueillait en février 66,4% d’opinions positives, est largement fondée sur la lutte musclée contre les « narcos ».
A ce titre, la visite de Sarkozy met le chef d’Etat latino-américain en position délicate : venu pour faire extrader une Française impliquée dans une série d’enlèvements, foulant au pied la loi mexicaine, le Président français aurait-il de plus séjourné au frais d’un milliardaire, ami de Calderon, mouillé dans le trafic de drogue ? A quatre mois des élections et alors qu’un demi million de Mexicains ont déjà perdu leur emploi à cause de la crise, l’occasion est trop belle pour l’opposition. Ce qui était une polémique franco-française peut devenir une affaire de politique intérieure mexicaine. Nicolas Sarkozy n'est peut-être pas prêt d'être de nouveau invité au Mexique...
A ce titre, la visite de Sarkozy met le chef d’Etat latino-américain en position délicate : venu pour faire extrader une Française impliquée dans une série d’enlèvements, foulant au pied la loi mexicaine, le Président français aurait-il de plus séjourné au frais d’un milliardaire, ami de Calderon, mouillé dans le trafic de drogue ? A quatre mois des élections et alors qu’un demi million de Mexicains ont déjà perdu leur emploi à cause de la crise, l’occasion est trop belle pour l’opposition. Ce qui était une polémique franco-française peut devenir une affaire de politique intérieure mexicaine. Nicolas Sarkozy n'est peut-être pas prêt d'être de nouveau invité au Mexique...
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