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Sarkozy, accro aux chiffres, entre en cure de désintox

Jessica Thomas - Marianne | Mardi 15 Septembre 2009 à 07:00 | Lu 8055 fois

La «religion du chiffre», c'est fini. C'est Sarkozy qui l'a dit, lundi, à la Sorbonne. Maintenant, on parlera en mots, on parlera du bonheur, du bien-être, et pas de la croissance ou du PIB. Mais, c'est Sarkozy, qui parle? Il était pas accro au chiffres, lui, avant?



Sarkozy, accro aux chiffres, entre en cure de désintox
Nicolas Sarkozy renonce. Craquage. Nous entrons désormais dans une nouvelle ère. Le qualitatif au lieu du quantitatif. Mes frères, mes soeurs, nous allons devoir changer de dieu. Révolution spirituelle sans précédent. La croissance ne se mesurera plus jamais de la même façon. Désormais, il faut prendre en compte des critères comme le bonheur. Et c'est Joseph Stiglitz, prix nobel de l'économie, qui se charge d'élaborer ces nouveaux indicateurs. Nicolas Sarkozy a trouvé une nouvelle croisade: il s'est dressé lundi, à la Sorbonne, contre la « religion du chiffre Â».

Revirement spectaculaire donc, pour cet homme qui, toute sa carrière, a déifié les chiffres, ses maîtres à penser, sa ligne de conduite, son saint graal. Suivons son exemple ! Et commençons par lui rendre service, en l'aidant à faire son autocritique. Rappelons-lui son mysticisme chiffrique, sa béatification du nombre, sa vénération de la statistique. Juste pour son bien. Pour que chacun prenne la mesure de son brutal revirement, de sa brutale conversion.

La politique du chiffre a connu ses heures de gloire dans les objectifs de reconduite à la frontière, fixés par Nicolas Sarkozy. D'abord comme ministre de l'Intérieur. Puis comme chef de l'Etat. 25 000 lorsque son ami Hortefeux était au ministère de l'Immigration, 26 000 pour Eric Besson, l'actuel ministre. 

La chiffrite a atteint ses sommets comiques lorsque le président de la République a décidé d'attribuer des notes à ses ministres. Comme à l'école. 30 critères étaient pris en compte, toute mauvaise note donnant lieu à une punition. Heureusement, Sarkozy a changé, les ministres vont pouvoir redevenir des adultes. 

La dépression des stats a rebondi, encore cet été, lorsque le ministère de l'Intérieur a publié les chiffres de la sécurité. Nicolas Sarkozy, alors attaché à ces petits signes négatifs, avait rugi, avait pesté, réclamant l'inversion des chiffres tout juste publiés. Comme si, en claquant des doigts, un ministre pouvait changer les choses, changer les chiffres, les rendre conformes aux désirs du président.  Folie... A croire que l'amour rend aveugle. Heureusement, calmé, serein, Sarko acceptera désormais avec grandeur les chiffres qui ne le mettent pas en valeur.

La mythomanie numéraire a plusieurs fois guetté l'ancien Nicolas. Pris dans sa religion du chiffre, il ne se contrôlait plus. Il a tenté de les manipuler, de les détourner, pour influencer l'opinion publique. Sur les heures supplémentaires, la taxe professionnelle, le chômage, il a déployé des trésors d'énergie, d'astuces, de techniques, usant son intelligence uniquement pour que les chiffres parlent en sa faveur. Maintenant qu'il est guéri, nous pourrons enfin nous fier à tous les chiffres officiels en fermant les yeux.

Nicolas Sarkozy avait réussi à la garder secrète. La dernière pathologie dont il s'est libéré n'est pourtant pas plus honteuse que les autres : sa passion des sondages, des cotes de popularité, des pourcentages qui parlent de lui. Il avait même, dit-on, commandé des études à l'institut de sondages OpinionWay.

Ouf ! Tout ça, c'est fini : PIB, PNB, croissance, on n'en parle plus...

Vous y croyez, vous ?




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