Sarkozy à Berlin le 9 novembre 89: le storytelling s'effrite...Sylvain Lapoix - Marianne | Lundi 9 Novembre 2009 à 19:02 | Lu 30493 fois
Le mythe de la prétendue visite de Nicolas Sarkozy à Berlin le 9 novembre 1989 a du plomb dans l'aile : de Philippe Séguin au correspondant élyséen de Sud Ouest en passant par Alain Madelin, les démentis tombent sec. Fin d'une légende...
«Le 9 novembre 1989, Jacques Chirac était à Colombey-les-deux-Eglises, pour la commémoration de l'anniversaire de la mort du Général de Gaulle. Et, comme à l'habitude, il était accompagné par le secrétaire général du RPR : Alain Juppé.» Aux questions de Marianne2.fr, le journaliste Bruno Dive, qui a suivi les deux derniers locataires de l'Elysée, Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, pour le quotidien Sud Ouest est formel : Alain Juppé n'était pas à Berlin le jour de la chute du Mur, contrairement à ce que raconte Nicolas Sarkozy.
Le président de la République a en effet envoyé sur Facebook dimanche 8 novembre une photo accompagnée d'une petite légende dans laquelle il prétendait avoir accompagné Alain Juppé à Berlin le 9 novembre 1989, après avoir été informé d'un frémissement préfigurant la chute du Mur. Alain Juppé se tire une balle dans le pied
«Alain Juppé est parti assez tôt dans la soirée mais je doute qu'il ait eu le temps de se rendre à Berlin», ajoute le reporter. Une information confirmée par un article du Figaro daté du 10 novembre, où le secrétaire général du RPR est bien mentionné comme étant au côté du président de la République à Colombey...
Alain Juppé lui-même n'avait pas besoin de ça pour se décrédibiliser : comme le notaient nos confrères de 20 minutes.fr, l'ex Premier ministre avait déjà corrigé sa propre erreur, en supprimant une vidéo où il assurait avoir été à Berlin le 9 novembre 1989 pour la remplacer par une autre... où aucune date n'était mentionnée ! Un rectificatif accompagné d'un autre, ce lundi matin. Sur son blog cette fois-ci, Juppé revenait sur le moment exact de la visite : le «9 au soir (ou quelques jours plus tard, ma mémoire est imprécise sur la date exacte).» Comme par désespoir, il concédait finalement en fin de journée : «les personnes qui m’accompagnaient sont formelles: c’était le 9.» C'est fou comme des événements aussi uniques s'oublient vite ! Philippe Martel : l'homme clé de l'affaire ?
Mais l'ex Premier ministre n'est pas le seul a essayer de défendre la thèse officielle : Philippe Martel, responsable à l'époque des relations internationales au RPR, réaffirme avoir organisé ce voyage avec Alain Juppé ! Sur place, raconte Martel à l'Express.fr ils «croisent François Fillon, à la Porte de Brandebourg, côté Ouest, puis Alain Madelin.»
Outre qu'Alain Juppé n'était donc pas en Allemagne, Philippe Martel est loin d'être neutre dans cette affaire : proche d'Alain Juppé, il est le photographe qui a pris le cliché posté sur Facebook par le président de la République, également repris par VSD... il est donc l'homme par lequel le scandale arrive ! Or, si il parle d'une vocation «d'archiviste» et de ses agendas bien rangés où il a retrouvé sans mal la date du voyage officiel vingt ans après, Martel a cependant une conception très particulière de son emploi du temps : son nom apparaît en effet dans le dossier des emplois fictifs de la ville de Paris comme ayant bénéficié d'une promotion de complaisance par Jacques Chirac sur les conseils d'Alain Juppé, dont il est devenu chez de cabinet au RPR en 1990 ! Peut-être a-t-il donc un certain intérêt à pencher du côté de la thèse de Nicolas Sarkozy, au moment où resurgit cette affaire. Fillon : le seul dont la présence a été confirmée à Berlin !
Quant à François Fillon, on retrouve sa trace dans un article sur le site de Challenges.fr : il assistait à un congrès sur l'Otan. Le futur Premier ministre était là mais, pour ce qui est du futur président de la République, rien n'est moins sûr...
Philippe Séguin, à l'époque proche de la direction du RPR, a répondu très simplement à Marianne2 : «je n'y étais pas et n'en ai jamais entendu parler.» Etonnant que ce déplacement historique ait laissé si peu de traces tangibles. Malheureusement pour Nicolas Sarkozy, il est possible que son épopée berlinoise marque autant les mémoires...
Va, lis et reviens
Sarko l'Européen ou la légende de Berlin par Sylvain Lapoix sur Marianne2.fr Aujourd'hui, grève du réel, «on refait le Mur» ! par Régis Soubrillard sur Marianne2.fr Personne n'a rien compris à la chute du Mur par Gilbert Casasus sur Marianne2.fr
Voir les 242 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager
Digg
Del.icio.us
Wikio
Facebook
Google
MySpace
Twitter
LinkedIn
Viadeo







