Marianne2 2012

Sarko est-il foutu… ou fou tout court?

Vendredi 30 Avril 2010 à 14:01 | Lu 40417 fois I 62 commentaire(s)

Anna Alter - Marianne

Sarkozy est-il foutu? interroge cette semaine Marianne qui consacre un gros dossier au président, histoire de fêter dignement sa troisième année à l’Elysée. Réponse des psys : depuis 2007, son cas ne s’est pas arrangé !


« Foutu, est-ce un diagnostic psychiatrique ?», plaisante Boris Cyrulnik. Le célèbre psychiatre-psychanalyste sait reconnaître le fou, mais refuse de se prononcer s’il n’a pas le patient sous les yeux. Il avoue ne regarder que le rugby et les émissions littéraires à la télévision, et, comme Nicolas Sarkozy ne pratique ni l’un ni l’autre, il ne l’a qu’entraperçu au début de son quinquennat. « C’est un sprinter, un homme pressé. Carla l’a bien soigné, il est moins hyperkinétique, c’est tout ce que je peux dire et encore je n’en suis pas très sûr ». Résistance inconsciente ou conscience professionnelle, Cyrulnik n’avait pas voulu non plus se pencher sur le cas du candidat à la présidence lorsque nous l’avions consulté en 2005, effleurant juste l’hypothèse que le ministre de l’intérieur, « plus prédateur que névrosé », au lieu de retourner son agressivité contre lui-même s’en prenait aux autres, ce qui s’est vérifié par la suite.

Le psychanalyste Jean-Pierre Winter s’était montré plus disert. Ce disciple de Lacan avait décrypté les bons mots - et les plus calamiteux - des Chirac, Balladur, Villiers et autres prétendants à la fonction suprême dans «les hommes politiques sur le divan » (1), sans donner voix au chapitre à Nicolas Sarkozy, encore sous la tutelle d’Edouard. Un père de substitution que le maire de Neuilly, œdipe oblige, avait tué entretemps. Pour nous, Jean-Pierre Winter avait réparé son lapsus calami. Aujourd’hui, il constate que le chef de l’Etat est « dans une répétition frénétique » et la situation actuelle était prévisible. « Sarkozy avait annoncé la couleur en disant qu’il est l’homme de la rupture. Cette rupture, il l’a obtenue, mais ce n’est pas celle qu’il imaginait. Certaines choses avaient été « marquées » dans Marianne et elles se sont réalisées », se souvient-il. À demi allongé sur son fauteuil, le psychothérapeute poursuit son analyse : « Il avait semé suffisamment d’indices par ses paroles et ses gestes pour qu’on puisse en déduire logiquement ce qui est arrivé, à savoir le désaveu populaire d’un homme qui prétendait parler au nom du peuple sur des sujets graves comme la sécurité, le pouvoir d’achat ou l’égalité des chances ».
 
Jean-Pierre Winter note que Nicolas Sarkozy n’est pas entré dans le personnage dès son élection, qu’il lui a fallu du temps pour se défaire de ses habitudes. La fonction et la critique l’ont obligé à changer de vocabulaire. Il ne dit plus « casse toi pauvre con».  Mais le psy souligne cette façon très particulière qu’a Sarkozy de toucher ses interlocuteurs comme s’il voulait se convaincre de leur existence, de parler avec un adversaire imaginaire auquel il se fait fort de démontrer qu’il est illogique et que le bon sens est de son côté, de faire tout et d’être partout, de ne pas tenir compte des faits qui l’embarrassent et de se mettre en valeur. Et lorsque les événements ne vont pas dans le sens où il aurait souhaité, de se présenter comme la victime d’un complot ou de l’incompétence de son entourage, oubliant que ses proches collaborateurs, c’est lui qui les a choisis. « Je n’avais pas pris la mesure à l’époque de sa violence, reconnaît Jean-Pierre Winter. Il cumule toutes les places, respire la violence et cela a des effets d’intimidation, parce que cette violence s’appuie sur un pouvoir réel. De fait, qu’on soit Ministre, gendarme ou préfet, on peut être porté au pinacle ou n’être plus rien. Dans l’histoire de Rachida Dati, ils se sont servis l’un de l’autre, puis du jour au lendemain elle s’est retrouvée persona non grata ». Et de s’interroger sur « la consistance des affects » du chef de l’Etat pour qu’au moindre faux-pas l’autre ne devienne plus rien à ses yeux. « Cela enlève de la crédibilité à ses propos et engendre de la méfiance. Quand il prend le résultat des régionales ou les sondages en pleine figure, il rencontre la limite de sa stratégie qui consiste à opposer la pensée et l’action. Il n’a pas arrêté de claironner qu’il ne pense pas mais agit. L’effet politique de cette posture a fait la preuve de son inefficacité. L’heure est venue pour lui de se poser au lieu de prendre la pose. Tout le monde se rend compte du grand écart entre ce qu’il dit, ce qu’il promet et ce qu’il fait ».
 
Comportement bling bling, besoin d’être admiré, manque d’empathie, attitudes hautaines et arrogantes… le Président manifesterait-il des troubles de la personnalité narcissique ? « Le diagnostic est impossible. Je m’en tiens à ce qu’il dit et à ce qu’il fait », se défend Winter qui refoule l’idée même qu’on puisse établir un bilan de santé mental sur la seule image d’un moi hypertrophié étalé sur le petit écran. Mais les paroles et les actes du Chef de l’Etat ne lui paraissent pas toujours sensés. « Sa grande illumination, c’est d’avoir proféré « il faut des règles pour les transgresser », ce qui n’est pas faux mais est-ce à un président de la République d’énoncer ce genre de vérité ? Il a un pied dans la fonction et un pied en dehors ». Sarkozy serait-il déséquilibré ? « Essayez, au bord d’un précipice, et vous verrez… Si c’était un enfant, on lui donnerait de la Ritaline pour calmer son hyperactivité. Mais ce n’est pas un gamin. Visiblement, il y a une fonction symbolique qu’il n’incarne pas », conclut Winter.

Autre psychanalyste, autre regard sur les mots et les maux du Président. Dans « j’vais vous dire un truc… Les plus belles déclarations de Nicolas Sarkozy » (2), Ali Magoudi a minutieusement relevé toutes les petites phrases enfouies dans l’inconscient collectif qui, en période de crise, provoquent un rejet de masse. Ses « Je serai un président zen » : « Les journalistes, ce sont des nullards » ; « J’ai beaucoup souffert sur La Princesse de Clèves » ; « Dans le monde, la seule voix qui a porté, c’est la mienne » ; « Je suis entouré d’une bande de connards » ; « Moi, j’ai la concurrence dans les veines » ; « Je vais réhabiliter le travail, la morale, le respect, le mérite », révèlent une surestimation de soi-même, une méfiance extrême à l’égard des autres, une susceptibilité démesurée et, surtout, des erreurs de jugement. Quatre traits fondamentaux qui caractérisent le vrai parano. « C’est la place qui pousse à la paranoïa et sa mégalomanie est si peu fondée sur des qualités personnelles que son ego, toujours au bord du gouffre, doit être restauré en permanence», modère l’homme de l’art. D’après lui, il est inutile de recourir à un vocabulaire spécialisé, le langage commun suffit à décrire « ce Président détonnant » qui bloque sur les échecs, mais qui « n’est pas plus pathologique que n’importe quel individu qui veut devenir président de la république ». Une dose de parano, deux de mégalo, un zeste de folie, voilà le cocktail qui permet de se hisser au sommet de l’Etat. Mais, le psychanalyste est formel : ses amis qui, eux non plus, ne sont pas complètement fous n’hésiteront pas le débarquer s’ils voient que Sarkozy va les faire perdre…

(1) Les hommes politiques sur le Divan, Jean-Pierre Winter, Calmann-Levy
(2) j’vais vous dire un truc… Les plus belles déclarations de Nicolas Sarkozy», Ali Magoudi, La Découverte










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