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Marianne2

Santé: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Elie Arié - Tribune | Mercredi 30 Septembre 2009 à 11:06 | Lu 8546 fois

En toute logique, Eric Woerth a raison. La Sécurité sociale va mal, il faut faire quelque chose. Mais selon Elie Arié, médecin, les beaux principes énoncés par le ministre du Budget ne sont pas appliqués, et ne suffisent pas à masquer ses erreurs politiques.



Rien de faux dans l’article de Monsieur Eric Woerth paru dans le Monde daté du 29 septembre et, en particulier, dans sa déclaration de principe : « une logique, celle d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance. (…) La santé de la Sécurité sociale et celle des Français sont un tout. Il faut d'urgence cesser de les opposer en présentant chaque piste d'économie comme une menace pour la qualité des soins. La seule menace, la vraie, c'est celle qui consisterait à ne rien faire dans une telle situation financière ».

Mais trop d’omissions qui masquent le décalage entre des principes indiscutables et leur application réelle :

1- Que devient la « logique d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance » lorsqu’elle laisse se généraliser, surtout chez les spécialistes (mais pas seulement) la pratique des honoraires libres ? Que signifie une assurance-maladie qui rembourse une partie des tarifs des consultations, et laisse le reste à la libre appréciation des médecins ? Où est alors « le choix de l’assurance-maladie de ce qu’elle finance » ?

2- Que devient la « logique d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance » lorsqu’elle abandonne toute politique d’installation des médecins en fonction des besoins de la population, qui renonce à toute politique de lutte contre les déserts médicaux, et laisse les médecins libres de s’installer dans les zones à surdensité médicale qui sont aussi celles de surconsommation médicale (les centre-villes et les villes les plus riches) ? Où est alors « le choix de l’assurance-maladie de ce qu’elle finance » ?

3- Que devient la « logique d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance » avec la pratique des franchises médicales d’un montant identique pour tous les revenus et sans relation avec un quelconque critère de santé, et qui n’a pour objectif (le prétexte absurde du financement d’un organisme de recherche sur la maladie d’Alzheimer étant oublié depuis longtemps) que d’augmenter « le renoncement aux soins faute de moyens » que M. Woerth reconnaît dans le même article ? Où est alors « le choix de l’assurance-maladie de ce qu’elle finance » ?

4- Que devient la « logique d'une assurance-maladie qui sait choisir ce qu'elle finance » lorsqu’elle continue à rembourser des traitements tels que les médicaments homéopathiques ou la majorité des cures thermales, malgré les avis tant de fois répétés et ignorés de tous les organismes scientifiques et médicaux sur leur absence de Service Médical Rendu, pour protéger des intérêts économiques sans utilité médicale ? À quelle logique inavouée répond alors « le choix de l’assurance-maladie de ce qu’elle finance » ?

5- Sur quel critère objectif repose l’affirmation selon laquelle nous aurions « l’un des meilleurs systèmes de santé du monde du point de vue de la qualité des soins », alors que nous nous refusons toujours, contrairement à d’autres pays, à y introduire des indicateurs opposables de qualité et de résultats, et que l’accréditation de nos hôpitaux ne repose que sur la vérification du respect des procédures ? Cette absence de tout critère d’évaluation de la qualité et de l’utilité des soins est particulièrement flagrante lorsque M. Woerth énumère ceux qui, d’après lui, sont nécessaires « pour continuer à avoir l'un des systèmes hospitaliers les plus performants » : « il faut préserver notre politique de prise en charge des médicaments les plus coûteux, garantir la motivation des équipes hospitalières, rénover les bâtiments hospitaliers et donner en permanence accès aux meilleurs équipements. Voilà le cœur de la qualité des soins à l'hôpital. »
Non, M. Woerth : il manque l’essentiel : oser introduire les outils pour vérifier que cette qualité des soins est bien atteinte ! La comparaison du coût du traitement des mêmes affections dans différents hôpitaux (principe louable en soi) perd tout son sens si elle ne s’accompagne pas de la comparaison de leurs performances médicales : c'est comparer un téléphone des années 1960 à un I-Pod, en donnant l'avantage au premier parce qu'il est moins cher... Pourquoi faut-il toujours rappeler aux partisans de la « concurrence libre et non faussée » que, et que la concurrence n’a de sens que si elle compare les rapports coût/efficacité et coût/utilité ?

Les principes qu’énonce M. Woerth, dans cet article, sont inattaquables : il reste à avoir le courage politique de les appliquer.



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