Marianne2 2012

Sans gouvernement ni budget, la Belgique cherche un plan B

Mercredi 23 Novembre 2011 à 18:01 | Lu 4499 fois I 7 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Elio di Rupo, le formateur qui était parvenu à trouver un terrain d'entente entre Flamands et Francophones sur une profonde réforme l'Etat belge, chutera-t-il sur le vote du budget ? Le président du PS francophone a déjà remis sa démission au Roi qui consulte. En attendant, la Belgique n'a toujours pas de gouvernement. Et à la crise politique vient s'ajouter la crise économique.


Elio di Rupo (cc flickr Luc van Braeke)
Elio di Rupo (cc flickr Luc van Braeke)
Las. Elio di Rupo a finalement jeté l’éponge. Au bout d’un combat de longue haleine, « le formateur » était parvenu à un accord entre Flamands et Francophones sur une profonde réforme de l’Etat. Sans gouvernement depuis plus d’un an, la Belgique croyait entrevoir le bout du tunnel. Restait à boucler le budget 2012. Une autre paire de manches. Depuis un an et demi, le pays vit au ralenti avec un gouvernement démissionnaire qui expédie les affaires courantes. Les réformes économiques ne se font pas et les taux de financement de la dette sont de plus en plus élevés.

La seule nationalisation de la branche belge de Dexia pour quatre milliards d'euros a entraîné une hausse de la dette belge d'un point, qui affiche désormais 100% du PIB.
Faute d’accord entre les six principaux partis politiques, Elio di Rupo a donc mis sa menace à exécution. Plus de 500 jours après les élections, la Belgique n’a toujours pas de gouvernement et s’installe encore plus durablement dans la crise politique et économique. Le tout sous l’œil du conseil européen et des agences de notation, qui tels des vautours survolant le plat pays, menacent la Belgique de sanctions faute d’un accord rapide.
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a ainsi enjoint les négociateurs à se reprendre au plus vite pour trouver un accord, faute de quoi le pays aurait à payer des amendes européennes. Le nouveau pack adopté en octobre dernier prévoit 0,2% du budget des états (!) soit 708 millions euros d'amendes si la Belgique n'a pas déposé un budget d'ici la mi-décembre.

« Nous sommes dans les sables mouvants » a avoué Wouter Beke, président du parti démocrate chrétien.
De leur côté socialistes et sociaux-démocrates, reprochent à Elio di Rupo de chercher à mettre la pression sur les partis en s’appuyant sur le Roi. Déjà, en septembre Elio di Rupo avait fait sortir le Roi de sa torpeur niçoise pour dégager un accord sur l’épineux dossier du BHV.
« La Belgique vaut mieux qu'une querelle linguistique » disait Brel. Elle s'est finalement trouvée un conflit politique et économique.

Quelle sortie de crise ?

« Les libéraux seront reçus par le Roi mercredi, tandis que les autres partis défilent à Ciergnon dès ce mardi. Un ordre de consultations qui n’est évidemment pas dû qu’au hasard et aux agendas de chacun » fait savoir le journal Le Soir sur son site, « en recevant les deux partis libéraux en dernier, c’est une manière pour Albert II de montrer qu’il n’apprécie pas forcément l’attitude des deux partis bleus, pointés par leur partenaires comme responsables de l’enlisement ».

En attendant la suite, les observateurs échafaudent plusieurs scénarios de sortie de crise. Elio di Rupo pourrait être rapidement remis en selle ; un nouveau gouvernement conduit par le premier ministre intérimaire Yves Leterme, donné partant pour l’OCDE; un gouvernement de droite allant des chrétiens démocrates aux libéraux. Certains évoquent même un gouvernement d’experts. Un de plus. Pour Jean Faniel, politologue au Crisp, « la mise sur pied d’un tel gouvernement ne serait pas forcément plus aisée. Prenons par exemple la Banque nationale. On constate que la plupart de ses dirigeants sont liés à une famille politique. Donc la mise en place d’un gouvernement de « technocrates » en Belgique ne permettrait pas forcément d’éviter la question politique… ».
Intenable dans un pays où la tradition est de tout régler autour de la table des négociations avant de gouverner. 

Et pourquoi pas un retour aux urnes ?  Simple sur le papier. Explosif compte tenu du contexte économique. Difficile d’imaginer une campagne électorale se déroulant sous le feu des agences de notation, dans une Europe fragilisée politiquement et menacée par la récession.  L’accord institutionnel Bruxelles-Hal-Vilvoorde serait, de fait, caduc. Ce qui signifie un formidable…retour à la case départ.








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez