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Salmon : Sarkozy sur le mur c'est un storytelling modèle

Sylvain Lapoix - Marianne | Mardi 10 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 13749 fois

Théoricien du storytelling, Christian Salmon voit dans la polémique autour du voyage de Nicolas Sarkozy à Berlin une première : à vouloir tout transformer en fiction, le Président a vidé son discours de toute crédibilité et tué le système qui lui a valu son succès.



Marianne2.fr : Que penser du récit de Nicolas Sarkozy selon lequel  il était présent sur les lieux le jour de la chute du Mur de Berlin ?
Christian Salmon :
Nous sommes typiquement dans une démarche de storytelling : le président de la République fait converger histoire collective et histoire personnelle. C'est Nicolas Sarkozy, avec sa petite pioche, le jour de la chute du Mur de Berlin : au lieu de faire l'histoire, le politique la réécrit. Il est dans une logique de casting.

«Dans la réécriture de l'histoire, Nicolas Sarkozy bascule de la fiction simple au mensonge !»

Or, l'erreur de Nicolas Sarkozy ne repose pas sur le fait mais sur le timing : il était bien à Berlin, mais pas le jour où il l'a dit. Nous avions déjà pu constater avec l'affaire de l'Epad qu'il avait perdu le contact avec le réel, et il prouve avec le Mur de Berlin qu'il a perdu le rapport avec le temps ! L'un des faits les plus marquants dans la chute du Mur de Berlin, c'est son caractère improvisé et imprévisible, là où Nicolas Sarkozy raconte qu'il avait entrevu cet événement. Dans la réécriture de la temporalité, il bascule de la fiction simple à son extrêmité manipulatoire : le mensonge !

Que pensez-vous de la réaction qu'a suscité la polémique ?
Le retentissement de l'événement par rapport à l'importance très relative de l'anecdote montre la perte de crédibilité énorme de Nicolas Sarkozy. La première réaction des journalistes a été d'aller vérifier que c'était vrai : en d'autres temps, comme au début du mandat, la plupart auraient pris ça comme argent comptant ! Personne n'a jamais été vérifier que le général de Gaulle était bien allé à Londres.

«Personne n'a jamais été vérifier que de Gaulle était bien allé à Londres.»

Le phénomène est lié à Internet mais surtout à la stratégie de Nicolas Sarkozy : il a tellement fictionné sa vie, privée comme publique, depuis le début de son quinquennat qu'aujourd'hui, quand il monte sur scène, on n'écoute plus son récit, on essaie de savoir si c'est vrai. En tant que narrateur, il a perdu toute crédibilité, ce qui est une situation critique car, de l'arbre à palabres à Cerventès, tout récit s'appuie sur la crédibilité du narrateur. Et là, pour la première fois depuis le début de son mandat, le narrateur apparaît totalement nu.

Pensez-vous que cet événement, et la décrédibilisation qu'il révèle, puisse avoir des conséquences sur la suite du mandat, voire sur la campagne de 2012 ?
Si, comme les journalistes l'ont souligné, la politique de communication est le principal atout de Nicolas Sarkozy, alors il est atteint au cœur même de son dispositif. Il est rentré dans le cercle vicieux du storytelling et il entraîne dans sa décrédibilisation tout ceux qui y participent, même François Fillon, qui jouait jusqu'ici un rôle de contrepoids.

Nous sommes maintenant dans l'ère du soupçon : toute information qui vient du sommet de l'Etat est mise en doute et les journalistes prouvent qu'ils peuvent mettre en place une contre narration. Je pense que l'enjeu de la seconde partie du mandat sera de rétablir la crédibilité de la parole politique et que celui qui y réussira pourrait être le gagnant en 2012.

Or, pour Nicolas Sarkozy, la tâche va être difficile : on peut changer de politique, mais on ne peut pas changer son mode de conviction. Quand Nicolas Sarkozy a dit qu'il avait arrêté les Russes en Géorgie, il n'a pas trop été remis en cause. Mais si ses concurrents se retournent sur son bilan, ils pourront prouver que, derrière le récit, il y a eu peu de réalité.



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