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Sakineh n'est pas la seule : ces pays où la lapidation revient en force

Martine Gozlan - Marianne | Jeudi 9 Septembre 2010 à 17:01 | Lu 25545 fois

La jeune femme iranienne condamnée à la lapidation pour adultère n'est malheureusement pas un cas isolé. De nombreux pays continuent à lapider. Plus grave : de plus en plus d'Etats rétablissent cette peine venue du fond des âges.



(photo DR)
(photo DR)
Le Ramadan s’achève, avec la suspension temporaire des exécutions en Iran, et l’inquiétude grandit sur le sort de  Sakineh Mohammadi Ashtiani, toujours menacée par l’horreur de la lapidation, comme le rappelle aujourd’hui son avocat (dans une interview recueillie par le journaliste franco-iranien Armin Arefi) depuis Tabriz où la jeune femme est embastillée.

Son histoire a fait maintenant le tour du monde. Du monde en tous cas que la barbarie révulse! Mais combien de temps faudra-t-il pour que ce crime soit extirpé des codes et des mœurs, non seulement en Iran, mais dans bien d’autres pays musulmans ?

On lapide toujours -ou on recommence à lapider -  en Somalie, au Nigeria, dans les Etats du nord qui ont adopté la Charia (la loi islamique), au Soudan, en Afghanistan, au Yémen, aux Emirats arabes unis, en Arabie Saoudite, voire au Kurdistan irakien dans des populations non-musulmanes. En revanche, le Pakistan a interdit la lapidation en novembre 2006, sous la présidence du général Mousharaff. De rage, les députés islamistes ont quitté la salle quand la suppression du châtiment a été votée par le Parlement.
Plus près de chez nous, et il y a quelques jours, le directeur du centre islamique de Genève, le suave  Hani Ramadan (frère de Tarik), manifestement agacé par la mobilisation pour Sakineh, déclare :
« la condamnation à la lapidation a un but dissuasif… » Ben voyons ! Les supporters de la torture, les Tartuffe du châtiment sexuel se sentent  les mains et les paroles déliées, sans complexe, sous le beau ciel occidental.

Leurs frères déchiqueteurs, ailleurs, ont «dissuadé» à maintes reprises, ces dernières années, alors que Sakineh tremblait d’épouvante dans son Iran, merveilleux pays lapidé par les bourreaux islamistes.
Ainsi, en Afghanistan, au cœur de l’été, le 15 août dernier, à Kunduz, un jeune couple a été lapidé par les talibans. Les deux amoureux s’étaient enfuis ensemble. Et devinez quoi ? La mort par les pierres a été décidée et mise en œuvre exactement deux jours après que le très officiel Conseil des Ulémas eût appelé le président Hamid Karzaï à «appliquer plus strictement les châtiments corporels prévus par la Charia ». Car il faut donner des gages aux talibans pour stabiliser le pays… Pendant les jets de pierres, les négociations prospèrent !

En Somalie, le 13 décembre 2009, de jeunes intégristes, les «Shebab» du «Hezb al Islam» (parti de l’islam) en guerre contre le pouvoir central, qui contrôlent de nombreuses zones du pays, ont lapidé Mohamed Abukar Ibrahim, 48 ans. Sa compagne, elle, a reçu 100 coups de fouet. Qu’ils sont cléments, ces Qaidistes… Quelques jours auparavant, le 6 novembre, une autre boucherie s’est produite dans le port somalien de Merka. En octobre 2008, déjà, Ayaan Hirsi Ali, la célèbre révoltée d’origine somalienne, menacée de mort dans son pays d’adoption, les Pays Bas, pour avoir dénoncé le sort infâme réservé aux femmes par la charia, résumait le drame de sa terre natale : «Comme toujours, la première chose qu’ont faite les intégristes en prenant le pouvoir dans une ville somalienne, c’est d’aller chercher une femme pour la punir ». Aïcha Ibrahim Dhuhlow venait d’être lapidée le 24 octobre 2008.

Même phénomène de réactivation de l’épouvante, au Nigeria, dans l’Etat de Bauchi, tout content de se doter, avec l’adoption de la charia, de la possibilité de réduire en bouillie son voisin ou sa voisine. Il s’y est ainsi déroulé en août 2007 le procès de 18 jeunes gens âgés de 13 à 22 ans accusés d’homosexualité. C’est pourtant autour du sort d’une Nigériane qu’eut lieu auparavant, en 2003, la première grande mobilisation internationale contre la lapidation. Souvenons-nous d’Amina Lawal dont les juges avaient suspendu la peine jusqu’à ce qu’elle ait fini d’allaiter sa fille ! Ensuite, les pierres devaient faire leur œuvre. Grâce à la fantastique avocate Hauwa Ibrahim, elle fut enfin acquittée. Mais pour un sauvetage, combien d’atroces agonies restées secrètes…

Au Yémen, aux Emirats arabes unis, au Soudan, la lapidation est toujours inscrite dans le code pénal. Elle a fini par se confondre avec les « traditions » locales même dans des populations non musulmanes. Au Kurdistan irakien, dans la communauté Yézidi, une jeune fille a été lapidée récemment à la demande de son oncle car la malheureuse était coupable d’aimer…un musulman !

Ce que le grec Eschyle appelait «la justice d’abattoir»- car la lapidation était une pratique antique dans tout le bassin méditerranéen et oriental- est donc encore enkysté dans les réflexes de vastes pans du monde contemporain. Mentionnée dans l’Ancien Testament, condamnée avec une chatoyante humanité par le seul Jésus, elle ne figure pas dans le Coran- elle aurait répugné à Mahomet qui aimait la beauté des femmes- mais bel et bien dans les « hadiths », la foule des juridictions et prétextes qui codifièrent la loi islamique, longtemps après la mort du prophète. On en attribue la paternité à Omar, le second Calife.  
On peut s’interroger sur la façon dont l’Islam a gardé la symbolique de la lapidation au cœur du pèlerinage à la Mecque, l’une des cinq obligations faites aux croyants.

L’une des principales étapes consiste en effet à lapider trois stèles figurant Satan, dans le ravin de Mina. L’excitation collective, la densité de la foule, l’obligation pour chacun de lancer ses pierres, qualifiées de « braises » , contre les colonnes sataniques , font régulièrement tourner ce moment, comme bien d’autres, à la catastrophe : nombreux blessés et, quelquefois, des morts. Le journaliste et écrivain Slimane Zeghidour l’a raconté dans le récit de son propre pèlerinage ( lire « La vie quotidienne à la Mecque », chez Hachette). Cette lapidation rituelle ne prend-elle pas  un sens pénible en ces temps de montée de l’intolérance ? Bannir à jamais le concept même de la lapidation reste le rêve de ceux qui sont nés dans l’Islam et ne voient d’autre horizon que la condamnation définitive du défoulement collectif légal.

Le sort de milliers de Sakineh, à travers le monde, en dépend.

Manifestons pour Sakineh le 12 septembre à 14 heures, place de la République
(Communiqué de La Règle du jeu)

La pétition lancée  en solidarité avec Sakineh Mohammadi Ashtiani par la revue en ligne laregledujeu.org dirigée par Bernard-Henri Lévy  vient de passer le cap de son cent millième signataire.

Les autorités iraniennes, de leur côté, ont confirmé qu'elles “suspendaient” l’exécution par lapidation de Sakineh et annoncé qu'elles comptaient "réexaminer" son dossier.

C'est une première victoire.

C'est la preuve que les autorités iraniennes ne sont pas tout à fait sourdes à la mobilisation internationale.

Mais ce n'est, evidemment, qu'un début.

Et c'est surtout le signe que la vague de mobilisation ne doit, en aucun cas, faiblir.

C'est pourquoi la revue La Règle du jeu et l’association Ni Putes Ni Soumises appellent à une manifestation populaire de soutien à Sakineh ce dimanche 12 septembre, à 14 heures, Place de la République, à Paris.

Il faut que soit entendue la prière adressée à Bernard-Henri Lévy, dans les colonnes de Libération, par Sajjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh : « ne lâchez pas ; ne nous abandonnez pas; seule la pression des femmes et des hommes libres du monde peut sauver ma mère ».

A l’issue de la manifestation, Bernard-Henri Lévy, directeur de la revue la Règle du jeu, Sihem Habchi, Présidente de l'association Ni Putes Ni Soumises, ainsi que d’autres personnalités prendront la parole.

Les organisateurs de la manifestation ont également prévu des interventions, par téléphone, depuis Tabriz, de Sajjad, le fils de Sakineh,  ainsi que de  Houtan Kian, son avocat.

Tous deux s'adresseront aux manifestants pour leur donner, en direct, les dernières nouvelles de Sakineh. Ils prononceront leurs allocutions en farsi et seront traduits, simultanément, par Armin Arefi, journaliste franco-iranien et animateur du blog Nouvelles de l'Iran libre.

Manifestation populaire de soutien à Sakineh, ce dimanche 12 septembre, à 14 heures, Place de la République, à Paris: venez nombreux; faites passer le message autour de vous; et, si vous ne  l'avez déjà fait, rejoignez également les plus de 100 000 signataires de la pétition « Il faut empêcher la lapidation de Sakineh » sur laregledujeu.org





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